Ric­car­do tis­ci

VOGUE Hommes International - - TENDANCES -

—À la vi­tesse de la lu­mière, quatre ans à peine, ric­car­do tis­ci a in­ven­té l’homme Gi­ven­chy. Une pré­sence forte, fu­sion ar­dente de tai­lo­ring, de gang spi­rit, de sports­wear et d’au­daces for­melles du cuir à la den­telle à un co­lo­ra­ma hys­té­rique. Ses sweat–shirts ta­toués d’une tête de rott­wei­ler en­ra­gé, ses leg­gings im­pri­més et ses kilts vi­rils sont un phé­no­mène de mode. Pour son der­nier dé­fi­lé, le créa­teur ita­lien a lâ­ché son es­ca­dron de dieux ur­bains sur un terrain de basket re­cons­ti­tué Halles Freys­si­net. Ça tombe bien, il vient de si­gner pour nike une col­lec­tion en édi­tion li­mi­tée de la Air Force One, va­ria­tions en quatre for­mats au­tour de cette basket culte. Pour­quoi avez– vous ac­cep­té de re­vi­si­ter la Air Force One de Nike ? Je suis ob­sé­dé par l’Amé­rique et Nike, pour moi, est aus­si em­blé­ma­tique que Co­ca Co­la ou Marl­bo­ro. C’est tout un sym­bole. Ils avaient dé­jà col­la­bo­ré avec des stars du sport, des mu­si­ciens mais ja­mais avec un cou­tu­rier. C’est une pre­mière et j’aime être le pre­mier. D’un point de vue plus per­son­nel, je porte des Air force One de­puis que j’ai 16 ans. Je jouais au basket quand j’étais jeune, j’ai dû ar­rê­ter après un ac­ci­dent mais je n’ai ja­mais ces­sé d’ado­rer les bas­kets. Je dois avoir au­tour de 1 200 paires. Au dé­but des an­nées 1990, c’était le dé­but du hip–hop, la fo­lie Ne­neh Cher­ry, c’était un vé­ri­table sta­te­ment de mode. Une ima­ge­rie très forte. Je ne pou­vais pas re­fu­ser cette col­la­bo­ra­tion. Ce genre de train ne passe qu’une fois dans la vie. Vous com­pre­nez le fé­ti­chisme au­tour des bas­kets ? Com­plè­te­ment. Parce qu’elles sym­bo­lisent le confort, le co­ol, la po­ly­va­lence. Et un peu la jeu­nesse. Ça rend ad­dict … Com­ment vous est ve­nue l’idée de la « basket gla­dia­teur » qu’on croi­rait taillée pour un « porn pé­plum » ? Au dé­but, j’ai es­sayé de mo­di­fier les formes, les dé­tails de la Air Force One avant de prendre conscience que si je les por­tais de­puis tant d’an­née, c’est qu’elles étaient co­ol telles quelle. Pour­quoi rui­ner l’his­toire et le clas­si­cisme de cette icône ? J’ai vite com­pris qu’on at­ten­dait de moi que je trans­gresse les li­mites. Dans mon tra­vail, je n’ai ja­mais eu peur de jouer avec les su­jets de so­cié­té, la sexua­li­té ou la re­li­gion. J’ai donc ap­pli­qué ça à ce projet. Pour­quoi la botte ? Parce que nous sommes dans un monde où plus ja­mais il faut se battre. On n’a pas le choix. J’ai donc ima­gi­né ces bottes de happy war­riors. Pour don­ner de la force à la sil­houette, un peu comme les pad­dings dans les an­nées 1980. Pour­quoi ont– ils fait ap­pel à vous ? Parce que mon tra­vail re­flète la so­cié­té au­jourd’hui. Et que je suis un des rares à pou­voir faire le grand écart entre la haute cou­ture et la rue en ima­gi­nant des robes à des cen­taines de mil­liers d’eu­ros tout comme des snea­kers e t des t– shirts ac­ces­sibles. Et à fu­sion­ner les deux. Vous vous sou­ve­nez comme les cri­tiques m’ont tué à mes dé­buts parce ma cou­ture jouait soi– di­sant trop avec les codes de la rue ? Que se passe–t–il au­jourd’hui ? Tout le monde fait ça ! Lors des der­niers dé­fi­lés haute cou­ture, les grandes mai­sons ont fait dé­fi­ler des snea­kers. Mo­ra­li­té : les gens ont be­soin de temps pour di­gé­rer les pro­po­si­tions trop fortes. C’est comme lorsque tu manges trop épi­cé, tu mets du temps à di­gé­rer parce que ton corps n’est pas ha­bi­tué à ça. Le sport est au coeur de votre prêt– à– por­ter mas­cu­lin. Pour­quoi ? Parce que c’est un élé­ment fé­dé­ra­teur et que ses codes sont uni­ver­sels. Quelles que soient la cou­leur de peau, l’ori­gine so­ciale, la na­tio­na­li­té, il ras­semble. Je peux dire que je suis un ga­min qui vient de la rue et lorsque je me re­trou­vais sur un terrain de basket avec mes co­pains plus nan­tis, toutes les dif­fé­rences étaient ins­tan­ta­né­ment gom­mées. Par­ti­cu­liè­re­ment s’agis­sant du foot et du basket. En plus, faire du sport ap­prend la dis­ci­pline, ça fouette le sang, booste le cer­veau, c’est très po­si­tif. C’est une éner­gie voire une émo­tion qui me gal­va­nise et que na­tu­rel­le­ment j’in­tègre dans mon tra­vail.

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