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VOGUE Hommes International - - À SULVRE - Par OLI VIER LA­LANNE, DI­DIER pé­ron et oLIvIEr grA­noux

SpLEEn m ExIcAIn

Après un pre­mier disque de folk mi­ni­ma­liste et poi­gnant, James Vincent McMor­row bous­cule ses ha­bi­tudes. L’Ir­lan­dais a choi­si de s’iso­ler dans un étrange no man’s land en bor­dure de la fron­tière mexicaine et de dé­lais­ser sa gui­tare pour va­ga­bon­der vers des contrées mu­si­cales plus abs­traites et com­plexes. Tou­jours pous­sé par sa voix au fal­set­to bou­le­ver­sant, i l signe un a lbum gor­gé de chan­sons mé­lan­co­liques or­nées d’ar­ran­ge­ments luxu­riants. Une soul en ape­san­teur, qui puise au­tant son ins­pi­ra­tion chez Bon Iver que chez James Blake. poST Tro­pI­cAL ( Be­lieve ).

ITA­LIE DE STYLE

Forte de la vi­gueur de ses in­dus­tries tra­di­tion­nelles ( fi­la­ture, tein­ture, tis­sage, coupe… pra­ti­quées de­puis plu­sieurs cen­taines d’an­nées ), la haute cou­ture ita­lienne ex­plose dans les an­nées 1950 sous l’im­pul­sion éner­gique de l’homme d’af­faires Gio­van­ni Bat­tis­ta Gior­gi­ni. Pa­ris est dé­fié sur son terrain du pres­tige par une Ita­lie qui se doit de re­dres­ser la tête après la pé­riode sombre du fas­cisme et la dé­faite de 1945. L’ex­po­si­tion du Vic­to­ria and Al­bert Mu­seum, sou­te­nue par Bul­ga­ri, ra­conte cette ir­ré­sis­tible as­cen­sion à tra­vers des pièces somp­tueuses, is­sues des plus grandes col­lec­tions de mode ita­lienne du mu­sée et de prêts in­ter­na­tio­naux, no­tam­ment de fon­da­tions pri­vées et de mai­sons de haute cou­ture. Du 5 avril au 27 juillet au Vic­to­ria and Al­bert Mu­seum ( Londres ).

HEI­nE­cKEn à Son ImAgE

Ro­bert Hei­ne­cken a com­men­cé sa car­rière comme pi­lote de chasse dans la Ma­rine amé­ri­caine, rem­bour­rant ses chaus­sures de feuilles de ma­ga­zines pour ga­gner les quelques cen­ti­mètres ré­gle­men­taires qui lui man­quaient. Il faut croire que cette ma­nière de pié­ti­ner la presse im­pri­mée lui a don­né des idées ar­tis­tiques puisque son oeuvre est mar­quée par un geste de re­con­fi­gu­ra­tion des images is­sues de ca­ta­logues, ma­ga­zines, jour­naux, etc. Sou­vent avec une vo­lon­té po­li­ti­co–iro­nique sur la dic­ta­ture des images. C’est à une cri­tique de la so­cié­té mé­dia­tique telle qu’elle se dif­fuse à l’échelle des masses que s’adonne le « pa­ra– pho­to­gra­pher » Hei­ne­cken qui dé­cla­rait : « Je fais quelque chose pour voir à quoi ça res­semble, et pour vé­ri­fier si ça peut res­sem­bler à quelque chose d’autre. » ro­bErT H EInEcKEn: ob­jEcT mAT­TEr

du 15 mars au 22 juin au MoMa ( New York ).

mISE à nu

Jock Sturges a ven­du sa pre­mière pho­to à 11 ans à la mère d’un de ses co­pains de pen­sion. Il a beau­coup pho­to­gra­phié les gar­çons avant de dé­cou­vrir le corps fé­mi­nin dans l’Amé­rique du flo­wer po­wer. Il s’ini­tie alors au fé­mi­nisme, puis bas­cule dans une pas­sion pour le na­tu­risme. Dé­sexua­li­ser le re­gard sur la nu­di­té est l’une de ses am­bi­tions et son al­bum Fan­ny tra­duit cette ap­proche édé­nique d’avant la faute et la honte. Pen­dant vingt–trois ans, il a fait des por­traits de Fan­ny, sa filleule, nue parce qu’elle aus­si fré­quente le monde na­tu­riste de­puis la plus pe­tite en­fance. Jock Sturges vit à Seat­tle, il a pu­blié de nom­breux re­cueils fa­meux, no­tam­ment The Last Day of Sum­mer ( 1992 ) et Evolution of Grace ( 1994 ), après avoir été la­vé des soup­çons du FBI qui l’ac­cu­sait de vio­ler la loi sur l’interdiction de la por­no­gra­phie pé­do­phile.

FAn­nY éd. Steidl, 80 €.

es­THé­TiQue TrAsH

Le Centre Pom­pi­dou–Metz consacre une ex­po­si­tion plu­ri­dis­ci­pli­naire au phé­no­mène pa­pa­raz­zi et à l’es­thé­tique de cette pho­to­gra­phie de la presse trash à tra­vers plus de 600 oeuvres ( pho­to­gra­phies, pein­tures, vi­déos, sculp­tures, ins­tal­la­tions… ) met­tant en re­gard les cli­chés de quelques grands pa­pa­raz­zi ( Ron Ga­lel­la, Pas­cal Ros­tain et Bru­no Mou­ron, Ta­zio Sec­chia­ro­li ) et des oeuvres de Ri­chard Ave­don, Ray­mond De­par­don, William Klein, Ge­rhard Rich­ter, Cin­dy Sher­man ou An­dy Wa­rhol. La non–di­gni­té des pho­to­gra­phies des pa­pa­raz­zi et de leur ré­cu­pé­ra­tion ar­ty pose des ques­tions théo­riques pas­sion­nantes de même que la mul­ti­pli­ca­tion des sel­fies de stars qui, après avoir tra­qué les images ju­gées em­bar­ras­santes, se mettent à les

pro­duire elles–mêmes. Jus­qu’au 9 juin au Centre Pom­pi­dou– Metz.

L’OuTre– MONde de biLL v iO­LA

L’im­mense ver­rière du Grand Pa­lais ac­cueille la plus grande ré­tros­pec­tive ja­mais réa­li­sée à Pa­ris du gé­nial Bill Vio­la. L’outre–monde de cet ar­tiste vi­déaste amé­ri­cain, connu pour ses gi­gan­tesques ins­tal­la­tions im­mer­sives où des corps n’en fi­nissent pas de tom­ber dans la nuit aqua­tique ou les flammes, est le grand remous am­nio­tique ex­plo­ré aus­si bien par Lynch dans ses oeuvres ou par le block­bus­ter ex­pé­ri­men­tal Gra­vi­ty. Cinq dé­cen­nies d’in­ven­ti­vi­té hyp­no­tique vi­si­tées en une ving­taine d’oeuvres, de Re­flec­ting Pool ( 1977 ) à The Drea­mers ( 2013 ). Entre mi­rages éblouis­sants et ex­plo­sion neu­ro­nale. Du 5 mars au 21 juillet au Grand Pa­lais ( Pa­ris ).

bOyd’s bONd

James Bond a peur de vieillir. Dé­jà dans le der­nier épi­sode de la sé­rie, Sky­fall, il passe son temps à es­suyer des ré­flexions dé­plai­santes sur la li­mite d’âge et son cô­té old school à l’heure des geeks et des mé­ta–don­nées. Le Bond ci­né­ma du moins vit au xxie siècle, ce qui n’est pas le cas de son nou­vel ava­tar ro­ma­nesque, confié à William Boyd. Dans So­lo, nous sommes en 1969 et Bond fête seul au cham­pagne ses qua­rante–cinq ans. La mid– life cri­sis que d’autres vivent en se ron­geant les ongles, lui la tra­verse sous la plume du ro­man­cier an­glais en Afrique en pleine guerre ci­vile avec une mé­tisse à ses cô­tés ( et ra­pi­de­ment dans son lit ). Un ro­man de plage par ex­cel­lence, l’As­ton Mar­tin ga­rée près du su­per­mar­ché lo­cal.

éd. du Seuil, tra­duit de l’an­glais par Ch­ris­tiane Besse.

QuANd Le CON­GO dANse

Jeune dan­seur et cho­ré­graphe né en 1974 en Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique du Con­go, Faus­tin Li­nye­ku­la saute avec ai­sance d’une cul­ture à l’autre, met­tant en scène Bé­ré­nice à la Co­mé­die– Fran­çaise puis tra­vaillant avec des rap­peurs congo­lais. Dans Drums and Dig­ging, il re­monte aux sources de son en­fance dans le vil­lage où son père est ins­ti­tu­teur. La nais­sance du dé­sir de danse se dé­ploie dans l’en­fer d’un pays li­vré aux guerres in­tes­tines. La fi­gure du dic­ta­teur Mo­bu­tu plane sur un spec­tacle avec dan­seurs, chan­teurs et ma­rion­nettes, scé­no­gra­phié par l’ar­chi­tecte al­le­mand Bär­bel Mül­ler. Du 28 avril au 2 mai au théâtre des Ab­besses ( Pa­ris ).

un monde d’éva­Sion

Na­tio­nal Geo­gra­phic, dont le pre­mier nu­mé­ro amé­ri­cain a été pu­blié en 1888, s’est im­po­sé comme le grand ren­dez–vous de l’éva­sion et de l’ex­plo­ra­tion. À l’oc­ca­sion de son 125e an­ni­ver­saire, la bible de tous les tra­vel­lers, dé­sor­mais dé­cli­née dans trente–trois éditions étran­gères, a ou­vert ses ar­chives à Ta­schen. Ain­si sont nés trois vo­lumes re­tra­çant la for­mi­dable aven­ture du ma­ga­zine. Ce voyage trans­con­ti­nen­tal dé­bute aux Amé­riques et en An­tarc­tique ( vo­lume 1 ), tra­verse l’At­lan­tique pour ex­plo­rer l’Eu­rope et l’Afrique ( vo­lume 2 ) puis fonce à tra­vers l’océan In­dien afin de sillon­ner l’Asie et l’Océa­nie ( vo­lume 3 ). Une pu­bli­ca­tion à cou­per le souffle, ti­rée à seu­le­ment 125 000 exem­plaires dans le monde. na­Tio­nal geo­gra­phic, le Tour du monde en 1 25 anS éd. Ta­schen, 399 €.

clair de dune

De­puis des an­nées, le blues toua­reg des Ti­na­ri­wen fait ré­son­ner les gui­tares entre les dunes de sable. Les Ma­liens mêlent mu­sique afri­caine et tour­ne­ries rock tout au long d’en­sor­ce­lants man­tras élec­triques qui leur ont va­lu un Gram­my Award. Ces des­cen­dants de no­mades ont pour la pre­mière fois en­re­gis­tré hors de leur con­tinent. Mais comme on ne se re­fait pas, c’est dans un autre dé­sert, ce­lui de Mo­jave en Ca­li­for­nie, qu’ils ont po­sé leurs va­lises pour ce nou­vel al­bum. Es­cor­té de fines gâ­chettes lo­cales, Ti­na­ri­wen découvre un son plus abou­ti et pro­fond, sans re­nier ses ori­gines et son ori­gi­na­li­té. Une belle bal­lade amé­ri­caine. em­maar ( Coo­pe­ra­tive/ Pias ).

vogue à l’âme

Le cousin ger­ma­nique de Vogue Hommes In­ter­na­tio­nal a connu son heure de gloire dans les an­nées 1980. À l’époque, Be­da Acher­mann, gé­nie suisse de la di­rec­tion artistique, en était le chef d’or­chestre. Au­daces ty­po­gra­phiques, don pour le cas­ting ( Herb Ritts, Pe­ter Lind­bergh, Hel­mut New­ton, Bruce We­ber mais aus­si les bal­bu­tiants Ma­rio Tes­ti­no ou El­len von Un­werth y sé­vis­saient ), patte in­tem­po­relle ont en fait une des sen­sa­tions de la presse mode. Sé­quen­cé en trois cha­pitres, Big Time re­cense les temps forts de cette « bible fa­shion » fea­tu­ring, entre autres, Karl La­ger­feld et Ma­rio Tes­ti­no. In­dis­pen­sable. Big T ime, The l egen­da­ry S Tyle o f « män­ner vogue » 1984— 1989

édi­té par Karl La­ger­feld et Be­da Acher­mann, éd. Steidl, 79 €.

l’anar hor­na

C’est à Ber­lin que Ka­ti Hor­na, née à Bu­da­pest en 1912, in­tègre le col­lec­tif Ber­tolt Brecht, ren­contre Ro­bert Ca­pa ( dont elle res­te­ra proche toute sa vie ), László Mo­ho­ly–Na­gy — alors pro­fes­seur au Bau­haus — et Si­mon Gutt­man, fon­da­teur de l’agence De­phot. Prise dans les sou­bre­sauts po­li­tiques de l’époque, elle ne cesse de bou­ger, vient à Pa­ris, puis se rend en Es­pagne en pleine guerre ci­vile. Elle y em­brasse la cause anar­chiste et col­la­bore avec la re­vue Um­bral où elle ren­contre ce­lui qui va de­ve­nir son ma­ri, le peintre an­da­lou Jo­sé Hor­na, avec qui elle fuit l’Eu­rope pour le Mexique. Mar­quée par ces ex­pé­riences po­li­tiques et l’ef­fer­ves­cence in­tel­lec­tuelle et artistique des grandes ca­pi­tales eu­ro­péennes avant le bas­cu­le­ment dans les té­nèbres na­zies, Ka­ti Hor­na est une pho­to­graphe à dé­cou­vrir dans une ex­po­si­tion au Jeu de paume qui per­met en­fin d’ap­pré­hen­der l’am­pleur

de son oeuvre. Du 3 juin au 14 sept. au mu­sée du Jeu de paume ( Pa­ris ).

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