DAN­CING KING

Grand pa­cha des nuits dis­co, a je­té le tout – New York IAN SCHRA­GER sur sa piste de danse du Stu­dio 54. La tête pleine des sou­ve­nirs de ses bac­cha­nales, le bu­si­ness­man s’ap­prête à re­pa­ra­mé­trer les rites de la nuit blanche.

VOGUE Hommes International - - SOMMAIRE - Pro­pos re­cueillis par CA­ROLE SA­BAS Pho­to­graphe RON GA­LEL­LA

In­ter­view mé­moire de Ian Schra­ger, co­fon­da­teur du my­thique Stu­dio 54.

—Plus de trente–cinq ans après ses nuits paillettes, le Stu­dio 54 reste le Pan­théon du noc­tam­bu­lisme éle­vé au rang de culte dio­ny­siaque. Ou­vert le 26 avril 1977 par deux potes ma­lins de Brook­lyn, Steve Rubell et Ian Schra­ger, le night–club de la 54e Rue reste une de ces lé­gendes ur­baines que les té­moins ra­content en­core avec des sou­rires in­cré­dules. Du­rant trente– trois mois, l’an­cien stu­dio de té­lé de CBS re­con­ver­ti en usine à dé­ci­bels fit la une des jour­naux du ma­tin. Le tout–New York qui se pres­sait à sa porte inau­gu­rait l’âge du fric chic. Quelle star avait em­bar­qué un des bus­boys torse nu à mi­cro­short pour une af­ter par­ty pri­vée dans sa Fleet­wood li­mou­sine ? Qui avait ou­blié sur le ca­na­pé, en plein mi­lieu des toi­lettes pour dames, sa po­chette Halston bour­rée de Quaa­lude ? Chaque nuit ajou­tait un nou­vel épi­sode à ce feuille­ton de té­lé­réa­li­té d’avant l’heure, por­té jus­qu’au bout de la nuit par Mick Jag­ger, An­dy Wa­rhol, Ja­ckie O., Cher, Va­len­ti­no, Far­rah Faw­cett, Cal­vin Klein, Ryan O’Neal, Liza Min­nel­li ou Mi­chael Jack­son, ado so­li­taire, seul au­to­ri­sé à jouer dans la ca­bine du DJ avec la lu­mière et le son.

Le simple fait d’être mê­lé à ces stars suf­fi­sait à don­ner la grosse tête aux beaux gosses du New Jer­sey, choi­sis pré­cau­tion­neu­se­ment dans la foule des as­pi­rants par Steve Rubell his­sé sur son ta­bou­ret dans la rue. Les voix de Glo­ria Gay­nor, Ste­vie Won­der ou Grace Jones, pro­pul­sées à tra­vers deux énormes spea­kers, fai­saient vi­brer le sol. Des rayons la­ser dé­mo­niaques ba­layaient la piste de danse et les re­coins re­con­ver­tis en al­côves à flirt et plus si af­fi­ni­tés. L’idée, ex­plique au­jourd’hui Ian Schra­ger, était d’as­saillir tous les sens, en per­ma­nence. Comme un parc à thème pour adultes. Sui­vant les nuits, le théâtre était en­va­hi par une ar­mée de Hells An­gels en Har­leys hur­leuses ; trans­for­mé en Pé­kin avec in­vi­tés sur pa­lan­quins ( an­ni­ver­saire de Mr Chow 1977 ) ; mué en ro­se­raie géante ( Saint–Valentin 1978 ), plon­gé sous dix cen­ti­mètres de poudre glitter ( Nou­vel an 1977 ) ou noyé sous une re­morque de ca­mion de pop–corn ( Os­cars 1978 ). Re­gar­der le gé­né­ral Mo­shé Dayan, hé­ros de la guerre des Six Jours, patch sur l’oeil, dra­guer Gi­na Lol­lo­bri­gi­da, suf­fi­sait à créer la ma­gie. In­ter­viewé une nuit par le New York Times, en di­rect du bal­con de la mez­za­nine, un Truman Ca­pote en to­tal look cuir ex­pli­quait ce que ce dan­ce­floor avait d’ex­cep­tion­nel : « C’est la boîte de nuit du fu­tur. C’est très dé­mo­cra­tique. Des gar­çons avec des gar­çons, des filles avec des filles, des filles avec des gar­çons, des Noirs et des Blancs, des ca­pi­ta­listes et des mar­xistes, des Chi­nois et tut­ti quan­ti — un vrai mel­ting–pot ! »

La fête fut ex­plo­sive, phé­no­mé­nale et de courte du­rée. Quelle fut l’ar­ro­gance de trop ? Le dé­cor en forme de lune qui sniffe une cuillère de poudre blanche ? Ou la dé­cla­ra­tion pu­blique de Steve Rubell que « seule la Ma­fia fait plus d’ar­gent que nous » ? Le 14 décembre 1978, trente fé­dé­raux font leur en­trée sur­prise, sai­sis­sant les sacs pou­belles plein de billets, les livres de compte soi–di­sant plan­qués sous un faux pla­fond. Deux ans plus tard, la condam­na­tion à trois ans et de­mi d’em­pri­son­ne­ment ( conver­tie fi­na­le­ment à treize mois ) tombe. Juste après l’inau­gu­ra­tion d’un troi­sième étage ajou­té à ce théâtre de toutes les ex­tra­va­gances. C’est Liza Min­nel­li qui chan­ta l’hymne « New York, New York » le 4 fé­vrier 1980 à la soi­rée d’au re­voir des deux Icare.

Steve Rubell est mort en 1989. Re­con­ver­ti en ma­gnat de l’hô­tel­le­rie, Ian Schra­ger, dé­sor­mais as­so­cié au groupe Mar­riott, am­bi­tionne de dis­sé­mi­ner plus de cent hô­tels dans le monde, sous la marque Edi­tion. En pa­ral­lèle, il s’at­taque tout seul à sa propre chaîne d’hô­tels, Pu­blic, sa vision, sans com­pro­mis. Parce qu’il conti­nue à pen­ser qu’une bonne transe est le se­cret d’une nuit réus­sie, la plu­part de ces éta­blis­se­ments se­ront équi­pés d’un dan­ce­floor. Cou­su main pour l’au­then­tique brin­gueur.

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