J.W. AN­DER­SON

VOGUE Hommes International - - TENDANCES - LE BUZZ

Il est blond aux yeux bleus, il a à peine trente ans, et il va tout cas­ser. L’ar­ri­vée de J.W. An­der­son chez Loewe est ac­com­pa­gnée d’un tsu­na­mi pu­bli­ci­taire mon­dial vi­sant toutes les ca­pi­tales de mode : Loewe tape fort. Nou­veau lo­go re­des­si­né par l’agence gra­phique pa­ri­sienne M / M. De nom­breuses pu­bli­ci­tés qui montrent une chaise, un sac, des porte–clés. Mais aus­si une sé­rie de mode du pho­to­graphe Ste­ven Mei­sel, réa­li­sée à la fin des an­nées 1990 pour l’édi­tion ita­lienne de Vogue, pour peut– être évo­quer l’es­prit bal­néaire et pai­sible que veut in­suff ler J.W. An­der­son à la marque. Sur une des pho­tos, une man­ne­quin porte une robe dessinée par Karl La­ger­feld, qui a ac­cep­té qu’elle soit ain­si réuti­li­sée au­jourd’hui, soit un geste pu­bli­ci­taire qu’on pour­rait ana­ly­ser pen­dant des heures. Et c’est bien l’in­ten­tion de la marque es­pa­gnole : sus­ci­ter la cu­rio­si­té et l’ap­pé­tit, re­créer un ef­fet Cé­line avec un créa­teur an­glais sul­fu­reux qui a toute la presse lon­do­nienne à ses pieds.

J.W. An­der­son sait com­mu­ni­quer. LVMH vient d’in­ves­tir dans sa marque une part mi­no­ri­taire mais si­gni­fi­ca­tive. Fé­ru d’ex­pé­ri­men­tal, il a tra­vaillé dans l’hy­per­luxe avec Do­na­tel­la Ver­sace sur Ver­sus et dans l’hy­per­fast– fa­shion avec une col­la­bo­ra­tion sur plu­sieurs sai­sons avec Top­shop. L’Ir­lan­dais J.W. An­der­son sait donc faire du luxe, faire du dé­si­rable, faire consom­mer. Do­na­tel­la Ver­sace a dit de lui : « Ce que je pré­fère dans son tra­vail, c’est que j’ai mis du temps à le sai­sir. Au dé­but, je ne com­pre­nais rien à ce qu’il fai­sait. C’est tel­le­ment pro­vo­cant, osé et sans peur de rien, que même à moi, ça m’échap­pait. »

« Le vê­te­ment doit faire pen­ser, po­ser une ques­tion, créer un dé­bat », di­sait–il à la presse an­glaise. Et ses vê­te­ments ont dé­jà créé des scan­dales, no­tam­ment ses col­lec­tions mas­cu­lines, dé­criées par les ta­bloïds an­glais fu­rieux de ne rien com­prendre. Le dé­fi­lé pré­sen­tait des gar­çons en bus­tiers, shorts tu­lipes et ro­bettes en cuir. Les ventes se sont en­vo­lées illi­co. « Il n’y a rien de cho­quant dans mes sil­houettes. Je m’ef­force de pous­ser une ligne, de tra­vailler des dis­pro­por­tions, construire une nouvelle sil­houette. Les gens viennent à moi pour cher­cher quelque chose ou une pro­por­tion qu’ils ne connaissent pas. » Re­fu­sé par la Saint Mar­tins, J.W. An­der­son est re­pé­ré par Ma­nue­la Pa­ve­si, la grande dame de chez Pra­da, et en­ga­gé. Elle le pousse à exa­gé­rer et c’est là qu’il fe­ra sa vraie école, sur le tas. « J’ai été au coeur du mé­tier. J’y ai ap­pris à vendre des vê­te­ments. Il faut gé­rer la fu­sion de la créa­ti­vi­té et du com­mer­cial si­non vous n’avez plus de tra­vail. Le but, voir ses vê­te­ments sur le maxi­mum de gens, il n’y a pas d’al­ter­na­tive : la mode ne peut plus être uni­que­ment éli­tiste. » Dans cette op­tique, il vi­site les bou­tiques, af­fine les vi­trines, s’acharne à at­ti­rer l’at­ten­tion du pu­blic par la cu­rio­si­té. « Il y a tou­jours dans mon tra­vail une jux­ta­po­si­tion de re­cherche très pous­sée avec du clas­si­cisme. Pré­sen­ter quelque chose avec un nou­vel élé­ment, c’est ce qui m’ob­sède. »

Chez Loewe, la ligne de J.W. An­der­son s’an­nonce in­tense. Le cuir est là for­cé­ment, un bout de peau cou­su sur une che­mise ou un pull. Des es­pa­drilles en cuir, dé­ten­dues et to­té­miques. Il ex­plique qu’il ne connaît pas grand–chose de l’Es­pagne, si­non des va­cances en fa­mille à Ibi­za. Et ce­la se voit, dans ses grandes che­mises comme des li­quettes cinq étoiles, dans l’es­prit re­lâ­ché de la col­lec­tion, un élé­ment in­édit chez Loewe. Les chaus­sures avec mo­tif d’élé­ments Mec­ca­no ob­sèdent dé­jà la presse asia­tique. Le nou­veau hy­per–Loewe ne va pas lais­ser in­dif­fé­rent, c’est sûr, il pro­met même de se­couer la fa­çon de vendre et d’ache­ter du luxe.

OB­JET DE DÉ­SIR

Porte– clés noeud en cuir et mé­tal, broche

Mec­ca­no en cuir et mé­tal et sac « Fla­men­co oro » en veau, ve­lours

et cuir Loewe

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