La nuit elle est ailleurs. »

VOGUE Hommes International - - NIGHT - « Je sors quand quand je une per­sonne que j’ai ren­con­trée le jour, parce que

Vous sor­tez beau­coup ? Je sors quand j’aime, quand je pour­chasse quel­qu’un, XD une per­sonne que j’ai ren­con­trée le jour, parce que la nuit elle est ailleurs. Mais non, plus beau­coup en gé­né­ral, au risque de pas­ser pour quel­qu’un d’en­nuyeux. J’en suis re­ve­nu. Quand j’avais 16 ou 17 ans, j’avais une fausse carte d’iden­ti­té qui me per­met­tait d’en­trer dans les bars, je sor­tais tous les soirs du jeu­di au sa­me­di, jus­qu’aux pe­tites heures du ma­tin. J’ai fait ça jus­qu’à mes 20 ans. J’ai fait la fête au­tant que je pou­vais, pris toutes les drogues ima­gi­nables. Et j’en ai suf­fi­sam­ment fait le tour pour avoir en­vie au­jourd’hui de ne le re­faire qu’avec des gens que j’aime. Il ne faut plus que ce soit ba­nal.

Votre deuxième long– mé­trage s’ap­pelle « Les Amours ima­gi­naires »,naires », VH et vous avez dit par le pas­sé com­bien c’est la ques­tion de « l’amour l’amour im­pos­sible » qui ci­mente toute votre fil­mo­gra­phie. La nuit it est un peu le terrain d’élec­tion de ces sen­ti­ments– là, le lieu de tou­te­soutes les cris­tal­li­sa­tions amou­reuses, non ? Les amours ima­gi­naires et im­pos­sibles, ce­la peut XD prendre forme à tout mo­ment. Mais la nuit concrétise sur­tout la so­li­tude qui en naît, cette so­li­tude éter­nelle que l’on re­doute et que l’on consacre sa vie à chas­ser, comme le di­sait Mau­pas­sant. Ce que je pré­fère, au fond, c’est ce qui vient juste avant la nuit. L’heure bleue, l’heure du loup, l’heure ma­gique. C’est le mo­ment où tout meurt et tout se trans­forme. L’heure de tous les mystères, tous les pos­sibles. De la nos­tal­gie et de la mé­lan­co­lie. C’est rose, c’est mauve, c’est orange, c’est co­lo­ré. C’est très beau. C’est d’ailleurs le seul mo­ment de la jour­née où Ter­rence Ma­lick tourne. À de très rares ex­cep­tions, il ne filme qu’à l’heure ma­gique.

Ce qui fait des films un peu chers … VH Et ça peut faire des films un peu chiants aus­si, par­fois.. Dans vos films, les scènes de fêtes prennent sou­vent la forme de pa­ren­thèses pop qui dia­loguent avec les formes du clip. Ce sont sou­vent vent des mo­ments de pas­sage et de bas­cule où les en­jeux se nouent et se dé­nouent.énouent.

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C’est vrai que c’est le plus sou­vent dans ces mo­ments–là,, XD qui pour­raient n’être que des en­tractes mu­si­caux, que mes per­son­nages trouvent des ré­so­lu­tions ou tra­versent des

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XD De telles scènes posent énor­mé­ment d’en­jeux de ci­né­ma, de com­po­si­tion plas­tique, sur­tout pour quel­qu’un comme vous qui puise dans une ima­ge­rie pop. On voit par­fois des films face aux­quels on se dit que des scènes noc­turnes ont pu être écrites pour le seul plai­sir de les mettre en scène ou d’y col­ler des néons … Pour le plai­sir d’éclai­rer, de créer … Oui, bien sûr. Et à l’in­verse, je pense qu’il n’y a presque pas de scènes de nuit dans la fil­mo­gra­phie de cer­tains au­teurs, comme les frères Dar­denne par exemple. Fil­mer la nuit, c’est s’af­fran­chir du ciel, du so­leil, ac­cé­der au pos­sible de toutes sortes d’am­biances qui ne peuvent exis­ter le jour. Les dé­cors ne sont alors plus es­claves d’une seule et même lu­mière. Mais c’est un en­fer à fil­mer, sur­tout en pel­li­cule, ce qui est es­sen­tiel pour moi — et en pel­li­cule, si l’on n’éclaire pas ab­so­lu­ment tout, on ne voit rien … Il faut donc tout in­ven­ter, en termes de lu­mi­no­si­té. Et j’ai l’im­pres­sion que ça af­fecte ma mise en scène en gé­né­ral, tout est plus sé­rieux, plus sexuel, plus dra­ma­tique …

Vous êtes tou­jours très in­fluen­cé par la pho­to de mode, comme vous di­siez VH l’être au mo­ment de « Lau­rence Any­ways » ? Oui, la pho­to est très im­por­tante pour moi, comme la XD pein­ture. C’est sou­vent une pho­to qui me donne en­vie d’écrire une scène, et c’est une ins­pi­ra­tion beau­coup moins tra­çable, beau­coup moins lit­té­rale que si j’al­lais pio­cher dans des films. Il y a uneun li­brai­rie dans Soho, à New York, que j’adore, et où je fais une raz­zia de livres de pho­tos. Par­fois j’en achète quinze avant de ren­trer à Mon­tréal. Je ne don­ne­rai pas l’adresse, je ne veux pas la par­ta­ger. J’au­rais trop peur de ne plus rien y trou­ver ! J’en fais des cau­che­mars. Il y a des gens qui rêvent de se ré­veiller nus dans une salle pleine de monde ou au beau mi­lieu de l’océan, et vrai­ment je n’ai­me­rais pas me ré­veiller nu au mi­lieu de l’océan, j’au­rais trop peur de me faire man­ger la bite par un re­quin, mais j’ai en­core plus peur de ren­trer dans cette li­brai­rie et qu’il n’y ait plus rien sur les éta­gères.

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