Truf­faut m’ac­ca­pare. très pul­sion­nel. »

VOGUE Hommes International - - DUEL - « Il fal­lait ab­so­lu­ment que m’ob­tienne, Il y a eu quelque qu’il chose de

VH Vous re­gret­tez d’avoir quit­té le Fran­çais pour le ci­né­ma ? J’ai des re­grets éter­nels. Je ne l’ai pas quit­té pour le IA ci­né­ma, mais à cause du ci­né­ma, sur l’in­sis­tance de Fran­çois Truf­faut qui m’a obli­gée à choi­sir et m’a fait pas­ser des nuits blanches. Je ne sa­vais pas qu’il était amou­reux de moi ou plu­tôt amou­reux de l’idée de moi et l’in­ten­tion qu’il avait de me fil­mer. Il fal­lait ab­so­lu­ment qu’il m’ob­tienne, qu’il m’ac­ca­pare. Il au­rait pu at­tendre. Il y a eu quelque chose de très pul­sion­nel dans son ap­proche que je n’étais pas ca­pable d’ana­ly­ser comme tel à l’époque, j’étais beau­coup trop jeune. J’ai fi­ni par cé­der comme em­por­tée. C’est drôle quand j’y pense, mon père a lit­té­ra­le­ment en­le­vé ma mère. Truf­faut doit être l’un des en­lè­ve­ments de ma vie. Avec L’His­toire d’Adèle H., il m’a fait un ca­deau ma­gni­fique. Quand je tombe sur des phrases de son journal, qu’il écrit « Je vou­drais la fil­mer même le di­manche, la France est trop pe­tite pour elle », je suis ca­tas­tro­phée. Je me dis mon Dieu pour­quoi il est par­ti lui aus­si ? Il m’au­rait ai­dée dans ce la­by­rinthe.

Un autre homme en­vo­lé qui ne vous a pas sau­vée. VH

Ah oui, c’est vrai ce que vous dites. Comme quoi, l’autre, IA comme vous, quand il vous écoute vrai­ment en­tend ce que vous ne sa­vez pas que vous dites. Vous avez rai­son et c’est tra­gique, non ? ( Rires. ) Bien sûr qu’on au­rait fait un autre film en­semble.

Le pu­blic vous as­so­cie sou­vent aux per­son­nages d’hé­roïnes ro­man­tiques, ntiques, VH exal­tées, tu­mul­tueuses que vous in­car­nez. Jus­qu’à la fo­lie par­fois. fois. Ah oui et ça m’a va­lu plein de ma­len­ten­dus. Com­bien IA de fois j’ai eu en­vie de dire : « Non mais ça ne va pas la tête ? Ce n’est pas parce qu’on joue dans un film dont le titre est Pos­ses­sion que ça vous rend pos­sé­dée. »

Pen­sez– vous que les rôles qu’un ac­teur en­dosse ont un im­pactct sur le VH psy­chisme ? Il y a des rôles qui ont consti­tué un ob­jet tran­si­tion­nel IA au sens noble. D’autres per­son­nages sont comme des oracles, des prémonitions ou des ré­mi­nis­cences. On a dé­cou­vert ré­cem­ment que l’ADN est mar­qué de ci­ca­trices de trau­ma­tismes trans­gé­né­ra­tion­nels. C’est avé­ré. C’est un gène par­ti­cu­lier qui contient des in­for­ma­tions liées à la vie d’un an­cêtre qui ne se trans­mettent ja­mais di­rec­te­ment de parent à en­fant, mais sautent des générations. Et il est dé­sor­mais pos­sible de faire de la dé­pro­gram­ma­tion de mé­moire cellulaire, en clair de net­toyer votre ADN d’une his­toire qui n’est pas la vôtre. Et je me de­mande si dans le pré­sent d’une vie d’ac­trice ne se fa­briquent pas des in­for­ma­tions qui n’ap­par­tiennent pas à son his­toire vé­ri­table mais à son his­toire fic­tion­nelle. Et si ça ne se met pas en ré­so­nance avec ce que l’on vit pour de bon. Après tout, le psy­chisme, les cel­lules ne savent pas que vous jouez à être mal­heu­reuse, et on peut ima­gi­ner que les in­for­ma­tions né­ga­tives qu’on pro­duit sont trai­tées et in­té­grées comme du vé­cu. La mise en dan­ger se passe en cir­cuit fer­mé. Cer­tains ac­teurs n’ont–ils pas com­men­cé à som­brer à cause de cette po­ro­si­té ? Ins­tinc­ti­ve­ment, c’est peut–être l’une des rai­sons qui me tient ré­gu­liè­re­ment à l’écart de ce mé­tier … Je me sou­viens que lorsque je vi­vais avec Da­niel Day–Le­wis, il avait re­fu­sé cer­tains films. Phi­la­del­phia no­tam­ment. Il se di­sait : « Si je fais Phi­la­del­phia, je peux mou­rir. » Ça a l’air comme ça d’une dé­cla­ra­tion très ro­man­tique mais c’était pen­sé de ma­nière très me­su­rée. Il s’est dit, compte te­nu de la ma­nière dont il tra­vaille, c’est–à–dire « je ne joue pas mais je de­viens », que ça ris­quait de lui faire un mal fou et qu’il n’y sur­vi­vrait pas.

Vous vous res­sem­blez avec Da­niel Day–Le­wis dans votre to­tale VH im­pli­ca­tion dans les per­son­nages que vous choi­sis­sez d’in­car­ner, dans la ra­re­té et la grande dis­cré­tion aus­si qui vous ca­rac­té­risent. Bi­zar­re­ment oui. Mais il est plus fra­gile et en même IA temps plus fort que moi parce qu’il a su ab­so­lu­ment contour­ner sa fra­gi­li­té. Il s’est en­tou­ré d’im­menses ci­néastes pour ca­na­li­ser de fa­çon pas­sion­nante, artistique, ce qui pou­vait re­pré­sen­ter un dés­équi­libre pour lui dans sa propre vie. Il a su être l’agent de sa propre dif­fi­cul­té. Ce qui ne m’a pas em­pê­chée d’avoir eu sou­vent peur pour lui. Il est au–de­là du sans fi­let. S’il doit adop­ter un ac­cent pour un film, il vous parle avec cet ac­cent. Ça ne le lâche pas une mi­nute. En même temps, tout ça agit dans un cadre très struc­tu­ré qui s’or­ga­nise au­tour des prio­ri­tés, comme savent le mettre en place les An­glo–Saxons. On n’est pas dans le fou­toir post–Nouvelle Vague fran­çais où il y a confu­sion de tous les genres. Fi­na­le­ment pour s’y re­trou­ver ici, il faut être ou ul­tra–struc­tu­ré ou mé­ga­lo ou avoir l’as­su­rance et la confiance en soi qui per­mettent de faire bas­cu­ler au bon en­droit ce qu’on est. Comme le fait Va­le­ria Bru­ni Te­des­chi. Je trouve la ma­nière dont elle s’est en­tre­prise elle–même ab­so­lu­ment re­mar­quable. Ses films, ce qu’elle ra­conte sur « l’être ac­trice » ré­sonnent tel­le­ment fort chez moi. Elle ne sait pas à quel point je l’admire. Après, pour ce qui est de la ra­re­té, de sa v va­lo­ri­sa­tion, c’est sans doute plus fa­cile pour Da­niel. Dé­cro­cher trois os­cars, tra­vailler avec les plus grands ci­néastes mo­dère la ques­tion de sa­voir si ça va­lait v vrai­ment la peine de s’abî­mer en fai­sant ce mé­tier. Quel re­gard por­tez– vous sur Isa­belle Ad­ja­ni co­mé­dienne ? Je sais ce que je suis ca­pable de faire, ce que je n’ai pas en­core fait et ce que je ne suis pas contente d’avoir fait. Je suis plu­tôt sé­vère quand je pose un re­gard sur moi. Je suis sé­vère mais ca­pable de me voir dans la confor­ma­tion d’un film. Dans le contexte. C’est pour ça que j’aime al­ler en salle de mon­tage. Je ne peux pas me can­ton­ner à jouer. Et comme j’ai un pro­blème avec l’obéis­sance par dé­fi­ni­tion, ça com­plique les choses. J’ai cou­tume de dire : « Il faut que je tra­vaille avec, mais pas pour. » Sauf si je tra­vaille avec un im­mense mais alors im­mense met­teur en scène dont il n’est pas ques­tion deux mi­nutes de contes­ter la de­mande ou l’exi­gence créa­tive.

Be­noît Jac­quot, au mo­ment de la sor­tie d’« Adolphe », a dit de vous : VH « Isa­belle, ce n’est pas du ta­lent, c’est du gé­nie. Quelque chose d’in­dé­fi­nis­sable et de sin­gu­lier, sans équi­valent, qui est ap­pa­ru en bloc, tout de suite. » Ça s’ap­pelle l’au­ra, c’est rare et ça dé­clenche les pas­sions. Vous êtes cons­ciente de ça ? Be­noît fait preuve d’une telle gé­né­ro­si­té quand il IA parle d’une ac­trice … Le pas­sion­nel, je l’ai connu très tôt. Quand j’ai quit­té la Co­mé­die–Fran­çaise, des spec­ta­teurs sont ve­nus me voir pour m’en­gueu­ler et me faire la mo­rale. Comme si je les tra­his­sais, je les aban­don­nais. Il y a eu aus­si

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