An­toine d’Aga­ta est un saint. Sa sain­te­té est de rendre la pa­role à celles dont il prend l’image.

VOGUE Hommes International - - DUEL -

Une des filles d’At­las dit à An­toine ce­ci qu’au­cun cri­tique n’a en­core osé dire — en­core fal­lait–il voir la chose en l’état : « Tu m’as dit que tu n’étais qu’un té­moin in­utile. Tu as nour­ri mon plai­sir de ma souf­france. Pour m’at­teindre, tu te dé­truis. »

Elle ne dit pas « Tu as nour­ri ton plai­sir de ma souf­france, mais bel et bien « Tu as nour­ri mon plai­sir de ma souf­france ». Et voi­là sou­dain les mots qui nous man­quaient pour ex­pli­quer pour­quoi An­toine a tou­jours dé­clen­ché chez les femmes un sen­ti­ment de confiance qu’il ne tra­hit pas. Et pour­quoi ce sont les gar­çons qui tou­jours le craignent.

La pa­role des autres est par­tout dans ses der­niers tra­vaux, en par­ti­cu­lier dans une ex­po­si­tion col­lec­tive que l’on peut voir au Bal à Pa­ris de­puis le 11 sep­tembre : S’il y a lieu je pars avec vous. Sous pré­texte d’un long voyage en au­to­route à deux entre Pa­ris et Mar­seille, où il est de­ve­nu bou­cher ( l’abat­tage, est un mot qui chez An­toine ré­sonne avec dou­leur ), il donne à en­tendre le journal de celle qui l’ac­com­pagne, les e–mails qu’il re­çoit, les plans qu’il trouve sur In­ter­net, et le journal de son père, lorsque ce­lui–ci quit­ta l’Ita­lie pour Mar­seille à 20 ans. Dans Pa­rai­so, un de ses der­niers livres, un des plus forts ( An­dré Frère, 2013 ), il in­clut au coeur des pho­tos prises à Val­pa­rai­so, des bouts de son propre journal. Il y est ques­tion bien sûr de Ph­nom Penh en 2008, de son père mou­rant, de son his­toire avec Ka, de l’Ice et de bou­le­ver­se­ments in­times. De ces mois dans la chambre étouf­fante au mur fis­su­ré, où quelque chose a été vé­cu et dont on com­mence seu­le­ment à en­tendre les pre­miers échos au­jourd’hui, six ans plus tard.

Ce quelque chose s’ap­pelle la vé­ri­té. Si tant est qu’elle existe. Cette vé­ri­té que les femmes lui donnent à en­tendre est in­fi­ni­ment cruelle, cruelle et douce, mais elle est in­sé­pa­rable de la nuit. Elle est son abou­tis­se­ment. Si la nuit a ja­mais ser­vi à quelque chose, si la nuit a une fonc­tion, ce se­rait bien celle–ci, faire tom­ber le mur qui nous re­lie à la conscience secrète, ou se­lon ses propres mots : « Le monde n’est pas fait de ce que nous voyons, mais de ce que nous sommes. »

VH S’IL Y A LIEU JE PARS AVEC VOUS ex­po­si­tion de So­phie Calle, Julien Magre, Stéphane Cou­tu­rier, Alain Bu­blex et An­toine d’Aga­ta au Bal,

Pa­ris 18e, jus­qu’au 5 oc­tobre. AT­LAS sor­tie le 22 oc­tobre.

Chambre d’hô­tel,

vil­lage d’Écom­moy,

mars 2014.

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