De­ve­nu en quelques sai­sons le jeune pre­mier in­con­tour­nable du ci­né­ma fran­çais, le fé­lin Fin­ne­gan Old­field

fait en­core mon­ter la tem­pé­ra­ture dans « Mar­vin », d’anne Fon­taine. Ren­contre avec un ac­teur libre et ma­gné­tique, qui sait que la vie se joue aus­si ailleurs que sur un écran.

VOGUE Hommes International - - FINNEGAN OLDFIELD - PHO­TO­GRAPHE Ber­trand Le Pluard Di­dier Pé­ron PAR

— Qua­si­ment du jour au len­de­main, on l’a vu dans tous les films : jeune pré­da­teur sexuel las­cif et sour­nois dans le Bang Gang d’eva Hus­son, fils in­tro­ver­ti dans

Les Cow­boys de Tho­mas Bi­de­gain puis ter­ro­riste sty­lé et opaque du Noc­tu­ra­ma de Ber­trand Bo­nel­lo. Six films en deux ans et, en cette ren­trée, il tient le rôle–titre du nouveau long–mé­trage at­ten­du d’anne Fon­taine,

Mar­vin, qui s’ins­pire li­bre­ment du best–sel­ler au­to­bio­gra­phique d’édouard Louis, En fi­nir avec Ed­die Bel­le­gueule. Fin­ne­gan Old­field re­con­naît qu’il s’est ren­du à la pro­jec­tion or­ga­ni­sée pour l’équipe dans un état d’an­goisse to­tale. Il n’avait vu au­cun rush et le tra­vail avec la ci­néaste consis­tait, plus en­core que pour tous ses pré­cé­dents per­son­nages, à le sor­tir de lui–même, ac­teur de com­po­si­tion lui qui s’im­pose à l’écran par le tran­chant d’une na­ture qui pa­raît ne sa­voir pas tri­cher. Mar­vin est ce pro­lo ho­mo­sexuel qui fuit la vio­lence fa­mi­liale pour s’af­fran­chir des dé­mons de l’échec et de la honte en mon­tant à Pa­ris où son monde change du tout au tout et où il conquiert sa li­ber­té in­time et ar­tis­tique à par­tir des bles­sures de son pas­sé.

« Un tel rôle, où je change ma ma­nière de par­ler, de mar­cher, où je dois don­ner la ré­plique à des ac­teurs aus­si im­pres­sion­nants qu’isa­belle Hup­pert par exemple, c’est un sal­to. Soit tu re­tombes sur la nuque et tu es mort, soit tu fi­nis de­bout sur tes pieds. » Fin­ne­gan Old­field, at­ta­blé à un café pa­ri­sien ou­vert sur la rue brû­lante d’une jour­née d’été pa­ri­sien, a des gestes vi­vaces de jeune ro­cker fé­lin, un re­gard bleu qu’il plante dans le vôtre pour vé­ri­fier si vous cap­tez bien tout ce qu’il ne dit pas ou laisse en poin­tillé entre deux « grave » ou « c’est co­ol ». « Fin­ne­gan est at­ti­rant pour tous les pa­ra­doxes qui le com­posent ou le tra­versent, nous ex­plique Anne Fon­taine, on pour­rait se dire que c’est un gar­çon sans his­toire mais, parce qu’il a quit­té l’école très tôt, tra­cé sa route, on sent qu’il a dé­jà tra­ver­sé des zones de tur­bu­lences per­son­nelles dont il se sert pour conqué­rir quelque chose sur lui–même. On pour­rait le croire im­ma­ture et sou­dain c’est sa ma­tu­ri­té qui s’im­pose d’un coup, en un re­gard, une ré­plique. Il est original, il n’est pas conven­tion­nel, il a vrai­ment de la grâce. » Sa mère l’ins­crit à un cas­ting pour un court–mé­trage alors qu’il n’a en­core que 13 ans : « Le film s’ap­pe­lait Pas

de pi­tié, les pe­tites filles re­trou­vaient leurs pou­pées Bar­bie dé­ca­pi­tées, dé­mem­brées par un se­rial killer… Dès qu’on m’a mis un mi­cro, que j’ai été de­vant la ca­mé­ra, j’ai com­pris que c’était pour moi. Je me sou­viens de mon éton­ne­ment en dé­cou­vrant l’in­croyable temps d’at­tente entre les prises… » D’autres tour­nages vont suivre, plus ou moins épar­pillés dans le temps mais à un âge où les choses vont à la fois trop vite et trop len­te­ment. Fin­ne­gan ronge son frein à l’école, ne sup­porte ni la dis­ci­pline des cours ni ce qu’ils sug­gèrent de cur­sus opi­niâtre en di­rec­tion d’un tra­vail pas for­cé­ment très pas­sion­nant. Alors, avec l’ac­cord de ses pa­rents, il cesse le col­lège après la qua­trième pour se consa­crer à la course aux cas­tings et tra­cer sa voie avec cette pré­co­ci­té qu’on re­con­naît plu­tôt aux ga­mins ac­teurs outre–at­lan­tique. « Quit­ter l’école si tôt, ça re­met tout en ques­tion. Il faut conti­nuer d’al­ler dans des struc­tures spé­ciales pour ados un peu in­adap­tés, re­belles, parce qu’en des­sous de 16 ans, tu ne peux pas traî­ner dans la rue si­non tu ter­mines à la Ddass (rires). Ça te met dans une si­tua­tion d’échec, ça de­vient un far­deau, les gens com­mencent à dire que tu files un mau­vais co­ton, donc tu flippes donc tu rates les cas­tings, tu dé­primes et tu es prêt à toutes les sor­ties de route… »

Pour­tant, sans doute parce qu’il est en­tou­ré de pa­rents bien­veillants, no­tam­ment un père, d’ori­gine anglaise qui bosse dans une maison de disques et im­porte de la mu­sique ja­maï­caine à un pu­blic avide de fu­mette et de rythmes cha­lou­pés, « Finn » ne dé­raille pas et son cô­té bad boy, tous ses amis le disent, dis­si­mule ti­mi­di­té et doute, ar­mure de son ex­trême et fon­da­men­tale gen­tillesse. La jeune ci­néaste Ka­tell Quillé­vé­ré l’a pris pour le rôle du fils d’anne Dor­val dans Ré­pa­rer les

vi­vants, un per­son­nage tout en ten­sion conte­nue face à sa mère qui at­tend une trans­plan­ta­tion car­diaque. Elle ne ta­rit pas d’éloges sur le jeune ac­teur : « Il a tout pour de­ve­nir un des meilleurs de sa gé­né­ra­tion. Il a un phy­sique très mal­léable : on peut ca­cher sa beau­té, il est alors le boy next door que l’on ne re­marque pas plus que ça, et d’une mi­nute à l’autre, il a une ci­né­gé­nie in­croyable et il est ren­ver­sant de beau­té. On a aus­si du mal à le si­tuer so­cia­le­ment et au ni­veau de son jeu, il est ul­tra­sen­sible. » Après le tour­nage de Mar­vin, quitte à sur­prendre tout le monde, il a quit­té Pa­ris, fer­mé son compte Fa­ce­book, don­né moins de nou­velles. Il est par­ti à Londres, et à Bris­tol, a tra­vaillé dans un pub, pour se re­don­ner de l’oxy­gène et par­faire son an­glais. Il s’est pris la tête avec le pa­tron, avait un contact pour un autre pub « tout mi­gnon » qui a pris feu : « Mes rêves an­glais sont par­tis en fu­mée, je suis ren­tré à Pa­ris », plai­sante–t–il, évo­quant dé­jà plu­sieurs pro­jets dont un avec le des­si­na­teur de bande des­si­née Ma­thieu Sa­pin, une co­mé­die sur la cam­pagne pré­si­den­tielle : « Je passe mes jour­nées à ap­prendre des dis­cours d’em­ma­nuel Ma­cron, c’est bi­zarre… » Ber­trand Bo­nel­lo ra­conte comment il l’a choi­si pour Noc­tu­ra­ma sans même lui faire pas­ser d’essai, juste au fee­ling, le dé­cou­vrant plus tard sur le pla­teau : « Il est très an­xieux avant chaque plan, avec cette es­pèce de peur de ne pas com­prendre, alors que sou­vent, il faut bien le dire, il n’y a rien à com­prendre. Mais dès que la ca­mé­ra tourne, il est juste. » Finn, d’évi­dence, ne fait rien à la lé­gère ni à moi­tié. « Il est vrai­ment dans la vie, il ob­serve, il voit des potes qui sont des gens qui n’ont au­cun rap­port avec le ci­né­ma et lui conti­nue de faire des petits bou­lots à droite à gauche, il s’ins­pire tou­jours de choses concrètes, ex­plique Ka­rine Nu­ris qui le coache de­puis ses 17 ans. Il est tou­jours en re­cherche d’une vé­ri­té. Il sent qu’il a un ins­tru­ment en main, il veut l’amé­lio­rer mais il ne sup­porte pas que ce soit une com­po­si­tion, une dé­mo de co­mé­dien narcissique. » Mar­vin pour­rait re­le­ver en­core de plu­sieurs de­grés le pa­lier d’ad­mi­ra­tion fé­brile au­tour de Fin­ne­gan Old­field, mais on ne le sent pas po­reux aux fu­ti­li­tés du mé­tier ni, pour l’heure, adepte de quelque ego trip de jeune pre­mier sur­vol­té. La grande les­si­veuse du ci­né­ma qui pro­pulse et abo­lit les co­mé­diens au gré d’hu­meurs chan­geantes, il a ap­pris à s’en mé­fier et c’est moins le fait de jouer qui l’anime que l’ex­tra­or­di­naire am­biance col­lec­tive des tour­nages « dont je sais bien dé­sor­mais que je ne pour­rais jamais me pas­ser». Plus il s’ignore, mieux il se plaît. VOGUE HOMMES

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.