Co­mé­dien, mu­si­cien, dan­seur… À 22 ans, Cé­sar Chou­ra­qui ne manque pas d’ar­gu­ments pour bien­tôt se faire un pré­nom en haut de l’af­fiche. Et pas for­cé­ment là où on l’at­tend.

PA­ROLES ET MU­SIQUE

VOGUE Hommes International - - FINNEGAN OLDFIELD - PHO­TO­GRAPHE Max Fa­ra­go Oli­vier Gra­noux PAR

— Aux pre­miers jours de l’été, alors que la cha­leur as­somme Pa­ris, Cé­sar Chou­ra­qui s’est bar­ri­ca­dé au frais dans un stu­dio d’en­re­gis­tre­ment de la rive gauche. L’am­biance n’est pas au far­niente : il est en plein en­re­gis­tre­ment de son pre­mier al­bum. Après des dé­buts re­mar­qués au ci­né­ma dans L’ori­gine de la vio­lence, le film de son père, Élie Chou­ra­qui, on pou­vait croire le des­tin de Cé­sar tout tra­cé. Contre–pied : c’est der­rière un mi­cro que le jeune homme de 22 ans se dé­voile au­jourd’hui. Rien de bien éton­nant pour­tant, la mu­sique n’est pas une lu­bie pas­sa­gère : « Je viens d’une fa­mille de ci­né­ma. Mon père est réa­li­sa­teur, ma mère scé­na­riste… Je me suis pas­sion­né très tôt pour la mu­sique, car c’était une bulle qui m’ap­par­te­nait — per­sonne ne joue d’ins­tru­ment à la maison. C’était mon co­con, je pou­vais m’y ex­pri­mer très li­bre­ment », se sou­vient en sou­riant le beau gaillard au re­gard clair.

Un phy­sique de man­ne­quin, qui ne l’a pas me­né bien loin sur les po­diums. « J’ai fait un seul cas­ting : on m’a de­man­dé de dan­ser. J’adore ça, je fais de la barre au sol, j’ai fait pas mal de danse hip–hop au­pa­ra­vant, mais là je ne voyais pas le rap­port. In­com­pré­hen­sion to­tale : j’ai tour­né les ta­lons, ma car­rière de mo­del était fi­nie ! »

Cé­sar a 11 ans quand un soir de­vant sa té­lé, il est fou­droyé par un concert de Queen et la puis­sance scé­nique de Fred­dy Mer­cu­ry. « J’ai ins­tan­ta­né­ment su que c’est lui que je vou­lais être plus tard. » À 13 ans, il monte un groupe ama­teur (mais mo­ti­vé) bap­ti­sé The Crowns et se lie d’une pro­fonde ami­tié avec le bat­teur, Aghiad Gha­nem, qui lui fait dé­cou­vrir Joy Di­vi­sion. Nou­velle ré­vé­la­tion pour Cé­sar, qui voue de­puis une ad­mi­ra­tion sans borne à Ian Cur­tis et sa bande. The Crowns com­mence à se bâ­tir une pe­tite ré­pu­ta­tion que dé­jà il se dis­sout : cher­cheur en re­la­tions in­ter­na­tio­nales, le brillant Aghiad est ac­ca­pa­ré par ses études à Sciences Po et, de son cô­té, Cé­sar dé­marre sa car­rière de co­mé­dien. L’aven­ture est mise entre pa­ren­thèses.

À l’été 2016, les com­pères se re­trouvent, et constatent que leur faim de dé­ci­bels est in­tacte. Cé­sar, qui a com­po­sé et écrit les textes, laisse Aghiad peau­fi­ner les ar­ran­ge­ments. Les chan­sons prennent vie. Le duo se bap­tise Idem Co­lo­ny. « En hom­mage à la chan­son de Joy Di­vi­sion “Co­lo­ny”. Mais aus­si parce que, de fa­çon un peu poé­tique, ça si­gni­fie “du même en­droit”. Pour in­car­ner un tan­dem com­po­sé d’un Sy­rien et d’un Fran­çais de confes­sion juive, on trou­vait que ce­la avait du sens. »

Plus mo­ti­vé que jamais, le duo cherche à bien s’en­tou­rer, pour pro­fes­sion­na­li­ser le pro­jet. Ami de longue date, Bar­na­bé Nuyt­ten, le fils d’isa­belle Ad­ja­ni, est mu­si­cien au sein du groupe The Ai­kiu, dont les deux têtes pen­santes sont éga­le­ment des pro­duc­teurs pro­met­teurs. Les pré­sen­ta­tions sont faites, l’en­tente fruc­tueuse. Ils prennent en main l’en­re­gis­tre­ment des mor­ceaux et fa­çonnent le son Idem Co­lo­ny, ca­ram­bo­lage ro­man­tique entre new wave et folk élec­trique, in­vo­quant au­tant Bon Iver que De­peche Mode, Ar­chive ou MGMT. Avec en fil rouge la voix grave et sen­suelle de Cé­sar, qui serre le coeur et dé­vore l’es­pace. «J’ai aus­si fait chan­ter ma soeur, qui est an­thro­po­logue, sur un mor­ceau. C’est plus fort que moi, j’adore tra­vailler en fa­mille ! » Pour preuve, il vient aus­si de ter­mi­ner son pre­mier scé­na­rio, co­écrit avec sa mère.

Cet au­tomne, Cé­sar Chou­ra­qui tourne l’adap­ta­tion sur grand écran de L’homme qui ment, le livre au­to­bio­gra­phique de Marc La­voine, où il joue le rôle de Marc. Et compte bien ter­mi­ner ce pre­mier al­bum pour pou­voir le dé­fendre en­suite sur scène. « Ce disque est pen­sé pour le live, les concerts font par­tie in­té­grante de notre ré­flexion. Peut–être grâce à mon ex­pé­rience de co­mé­dien, la scène et la confron­ta­tion avec un pu­blic ne m’in­ti­mident pas, bien au contraire. On es­père vrai­ment pou­voir jouer dans quelques fes­ti­vals l’été pro­chain. » Avec Aghiad Gha­nem, qui vient de pu­blier son pre­mier livre sur les alaouites de Tur­quie, et les pro­jets ci­né­ma de Cé­sar, les agen­das s’an­noncent bien rem­plis dans les mois qui viennent. « De­voir jon­gler avec ses pas­sions, ce n’est pas par­ti­cu­liè­re­ment ce qu’on peut ap­pe­ler une vie dif­fi­cile. » VOGUE HOMMES

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