Serge, pre­mière image

VOGUE Hommes International - - OUVERTURE -

«J’ai ren­con­tré Serge en France pour les es­sais de

Slo­gan de Pierre Grim­blat. Il était très brun, avait un vi­sage ex­quis et in­at­ten­du, et por­tait une che­mise mauve. Il était caus­tique, sar­cas­tique, pas an­ti­pa­thique mais je voyais bien qu’il s’en fou­tait pas mal. Il au­rait pu im­po­ser une autre fille comme le sei­gneur du vil­lage puisque le film re­po­sait sur son nom. D’au­tant que Ma­ri­sa Be­ren­son, qui ve­nait de pas­ser l’au­di­tion, avait été su­blime. Il a été plu­tôt bienveillant. Il m’a dit que lui n’au­rait jamais eu le cu­lot de pas­ser des es­sais dans une langue qui n’était pas la sienne. J’avais tout ap­pris en pho­né­tique sans rien com­prendre à ce que je di­sais. J’ai re­vu les tests de­puis et j’étais bien mau­vaise. Lui qui ai­mait les femmes so­phis­ti­quées, éro­tiques, mys­té­rieuses se trou­vait face à un bé­bé qui pleu­rait et qui mé­lan­geait ci­né­ma et vie pri­vée. Il trou­vait ça dé­goû­tant. Ma vie ve­nait de bas­cu­ler. Et, contrai­re­ment à ce qu’on pour­rait ima­gi­ner, mes pa­rents étaient ra­vis. Après m’avoir vue tel­le­ment triste avec John Bar­ry, ils me voyaient en­fin joyeuse. Serge a sé­duit ma mère parce qu’il lui rap­pe­lait Eric Ma­sch­witz qui lui avait écrit le standard “A Nigh­tin­gale Sang in Ber­ke­ley Square”. Quant à mon père, il le trou­vait fol­le­ment drôle. Ils pre­naient leurs som­ni­fères en­semble comme deux hi­boux. L’un et l’autre sa­vaient qu’ils de­vaient pas­ser par l’un et par l’autre pour être ac­cep­tés par moi. Il fal­lait qu’ils s’aiment. Serge au­rait dit à ma soeur : “Le jour où je mour­rai, je pas­se­rai prendre ton père.” Pa­pa est mort quatre jours après Serge. »

Avec Serge Gains­bourg sur le tour­nage de Slo­gan, en 1968.

Avec Serge Gains­bourg, en 1969, à la pre­mière de Slo­gan : « Il était très brun, avait un vi­sage ex­quis et in­at­ten­du. »

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