« Ba­by alone in Ba­by­lone»

VOGUE Hommes International - - OUVERTURE -

« C’est l’al­bum de la rup­ture, où tout a chan­gé. Tout à coup, Serge me don­nait à chan­ter ses bles­sures, son cô­té fé­mi­nin. C’est très dé­sta­bi­li­sant de chan­ter les bles­sures que vous avez ins­pi­rées. Avant ça, il m’écri­vait des chan­sons lé­gères et de­man­dait par­fois à d’autres au­teurs d’écrire pour moi sur ses mu­siques quand il n’avait pas le temps. C’est ain­si que Phi­lipe La­bro m’a écrit “Lo­li­ta go home”. Je dois dire que j’étais fa­ti­guée de chan­ter la pe­tite fille qui ex­cite les mes­sieurs dans les trains. Il me sem­blait que j’étais de­ve­nue autre chose. On a en­re­gis­tré Ba­by alone in Ba­by­lone en huit jours. Serge écri­vait deux chan­sons par nuit et car­bu­rait à la clope et au café noir. Il était cre­vé. Il écri­vait en ma­jus­cule sur des feuilles parce que je n’ar­ri­vais pas à le lire. On a je­té ça à la pou­belle, vous ima­gi­nez ? Je chan­tais le plus haut pos­sible pour ne pas le dé­ce­voir, je sa­vais qu’il ai­mait ça. C’était bou­le­ver­sant de le voir der­rière la vitre. Il se fou­tait qu’on me com­prenne ou pas, ce qu’il tra­quait c’était l’émo­tion. L’autre soir, j’ai osé re­gar­der sur You­tube une vieille in­ter­view de lui dans la­quelle il di­sait que j’étais celle qui chan­tait le mieux l’émo­tion. Je n’avais pas de contrat avec une maison de disques, rien ne pres­sait et je voyais bien qu’il était épui­sé. Je lui ai dit : “Serge, il n’y a pas le feu, on a le temps d’en­re­gis­trer.” Il y te­nait ab­so­lu­ment. Il m’a dit : “Je te dois ça.”»

« Serge se fou­tait qu’on me com­prenne ou pas, ce qu’il tra­quait c’était l’émo­tion. »

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