Homme à la mer : une his­toire vé­cue

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Après une for­ma­tion à l’école des Glé­nans, nous na­vi­guons en fa­mille, ma femme, nos trois en­fants et moi, et ce, de­puis trois ans. En avril, nous dé­ci­dons d’al­ler dé­cou­vrir les îles de Lé­rins. A en­vi­ron 5 milles au sud-ouest des îles, je suis à la barre quand sou­dain j’en­tends un vague « au se­cours! ». Mon re­gard par­court l’ho­ri­zon, des bras s’agitent hors de l’eau. Pre­mière pen­sée : qu’est ce qu’il fait là, ce na­geur, aus­si loin des côtes sans ba­teau au­tour ? Puis le choc : un homme à la mer! Branle-bas de combat. Les ré­flexes des Glé­nans re­viennent ins­tan­ta­né­ment : mettre le mo­teur, rou­ler le gé­nois, sor­tir la bouée fer à che­val. Or cette der­nière est ran­gée au fond d’un coffre, dans la ca­bine avant, à cause de son sup­port cas­sé. Puis autre er­reur : la bouée est lan­cée face au vent et nous re­vient im­mé­dia­te­ment des­sus, loin du nau­fra­gé. Nou­velle ten­ta­tive. Ma femme nous pré­sente par­fai­te­ment sous le vent du nau­fra­gé, plus proche cette fois. Je lui lance un bout sur le­quel j’ai fait une boucle à l’aide d’un noeud de chaise. Il l’at­trape. Nous ou­vrons la plage ar­rière bas­cu­lante et dé­ployons l’échelle de bain. Il re­monte mais s’écroule, épui­sé, les jambes en­core dans l’eau, le haut du corps dans le vent. C’est un grand gaillard, il doit faire au moins 80 kg. Je ne pour­rai pas le sou­le­ver tout seul. Or là, il se re­froi­dit. Je re­pense à nos dis­cus­sions pen­dant les stages : uti­li­ser la drisse de spi, prendre la bôme comme pa­lan, pas simple. Je le mo­tive et il réus­sit, au bout de quelques mi­nutes, à se le­ver pour al­ler s’écrou­ler dans le cock­pit der­rière la barre, en sé­cu­ri­té. Nous lui re­ti­rons son T-shirt, le re­cou­vrons de draps de bain pour le sé­cher puis, avec un du­vet, nous es­sayons de le ré­chauf­fer. Il nous faut ap­pe­ler les se­cours. Je suis pi­lote de ligne de mé­tier, la ra­dio n’est pas un pro­blème mais là, hors de mon contexte pro­fes­sion­nel, mes pre­miers mes­sages ne sont pas très clairs. J’ap­pelle le sé­ma­phore au lieu du CROSS, j’en­voie un « Pan Pan » au lieu d’un « May­day ». J’ignore le de­gré d’hy­po­ther­mie de notre nau­fra­gé, il y a po­ten­tiel­le­ment une ur­gence im­mé­diate. Je pense à trop de choses en même temps, puis le CROSS me ré­pond et tout s’en­chaîne plus na­tu­rel­le­ment. Je leur confirme la po­si­tion et ré­ponds à leurs ques­tions sur l’état du res­ca­pé. Heu­reu­se­ment, il est conscient et nous donne les pre­mières ré­ponses. Sur un pneu­ma­tique, seul à bord, l’écrou de son vo­lant s’est dé­ta­ché, dé­so­li­da­ri­sant le vo­lant et le pro­je­tant à la mer. N’étant pas équi­pé de coupe-cir­cuit, le pneu­ma­tique a conti­nué seul, lais­sant notre nau­fra­gé, sans gi­let, Mer­ci pour ce compte ren­du pré­cis et pour vos conseils ti­rés de cette ex­pé­rience qui a dû être ef­fec­ti­ve­ment mar­quante. On ne peut qu’en­cou­ra­ger les équi­pages à s’en­traî­ner, en amont, à ef­fec­tuer cette ma­noeuvre. L’ur­gence, ça s’ap­prend. Il existe une va­rié­té de stages qui per­mettent d’ac­qué­rir ces ré­flexes. Les Glé­nans, Ma­cif Ecole de voile, Ya­ka­par­tir pro­posent, entre autres écoles, ces stages de ma­noeuvres.

lut­ter pour sa sur­vie pen­dant en­vi­ron deux heures dans l’eau. Je suis en­suite mis en re­la­tion té­lé­pho­nique avec un mé­de­cin pour faire un bi­lan de san­té plus pré­cis. Puis le nau­fra­gé est ra­pi­de­ment pris en charge par les doua­niers ve­nus le cher­cher en ve­dette pour le trans­fé­rer à l’hô­pi­tal de Cannes. Au mouillage aux îles de Lé­rins, les doua­niers nous don­ne­ront des nou­velles, pren­dront des in­for­ma­tions pour leur rap­port et nous rap­por­te­ront notre du­vet! Notre homme al­lait bien, son ba­teau a été re­trou­vé et re­mor­qué dans un port. Quant à nous, cette aven­ture nous a for­cé­ment mar­qués. En conclu­sion, je re­mer­cie nos for­ma­teurs des Glé­nans pour ces bons ré­flexes et pro­pose une liste non ex­haus­tive de conseils. A faire : suivre une for­ma­tion à la mé­thode de ré­cu­pé­ra­tion d’un homme à la mer car ça ne s’in­vente pas; s’en­traî­ner ré­gu­liè­re­ment ou au moins se mettre en si­tua­tion men­ta­le­ment; por­ter un gi­let en per­ma­nence, la nuit s’équi­per d’une lampe fron­tale ou, mieux, d’une lampe flash; pré­pa­rer un mes­sage type, af­fi­ché à cô­té de la ra­dio, avec le nom du CROSS de la zone; for­mer en­fants et équi­piers à l’uti­li­sa­tion de la ra­dio et à la lec­ture d’une po­si­tion GPS. Et à ne pas faire : par­tir seul à bord d’un pneu­ma­tique, sans coupe-cir­cuit ni gi­let; ran­ger la bouée au fond de la ca­bine; se pré­ci­pi­ter avec le risque de sur­ac­ci­dent.

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