Lolito aux Açores Tran­sat­lan­tique nord, le re­tour !

Si la route est longue pour ral­lier l’Eu­rope de­puis Cu­ba, les es­cales peuvent être en­core nom­breuses : des îles ba­ha­miennes se­mi-dé­ser­tiques aux épous­tou­flantes îles aço­réennes en pas­sant par les ri­chis­simes Ber­mudes, Lolito boucle son tour de l’At­lan­tiq

Voile Magazine - - Sommaire - Texte et pho­tos : Da­mien Bi­daine.

PUERTO VITA,

sur la côte nord de Cu­ba, der­nière se­maine de mai. L’avi­taille­ment en den­rées fraîches est la­vé, sé­ché, em­bar­qué et bien ran­gé dans les fi­lets et les équi­pets du bord. Un avi­taille­ment ca­li­bré pour une ving­taine de jours de na­vi­ga­tion que nous avons vou­lu le plus va­rié pos­sible, au moins avec ce que l’on peut ache­ter dans la cam­pagne cu­baine, of­fi­ciel­le­ment ou au mar­ché noir. Au me­nu des pro­chaines se­maines de mer : choux, pa­tates douces, ba­nanes plan­tains, ana­nas, to­mates et poi­vrons, qui nous per­met­tront d’agré­men­ter les dé­sor­mais tra­di­tion­nels plats à base de pâtes, de riz pi­laf ou de se­moule. Une rou­tine cu­li­naire propre à la vie en mer que nous sommes heu­reux de re­trou­ver après un mois d’un voyage di­sons, plus clas­sique, dans Cu­ba. Car pour vi­si­ter la plus grande île des An­tilles, nous avions lais­sé Lolito aux bons soins du personnel de la ma­ri­na de Puerto Vita et sillon­né l’île en ca­lèche (cu­baine), en bus (chi­nois) et en taxi (amé­ri­cain), tous plus dé­fraî­chis les uns que les autres mais si ty­piques de la vie cu­baine ! Une es­cale pas­sion­nante – même si, d’après nos voi­sins de pon­ton, tout a chan­gé – qu’il est temps de lais­ser dans notre sillage. Nos vi­sas ex­pirent dans quelques jours. L’heure est ve­nue d’en­ta­mer la route du re­tour. Une na­vi­ga­tion qui s’an­nonce longue : 2 500 milles à par­cou­rir avant de tou­cher les Açores à moins que l’on fasse es­cale avant… C’est par­ti pour de longues dis­cus­sions avec les autres équi­pages sur les dif­fé­rentes op­tions de routes qui s’ouvrent de­vant notre étrave : un clas­sique avant chaque tran­sat ! Faut-il at­tendre la bonne fe­nêtre et par­tir en route di­recte pour les Açores ? Faut-il faire es­cale au sud des Ba­ha­mas dont les der­nières îles se trouvent être à moins de 70 milles de Cu­ba ? Doit-on re­mon­ter jus­qu’aux Ber­mudes ? Sur Lolito, si nous ap­pré­cions ces longues soi­rées convi­viales de dé­bats (sans fin), notre dé­ci­sion est prise : nous met­trons le cap sur les Ba­ha­mas, his­toire de tou­cher du doigt cet ar­chi­pel qui nous fait tant rê­ver, mais dont l’ac­cès n’est pas re­com­man­dé avec nos 2 mètres de ti­rant d’eau. Sur­tout, nous vou­lons pro­fi­ter, avant de re­tra­ver­ser l’At­lan­tique, d’une ou deux nuits au mouillage. Un be­soin com­mun à tout l’équi­page de plon­ger une der­nière fois dans les eaux tur­quoise des tropiques et de pro­fi­ter du calme d’un mouillage en « eaux vives ». Car si notre ma­ri­na cu­baine est char­mante, sa si­tua­tion au coeur de la man­grove en fait aus­si un pa­ra­dis pour les mous­tiques et les yi­nyins, ces mi­nus­cules mou­che­rons qui vous piquent avec gour­man­dise à l’heure de l’apé­ro ! C’est donc

juste avant l’heure fa­ti­dique que nous lar­guons les amarres sous le re­gard at­ten­tif des doua­niers cu­bains (il est in­ima­gi­nable de s’at­tar­der à terre une fois les pa­piers de sor­tie du ter­ri­toire si­gnés) et les au re­voir bien­veillants de l’équi­page d’Ar­chi­pell – nos com­pa­gnons de route de­puis cinq mois – à qui nous don­nons ren­dez-vous à Rag­ged Is­land, la plus mé­ri­dio­nale des îles ba­ha­miennes, his­toire de trans­ater en­semble. L’autre atout de cette es­cale aux Ba­ha­mas est de nous re­mettre un peu dans le bain après cette longue es­cale. Quoi de mieux qu’une di­zaine d’heures au près dans 20 noeuds de vents pour re­prendre nos marques à bord ? Une na­vi­ga­tion courte et somme toute clas­sique si nous n’avions eu à bord un pas­sa­ger clan­des­tin. Mais com­ment est-il pas­sé à tra­vers les mailles étroites du fi­let de la po­lice cu­baine ? Di­sons que si les hommes cu­bains ne sont pas au­to­ri­sés à em­bar­quer sur un na­vire, les ron­geurs cu­bains ont, eux, le droit à l’exil ! Dans notre mal­heur, nous avons de la chance : la bête – c’est ain­si que nous nom­me­rons ce beau rat par égard aux âmes sen­sibles de l’équi­page – a élu do­mi­cile par­mi les tongs sto­ckées dans un équi­pet du cock­pit et non à l’in­té­rieur de Lolito. C’est au mi­lieu de la nuit que, pour re­joindre son antre, elle a eu le mau­vais goût de pas­ser sur l’épaule du ca­pi­taine som­no­lant dans le cock­pit. La suite est digne d’une scène du film Pi­rates de Po­lans­ki : course-pour­suite, ju­rons, me­naces et lan­cer de cou­teau... L’anec­dote est riche d’en­sei­gne­ments : nous au­rions dû équi­per les amarres de Lolito de pro­tec­tions contre les ron­geurs, même ar­ti­sa­nales. En re­vanche, nous pou­vons nous fé­li­ci­ter d’avoir tou­jours blo­qué l’ac­cès à l’in­té­rieur de notre voi­lier avec les mous­ti­quaires qui équipent tous les pan­neaux de pont, mais aus­si avec une grande mous­ti­quaire adap­tée pour la des­cente. En nous pro­té­geant ain­si des mous­tiques, nous n’ima­gi­nions pas nous pro­té­ger des ron­geurs, or l’af­faire est clas­sique et nos deux voi­sins de pon­ton sont eux aus­si re­par­tis de Cu­ba avec un pas­sa­ger sup­plé­men­taire… Si cette toute pre­mière nuit de na­vi­ga­tion fut ani­mée et agi­tée, la jour­née qui a sui­vi fut l’une des plus belles de l’an­née. Lolito, tout juste ca­ré­né, glisse en dou­ceur sur une mer tur­quoise aus­si plate qu’un lac qui an­nonce la cou­leur : nous sommes bel et bien aux Ba­ha­mas. En fin d’après-mi­di, nous je­tons l’ancre après dix-huit heures de na­vi­ga­tion dans ce qui n’est cer­tai­ne­ment pas le plus beau mouillage de l’ar­chi­pel, mais tout y est : l’eau trans­lu­cide, le sable blanc et même une raie de la taille de notre an­nexe ve­nue nous sa­luer. Un mouillage so­li­taire, sur une île que nous croyons un ins­tant dé­serte. Mais non : l’ac­cueil y est même très cha­leu­reux. Tan­dis qu’un pê­cheur nous offre deux gros lam­bis pour le dî­ner, nous conver­sons lon­gue­ment avec le chef de la po­lice lo­cale (et sans doute l’unique po­li­cier de l’île !) tout juste re­ve­nu d’un voyage d’une quin­zaine de jours en Eu­rope. L’oc­ca­sion aus­si de ré­cu­pé­rer les codes d’ac­cès Wi-Fi du com­mis­sa­riat et re­nouer en­fin avec l’in­ter­net haut dé­bit après plus d’un mois de connexions ro­cam­bo­lesques. Un ca­deau pré­cieux à quelques jours d’une tran­sat puisque nous pour­rons sans peine té­lé­char­ger un fi­chier grib cou­vrant la to­ta­li­té du par­cours et mieux vi­sua­li­ser ain­si la réa­li­té de la si­tua­tion mé­téo : il n’y a pas de vent...

NOUS MET­TONS LE CAP SUR LES BER­MUDES

Re­joints par Ar­chi­pell, nous voilà re­par­tis dans une ana­lyse mé­téo pous­sée de la si­tua­tion à ve­nir. Deux op­tions s’offrent à nous : at­tendre aux Ba­ha­mas une fe­nêtre fa­vo­rable, mais en en­ta­mant nos ré­serves de fruits et de lé­gumes frais sans pos­si­bi­li­té de com­plé­ter plus tard notre avi­taille­ment ; ou bien mettre le cap sur les Ber­mudes à 1 000 milles de là. Une na­vi­ga­tion d’une se­maine avec au mi­ni­mum trois jours de mo­teur en pers­pec­tive. Cette se­conde op­tion a pour avan­tage de rac­cour­cir d’au­tant la tra­ver­sée de l’At­lan­tique, de nous re­ca­ler sur une route plus nord pour les Açores et de nous per­mettre peut-être d’al­ler je­ter un oeil aux AC50 de l’Ame­ri­ca’s Cup ! La dé­ci­sion col­lec­tive est fi­na­le­ment ac­tée un peu plus tard sur la plage : nous met­trons le cap sur Saint George’s Town aux Ber­mudes. Les pré­vi­sions furent res­pec­tées et notre ana­lyse confir­mée : c’est après beau­coup de mo­teur que nous at­tein­drons cette pe­tite île per­due au mi­lieu de l’océan, mais sans re­gret au­cun, car tout de même nous sommes aux Ber­mudes. Une es­cale non pro­gram­mée, non bud­gé­tée (or la vie y est très, très chère), mal­heu­reu­se­ment trop courte pour que nous l’ex­plo­rions. En ef­fet, la fe­nêtre mé­téo que nous at­ten­dions s’ouvre deux jours après notre ar­ri­vée. Des Ber­mudes, nous ne ver­rons donc que Saint George’s Town, son large mouillage au­quel on ac­cède par une brèche étroite lit­té­ra­le­ment taillée dans le roc, sa plage et sa jolie pe­tite place. Faute de temps, nous fe­rons l’im­passe sur le spec­tacle of­fert à l’autre bout de l’île par les teams de l’Ame­ri­ca’s Cup à l’en­traî­ne­ment dans le la­gon et sur le reste de l’île qu’on nous rap­porte être fort jolie. Mais si nous vou­lons pro­fi­ter un peu des Açores, il est temps d’ap­pa­reiller. Tout comme la pe­tite di­zaine de voi­liers au mouillage, nous nous ap­prê­tons donc à af­fron­ter la fa­meuse tran­sat re­tour, celle de tous les dan­gers, de toutes les craintes ! Car cette tran­sat re­tour en a épui­sé des conver­sa­tions de­puis notre ar­ri­vée aux An­tilles : cer­tains an­goissent quand par mal­heur ils ont en­ten­du parler de cette fa­meuse an­née où plu­sieurs voi­liers ont dû être se­cou­rus en haute mer, d’autres re­doutent l’in­con­fort d’une na­vi­ga­tion au près, d’autres – sa­tis­faits de leur tran­sat al­ler – n’ont tout sim­ple­ment pas en­vie de prendre le risque de gâ­cher leurs sou­ve­nirs en re­lan­çant les dés de la chance dans une ré­gion que l’on sait plus froide et hu­mide. D’autres en­core l’abordent comme il se doit, avec prag­ma­tisme : il s’agit ni plus ni moins d’une na­vi­ga­tion de 1 700 milles tra­ver­sée par des sys­tèmes mé­téo certes moins clé­ments que les ali­zés de la tran­sat al­ler, mais aus­si bien connus et tout aus­si pré­vi­sibles. De fait, nous par­tons des Ber­mudes après une bascule, pous­sés par un vent de sec­teur sud-est. Nous le sa­vons, nous avons quelques jours pour avan­cer tran­quille­ment avant qu’un pre­mier, puis un se­cond front ne nous passent

des­sus. Ce­pen­dant, en res­tant sur la route di­recte, en évi­tant la ten­ta­tion d’al­ler cher­cher du por­tant sou­te­nu plus au nord, nous ne de­vrions pas avoir plus de 30 noeuds. Une ana­lyse – par­ta­gée par tous les équi­pages en par­tance et les rou­teurs (voir en­ca­dré) – qu’il fau­dra confir­mer et af­fi­ner en fonc­tion des fi­chiers grib que nous char­ge­rons au fil de la tran­sat. Mais quelques heures après notre dé­part, bien plus que le vent c’est la tem­pé­ra­ture qui nous glace...

NOUS AVONS MEME DROIT A UN PE­TIT CRACHIN

Plus ques­tion de traî­ner sur le pont en pe­tite te­nue ! Le jour, les manches longues sont bien­ve­nues et la nuit les vê­te­ments tech­niques font leur grand re­tour. Ce­rise sur le gâ­teau, nous avons droit à un crachin bien de chez nous. Ciel gris, ho­ri­zon bou­ché, la page de nos na­vi­ga­tions sous les tropiques se tourne ins­tan­ta­né­ment ! Un changement de tem­pé­ra­ture qui ne gêne que les adultes. Line et Mi­lo – qui passent le plus clair de leur temps à jouer dans le car­ré – n’y voient rien à re­dire, d’au­tant que les séances de douche s’en trouvent na­tu­rel­le­ment plus es­pa­cées, voire sus­pen­dues. Le qua­trième jour de la tran­sat marque un tour­nant. Le pas­sage de front se

confirme pour le len­de­main. Pour le mo­ment, nous conti­nuons à naviguer tran­quille­ment avec 18 noeuds de vent, mais sur­tout nous per­dons le contact ra­dio avec Ar­chi­pell, notre bi­nôme de­puis la Mar­ti­nique. Nos écarts de vi­tesse et sur­tout de route ont eu rai­son de la por­tée de nos VHF... Dé­sor­mais, et jus­qu’aux Açores, c’est en so­lo que nous pro­gres­se­rons. Pour être hon­nêtes, nous conti­nue­rons chaque jour ou presque à échan­ger par mail billets d’hu­meur et re­cettes de cui­sine avec Ar­chi­pell,

Ar­wen, Dremm­well, Océa­nix et Ani­ma, tous par­tis des Ber­mudes en même temps que nous. En­fin, après cinq jours de na­vi­ga­tion et 800 milles par­cou­rus de­puis les Ber­mudes, les choses sé­rieuses dé­butent : à 4 h 30, le vent monte avec des ra­fales à 30, 35 noeuds. Nous éta­blis­sons la trin­quette et pre­nons un ris. La tem­pé­ra­ture chute à 14 °C... C’est un choc ! Dès lors, la pe­tite flot­tille que nous for­mons de­puis notre dé­part, dé­jà pas mal écla­tée sur le par­cours, se di­vise. Les uns plongent au sud pour évi­ter plu­sieurs jours de près, les autres montent lé­gè­re­ment au nord pour col­ler un peu plus à la route di­recte. C’est l’op­tion que nous choi­sis­sons puisque les pré­vi­sions que nous re­ce­vons se sont adou­cies. Certes,nous fe­rons du près, mais notre Fee­ling n’est pas ré­tif à cette al­lure. Pa­role de skip­per « ça va l’faire ! », il suf­fit de s’y pré­pa­rer un peu. De fait, ça l’a fait.

LES FRONTS FROIDS PORTENT BIEN LEUR NOM !

Le hui­tième jour nous em­pan­nons, le vent chute puis for­cit de nou­veau en chan­geant de di­rec­tion : nous nous re­trou­vons, comme pré­vu, à faire cap plein nord, voire avec un peu d’ouest, sous trois ris trin­quette. Lolito file droit, tape rai­son­na­ble­ment dans la mer sans que ce­la soit in­sup­por­table ni pour le ba­teau ni pour l’équi­page. D’ailleurs les en­fants ne semblent pas at­ta­cher d’im­por­tance au nou­veau rythme pris par le ba­teau et ne changent rien à leurs ac­ti­vi­tés quo­ti­diennes qui al­ternent entre construc­tion de ca­banes (oui, il est pos­sible de faire des ca­banes dans un car­ré), duels à l’épée, jeux de cartes et vi­sion­nage en fa­mille de des­sins ani­més. Car en tran­sat, il est une règle in­tan­gible sur

Lolito : tout l’équi­page a droit à un film ou un des­sin ani­mé par jour. Un mo­ment par­ta­gé en fa­mille au même titre que cha­cun des trois re­pas quo­ti­diens. Au dixième jour, vi­re­ment de bord, route à l’est-sud-est tou­jours sous trois ris trin­quette. Le vent os­cille entre 25 et 32 noeuds, je fête à la gîte et sur le bon cap mes qua­rante prin­temps ! Plus que 24 heures et nous tou­che­rons Flores, la plus oc­ci­den­tale des îles des Açores. Au ma­tin du dou­zième jour de mer, les hautes fa­laises de Flores se des­sinent à l’ho­ri­zon, son re­lief pu­di­que­ment dis­si­mu­lé der­rière un voile de brume, tan­dis qu’une di­zaine de dau­phins bleu et blanc viennent nous ac­com­pa­gner jus­qu’à la je­tée du port. Un ac­cueil digne de l’ar­chi­pel por­tu­gais ré­pu­té pour être un sanc­tuaire pour les cé­ta­cés en tout genre, du dau­phin com­mun à la ma­jes­tueuse et gi­gan­tesque ba­leine bleue, en pas­sant évi­dem­ment par le ca­cha­lot dont la chasse fut long­temps une des spé­cia­li­tés lo­cales. A mi­di, nous ma­noeu­vrons dans le pe­tit port de Flores, pas mal en­com­bré par d’autres voi­liers de voyage et quatre ou cinq pê­cheurs. C’est fait : nous avons fi­ni la pre­mière étape de notre tran­sat re­tour en 11 jours 17 heures et 47 mi­nutes. 1 832 milles par­cou­rus, soit 150 de plus que la route di­recte. Flores, une es­cale ma­gique parce que l’île pos­sède cette beau­té sau­vage et ver­doyante of­frant ain­si un dé­pay­se­ment to­tal pour nous autres ve­nus des Ca­raïbes, mais aus­si parce que cette ma­ri­na ca­li­brée comme un pe­tit vil­lage offre cet en­tre­soi in­ti­miste si ap­pré­ciable pour at­ter­rir en dou­ceur de notre boucle at­lan­tique. En ef­fet, la sim­pli­ci­té et la cha­leur de l’ac­cueil des lo­caux – qui com­pensent la tem­pé­ra­ture gla­cée de notre pre­mière douche à terre ! –, le charme désuet du port de Lajes das Flores lo­vé au pied d’une haute fa­laise conju­gué au fait de ne re­trou­ver ici que des plai­san­ciers sur le re­tour, par­ti­cipent au sen­ti­ment d’ap­par­te­nir à une pe­tite com­mu­nau­té de pri­vi­lé­giés. Un sen­ti­ment très vite ren­for­cé par une soi­rée BBQ im­pro­vi­sée sur la pe­tite plage joux­tant le port où lo­caux et na­vi­ga­teurs en es­cale se re­trouvent au coin du feu. Une am­biance qui, vous l’au­rez com­pris, in­cite à pous­ser plus loin l’ex­plo­ra­tion de Flores. Pé­né­trer dans l’île, ob­ser­ver les Flo­ren­tins à l’en­traî­ne­ment sur leurs ba­lei­nières en vue des ré­gates do­mi­ni­cales, vi­si­ter les an­ciennes fa­briques d’huile de ca­cha­lot et sur­tout dé­cou­vrir ces in­croyables pay­sages où l’on croit re­con­naître ici les landes écos­saises, là le bo­cage ir­lan­dais, un peu plus loin en­core les chutes d’eau néo-zé­lan­daises... Mais non : nous sommes à Flores, aux Açores, ar­chi­pel por­tu­gais, eu­ro­péen, so­li­de­ment an­cré au mi­lieu ou presque de l’océan At­lan­tique. Une île

Faial vue de­puis les pentes du vol­can Pi­co. On de­vine, sur la gauche, la grande baie d’Hor­ta.

d’ori­gine vol­ca­nique par­se­mée de di­zaines de cal­de­ras, an­ciens cra­tères de­ve­nus lacs ali­men­tant des cen­taines de ruis­seaux et des di­zaines de cas­cades. La ré­gion est bien ar­ro­sée… c’est le moins que l’on puisse dire ! En re­vanche, dès que le so­leil perce, sa cha­leur per­met de culti­ver ba­nanes, pa­payes, ka­kis et avo­cats… In­croyable. Mais Flores n’est qu’une des neuf îles des Açores, un peu ex­cen­trée du reste de l’ar­chi­pel avec sa com­pagne Cor­vo, si­tuée à très exac­te­ment à 150 milles de Faial, point de ral­lie­ment of­fi­cieux de tous les ma­rins en tran­sat ! Après une pe­tite se­maine, il faut donc nous ré­soudre à re­par­tir pour une courte na­vi­ga­tion de 24 heures et ral­lier la ma­ri­na d’Hor­ta, non sans avoir au préa­lable lais­sé notre trace co­lo­rée sur la digue de Lajes, pré­lude à l’in­dis­pen­sable des­sin que nous lais­se­rons plus tard sur le quai d’Hor­ta, comme tout équi­page de pas­sage qui se doit de res­pec­ter la tra­di­tion. Une cou­tume qui a du bon tant le ré­sul­tat est es­thé­tique, émou­vant aus­si... L’ac­cu­mu­la­tion de des­sins dans les moindres re­coins de la ma­ri­na fait lit­té­ra­le­ment l’am­biance du port et donne du fil à re­tordre aux nou­veaux ar­ri­vants : il faut trou­ver sa place, tra­vailler son style, choi­sir ses cou­leurs puis se ré­soudre à re­cou­vrir un des­sin plus an­cien en res­pec­tant une règle ta­cite :

que la date et le nom du na­vire ne soient plus li­sibles. Entre-temps les vi­sites s’en­chaînent sur Faial : boire un verre chez Pe­ter (dé­ce­vant), pro­fi­ter de la belle plage de Por­to Pim et plon­ger au pied de son aqua­rium, mar­cher au­tour de la Cal­dei­ra do Ca­be­ço Gor­do et grim­per sur le Monte da Guia mais, sur­tout, em­bar­quer avec Pe­dro pour chas­ser la ba­leine ! Une chasse pa­ci­fique et en­thou­sias­mante, d’au­tant plus res­pec­tueuse des ani­maux que Pe­dro s’est en­tou­ré d’une équipe de bio­lo­gistes ma­rins – Car­la, Ana et Ri­car­do –, pas­sion­nés et pas­sion­nants tout comme Marc, un na­vi­ga­teur fran­çais qui re­vient chaque an­née trans­mettre bé­né­vo­le­ment sa pas­sion pour les ca­cha­lots sur le se­mi-ri­gide de Pe­dro. Pour notre sor­tie, point de ba­leine bleue ni de ror­qual com­mun – nous sommes un peu tard en sai­son – mais une di­zaine de dau­phins com­muns et sept ca­cha­lots. In­croyable ren­contre, d’au­tant que le ca­cha­lot, lors­qu’il sonde, sort sys­té­ma­ti­que­ment sa queue de l’eau, nous of­frant ain­si un spec­tacle in­ou­bliable. Après Faial, nous nous at­ta­quons à la vi­site de l’île de Pi­co si­tuée juste en face et dont le dôme vol­ca­nique nous nargue de­puis notre ar­ri­vée. Si son as­cen­sion est ré­ser­vée aux plus spor­tifs (il s’agit du point culmi­nant du Por­tu­gal, 2 351 m), la dé­cou­verte de l’île est sur­pre­nante. Là en­core, les al­pages ré­servent de ma­gni­fiques pay­sages entre lande ver­doyante, lacs et chutes d’eau, mais l’île se ca­rac­té­rise sur­tout par ses rives mi­né­rales, ex­clu­si­ve­ment com­po­sées de pierres vol­ca­niques d’un noir profond entre les­quelles sur­gissent de vi­gou­reux pieds de vigne. Un nou­veau coup de coeur après Flores ? Presque. Mais c’est São Jorge, dis­tante de quelques milles, qui rem­por­te­ra de nou­veau l’adhé­sion de l’équi­page. Pour plu­sieurs rai­sons : en pre­mier lieu, le tra­jet sur une mer d’huile pour ral­lier la pe­tite ma­ri­na de Ve­las nous au­ra de nou­veau per­mis d’ob­ser­ver des ba­leines, des ror­quals com­muns cette fois-ci. En­suite, l’ac­cueil du ma­ri­nier fut in­dis­cu­ta­ble­ment le plus cha­leu­reux de l’an­née pas­sée. En­fin, parce que nous re­trou­vons là le fond so­nore et l’am­biance de Flores. Les deux ma­ri­nas, de même taille, ont cha­cune droit à leur co­lo­nie de puf­fins cen­drés, ces oi­seaux ma­rins qui, chaque soir, re­joignent bruyam­ment leur nid dans la fa­laise, of­frant alors un vé­ri­table spec­tacle de haute vol­tige et un har­mo­nieux concert de piaille­ments !

SAO JORGE EST AUS­SI MA­GIQUE QUE FLORES

L’île de São Jorge offre elle aus­si de nom­breuses très belles ba­lades pour les ran­don­neurs ain­si que de ma­gni­fiques pis­cines na­tu­relles sur son lit­to­ral, ves­tiges de l’ac­ti­vi­té vol­ca­nique, où les ha­bi­tants se re­trouvent le soir et le week-end pour pi­quer une tête dans leurs eaux fraîches et lim­pides. Vous l’au­rez com­pris, c’est de­puis la terre que nous ex­plo­rons chaque île de l’ar­chi­pel, pro­fi­tant du confort des ma­ri­nas dont les in­fra­struc­tures sont ré­centes et de qua­li­té, sauf à Hor­ta qui n’est pas à la hau­teur du mythe et de l’af­flux es­ti­val des plai­san­ciers. Si les îles mé­ri­dio­nales de l’ar­chi­pel nous font de l’oeil, il est pour­tant temps de pré­pa­rer notre dé­part et de nous lan­cer dans la toute der­nière étape de notre tran­sat­lan­tique re­tour : Açores-Bre­tagne, 1 150 milles cap au 60. Avant de quit­ter

Par­ti de Port-Ca­margue, l’équi­page de Lolito a tra­ver­sé l’At­lan­tique et fait « de­mi-tour » à Cu­ba.

Na­vi­ga­tion de rêve à l’ex­trême sud des Ba­ha­mas dans 5 mètres d’eau.

Route pa­ral­lèle avec un ror­qual com­mun.

Une bouée re­pê­chée en mer fe­ra of­fice de ca­deau de bien­ve­nue pour notre équi­pier.

Sur chaque île des Açores, les équi­pages des ba­lei­nières af­fûtent leur tech­nique en vue des ré­gates do­mi­ni­cales qui se courent à la voile et à l’avi­ron.

An­gra de He­rois­mo, clas­sé au pa­tri­moine mon­dial, est l’es­cale cultu­relle de Ter­cei­ra.

C’est par­ti pour la Bre­tagne et, pour l’oc­ca­sion, un cock­pit fleu­ri avec les hor­ten­sias des Açores.

Dé­part des Ber­mudes. La passe droit de­vant marque le dé­part en tran­sat : 1 700 milles avant Flores.

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