LE BI­LAN : UNE ANNEE AU­TOUR DE L’AT­LAN­TIQUE

Une an­née de voyage de Port-Ca­margue (août 2016) à Port-la-Fo­rêt (juillet 2107) en pas­sant par le Ma­roc, les Ca­na­ries, le Cap-Vert, les Pe­tites et Grandes An­tilles, Cu­ba, les Ba­ha­mas, les Ber­mudes et les Açores : 11 764 milles sans ani­croche !

Voile Magazine - - Paptis -

NOTRE BON BI­LAN

tech­nique doit beau­coup à une pré­pa­ra­tion ra­di­cale puisque pra­ti­que­ment tout a été rem­pla­cé avant le dé­part : mo­teur, grée­ment dor­mant et cou­rant, pou­lies, fi­lières, vannes, élec­tri­ci­té, élec­tro­nique, bi­mi­ni, ca­pote, mais aus­si ga­zi­nière, plan­cha, ri­deaux de hu­blot, etc. Pour au­tant, un bi­lan ob­jec­tif peut être fait, car avec le re­cul, cer­tains in­ves­tis­se­ments n’étaient pas in­dis­pen­sables et des choix sans doute dis­cu­tables. A prendre ou à lais­ser – car les prio­ri­tés des uns ne sont pas tou­jours celles des autres –, nous avons lis­té ce qui fut par­fait ; ce qui nous a man­qué ; et les choix dis­cu­tables. Au-de­là des équi­pe­ments, il y a aus­si le bi­lan hu­main. Cette an­née en fa­mille et en mer va­lai­telle la peine ? In­dis­cu­ta­ble­ment oui. Nous ne res­sor­tons ni meilleurs ni fran­che­ment dif­fé­rents, mais adultes et en­fants ont ga­gné en confiance, en as­su­rance, per­du en ti­mi­di­té, pro­gres­sé en cu­rio­si­té, en bien­veillance et en sé­ré­ni­té, pour­vu que ça dure ! Nous avons trans­mis à nos en­fants le goût des autres. Tout n’est pas rose non plus dans un voyage en fa­mille : les ca­rac­tères de cha­cun res­tent in­chan­gés et si la cel­lule fa­mi­liale ne s’en­tend pas à terre, il n’y a au­cune chance qu’elle se ra­bi­boche en mer ! La mer n’est pas une thé­ra­pie. A titre d’exemple, je fais par­fois preuve d’un op­ti­misme trop pous­sé. A force de dire que ça va l’faire, eh bien par­fois ça l’fait pas ! Ou com­ment se re­trou­ver à court de gaz sur une île dé­serte... On ap­prend donc à mieux se connaître et à pal­lier ain­si les pe­tits dé­fauts de nos ca­rac­tères. Si c’était à re­faire, nous re­fe­rions sans doute pa­reil, mais en mieux, évi­dem­ment !

CE QUI FUT PAR­FAIT

Le choix du Fee­ling 416 pour cette longue na­vi­ga­tion hau­tu­rière. un croiseur qui fut confor­table en mer comme au mouillage, sûr et ra­pide quelle que soit l’al­lure. L’élec­tro­nique et le pi­lote avec une ins­tal­la­tion com­plète NKE in­té­grant té­lé­com­mande et box Wi-Fi furent l’as­su­rance de na­vi­ga­tions se­reines ren­for­cées par la pré­sence du trans­pon­deur AIS d’Icom. Un choix oné­reux, mais naviguer en fa­mille re­vient à naviguer en so­li­taire et ces équi­pe­ments sont d’une aide pré­cieuse.

Pour la na­vi­ga­tion-com­mu­ni­ca­tion-mé­téo, l’as­so­cia­tion bon mar­ché du ter­mi­nal sa­tel­lite Iri­dium-go avec un iPad bien pro­té­gé do­té des ap­pli­ca­tions Wea­ther 4D et Na­vio­nics fut convain­cante, car toute la fa­mille a pu les uti­li­ser sans for­ma­tion préa­lable. Pour les com­mu­ni­ca­tions in­ter­na­tio­nales, un smart­phone et l’ap­pli­ca­tion What’sApp suf­fisent. In­utile de s’em­bê­ter dans chaque pays avec l’achat d’une carte SIM lo­cale, mieux vaut gar­der un for­fait fran­çais ré­duit avec une op­tion in­ter­na­tio­nale. Notre orin, tel­le­ment utile et pas seule­ment sur les fonds ro­cailleux, mais aus­si pour mar­quer son ter­ri­toire dans les mouillages en­com­brés ! Pour nos en­fants de cinq et sept ans (GS et CE1) pas de CNED, mais une for­ma­tion ex­press de la maî­tresse du bord par une « vraie » ins­ti­tu­trice avant le dé­part qui com­pre­nait la four­ni­ture des ma­nuels sco­laires of­fi­ciels ac­com­pa­gnés du ma­nuel pé­da­go­gique. La clef de la réus­site : la patience et l’ab­né­ga­tion de la maî­tresse ! Les ha­billages de hu­blot Ocean Air in­té­grant une mous­ti­quaire ont non seule­ment re­don­né un look à l’in­té­rieur du Fee­ling, mais nous ont sau­vé la peau dans la man­grove !

CE QUI NOUS A MANQUE

Le temps ! Une bonne es­cale c’est au mi­ni­mum trois nuits, le temps d’ar­ri­ver, de pro­fi­ter et de re­par­tir. Mais il faut une se­maine pour nouer des liens, prendre ses ha­bi­tudes, son rythme et pro­fi­ter plei­ne­ment de l’en­droit. Il faut donc faire des choix, ce que nous avons fait en n’al­lant pas au Sé­né­gal et en pri­vi­lé­giant l’es­cale ma­ro­caine et cap­ver­dienne. Mais une fois l’At­lan­tique tra­ver­sé, nous avons ar­rê­té de tran­cher : à re­faire, nous pas­se­rions par exemple de­vant Saint-Barth et Saint-Mar­tin sans nous ar­rê­ter au bé­né­fice d’es­cales plus longues ailleurs. Une carte bleue Vi­sa Pre­mier et plus de li­qui­di­tés en eu­ros dans les pays où re­ti­rer de l’ar­gent peut être com­pli­qué comme à Cu­ba. At­ten­tion à pré­ve­nir votre banque et sur­tout Vi­sa de toutes vos es­cales sous peine d’être blo­qué pour sus­pi­cion de fraude... Ce fut notre lot de nom­breuses fois mal­gré tous nos ap­pels in­ter­na­tio­naux à la banque ! Pen­sez aus­si à ne pas mettre tous vos oeufs dans le même pa­nier : deux cartes et deux banques dis­tinctes valent mieux qu’une seule. A l’es­cale, nous sommes sans ar­rêt à la re­cherche du Wi-Fi pour ali­men­ter le blog, com­mu­ni­quer par What’sApp, ré­cu­pé­rer des mails, etc. Plu­tôt que de cou­rir les ca­fés, pos­sé­der à bord une an­tenne qui am­pli­fie le si­gnal cap­té à terre offre un gain de temps in­dis­cu­table. Une an­nexe digne d’un grand voyage avec des bou­dins d’un fort dia­mètre, donc plus haute sur l’eau. Pas de coque se­mi-ri­gide ce qui est certes le mieux, mais sou­vent trop lourde à ma­ni­pu­ler tant sur la plage que de­puis le voi­lier. Une canne à pêche avec un gros mou­li­net et un bas de ligne en acier dès le dé­but du voyage. Trop de leurres ont été « bouf­fés » par les dents acé­rées des tha­zards de l’At­lan­tique. Une pe­tite croi­sière avant de par­tir loin de France pour va­li­der le bon fonc­tion­ne­ment des nou­veaux équi­pe­ments et des an­ciens. Nous l’avons né­gli­gée et il a fal­lu in­ter­ve­nir à l’étran­ger sans pou­voir faire jouer le SAV des ins­tal­la­teurs sur une vanne, une sou­dure ou en­core un dé­faut dans l’ins­tal­la­tion élec­trique. Une qua­trième bou­teille de gaz pour as­su­rer ! A par­tir de Saint-Mar­tin lorsque l’on re­monte vers les Grande An­tilles ou les Ba­ha­mas, on ne trouve plus de Bu­ta­gaz, il faut alors at­tendre l’es­cale aux Açores pour se ré­ap­pro­vi­sion­ner. Dam­ned !

LES CHOIX DIS­CU­TABLES

L’in­ves­tis­se­ment de 1 500 € pour une phar­ma­cie très com­plète ca­pable d’as­su­rer dans les si­tua­tions les plus dra­ma­tiques mais qui n’a fi­na­le­ment ja­mais ser­vi. Seuls une boîte de Do­li­prane, un peu de Mer Calme et des spa­ra­draps manquent à l’in­ven­taire de fin d’an­née. Tant mieux. A re­faire ? Nous re­par­ti­rions avec sans hé­si­ta­tion, au cas où... Sur Lolito, une belle plan­cha au gaz fut au centre de quelques soi­rées mé­mo­rables : bur­ger, croque-mon­sieur ou grillade de pois­sons, elle nous a ré­ga­lé une bonne di­zaine de fois seule­ment... Une sous-ex­ploi­ta­tion propre aux ha­bi­tudes cu­li­naires fa­mi­liales. Notre spi asy­mé­trique lais­sé en France pour un gain de place non né­gli­geable. Mais au por­tant, notre Code D était vrai­ment trop plat pour as­su­rer. Il au­rait fal­lu le tan­gon­ner, mais notre tan­gon était trop court pour ce­la. En re­vanche, sur le re­tour avec beau­coup de tra­vers et de près il fut sal­va­teur ! Un bé­mol ce­pen­dant : un mau­vais mon­tage du point d’amure sou­dé di­rec­te­ment sur la pièce d’étai a fra­gi­li­sé cette der­nière. Il a alors fal­lu se faire ex­pé­dier une nou­velle fer­rure d’étai en in­ox à Cu­ba de­puis la France... Ro­cam­bo­lesque. A re­faire, il fau­drait ré­flé­chir à la pos­si­bi­li­té de mon­ter une trin­quette sur en­rou­leur, car c’est une voile que l’on uti­lise beau­coup, no­tam­ment aux An­tilles ou l’ali­zé monte vite et fort entre les îles. Or avoir tou­jours sur le pont le sac de la trin­quette est peu pra­tique et dis­gra­cieux.

dé­fi­ni­ti­ve­ment l’ar­chi­pel, nous ral­lions la jolie ville d’An­gra de He­rois­mo, sur Ter­cei­ra, où nous at­tend le grand-père des en­fants qui vient as­su­rer ses quarts à bord de Lolito. Une in­vi­ta­tion à re­joindre notre bord qui cache mal notre ar­rière-pen­sée. On le connaît bien : ma­rin, bre­ton et amou­reux de la mer, il est de ceux sur qui nous pou­vons comp­ter pour as­su­rer une veille at­ten­tive quelle que soit la mé­téo et – telle la vi­gie du Pé­quod, le ba­lei­nier du ca­pi­taine Achab –, son­ner le branle-bas au pre­mier souffle de cé­ta­cé re­pé­ré sur l’ho­ri­zon ! L’at­tente d’une fe­nêtre mé­téo fa­vo­rable pour ap­pa­reiller vers la France re­prend alors, nous plon­geant dans le bain de la pré­tran­sat. C’est dé­sor­mais un ri­tuel : avi­taille­ment, char­ge­ment des gribs, état des lieux du plan de pont, ins­pec­tion de la ca­rène, dis­cus­sion sur la route à suivre et der­nier apé­ro avec les ba­teaux co­pains... Car c’est main­te­nant cer­tain : nous vi­vons là notre der­nier ap­pa­reillage, la fin du voyage. D’ici quelques se­maines, Lolito se­ra désar­mé et mis en vente. Dé­jà, l’émo­tion nous avait noué la gorge aux Ber­mudes alors que nous sa­vions que nous re­le­vions l’ancre pour la der­nière fois. Un sen­ti­ment re­trou­vé à Hor­ta quand tous les co­pains avaient ral­lié notre cock­pit pour une grande soi­rée fes­tive, et en­core lors des pre­miers dé­parts, Ar­chi­pell met­tant le cap sur Belle-Ile, Dremm­wel sur Douar­ne­nez. Au­jourd’hui, c’est à nous de prendre la route du re­tour. Au ma­tin du 3 juillet, nous ap­pa­reillons avec Ar­wen (Gib’Sea 304),

Pass­moil­cric (Deh­ler 43) et Co­co­de­lo (Océa­nis 411). Une na­vi­ga­tion en pe­tite flot­tille qui ne du­re­ra pas, car c’est là que nos routes se sé­parent. Les uns re­joignent La Ro­chelle, les autres Cher­bourg ou La Tur­balle, sui­vant alors des caps im­per­cep­ti­ble­ment dif­fé­rents. Quelques de­grés en plus ou en moins qui nous fe­ront perdre le contact VHF as­sez vite. La mé­téo an­nonce une fin de tran­sat sans en­combre, sans grosse dé­pres­sion en em­bus­cade et notre rou­tage Wea­ther 4D nous pré­dit neuf jours de mer, fa­cile !

UNE FIN DE TRAN­SAT TRAN­QUILLE

Le dé­part se fait dans la pé­tole, nous obli­geant à faire un peu du mo­teur, puis le vent s’éta­blit confor­mé­ment aux pré­vi­sions : 25 noeuds de sec­teur nord-est. Cap au 45°, nous poin­tons notre étrave sur l’Ir­lande pen­dant les pre­mières 24 heures. La suite de la tra­ver­sée est clas­sique, tran­quille même : nous pê­chons une bo­nite, tou­chons un peu de pé­tole, en pro­fi­tons pour nous bai­gner, puis le vent bascule : 15 noeuds de sec­teur nord, puis nord-ouest. Au me­nu des ren­contres for­tuites : deux ror­quals com­muns, des dau­phins et un na­vire-hô­pi­tal es­pa­gnol en stand-by sur notre route que nous de­vons donc contour­ner, mais sur­tout po­si­tion­né non loin d’une vé­ri­table meute de pê­cheurs ! Une bonne ving­taine de na­vires tra­vaillant dans un sec­teur très res­ser­ré. Nous pas­se­rons à un mille sous leur vent sans avoir à contour­ner leur zone de pêche qu’il au­rait été tout bon­ne­ment im­pen­sable de tra­ver­ser. A bord, la vie suit son cours et nous af­fi­nons quo­ti­dien­ne­ment nos pré­vi­sions d’ar­ri­vée. Au fi­nal, celle don­née par notre rou­tage avant notre dé­part se­ra res­pec­tée et même un poil de­van­cée. En huit jours, nous ral­lions les côtes bre­tonnes... ou plu­tôt ce que l’on a pu en voir ! Ex­cès de pu­deur, la Bre­tagne s’est voi­lée der­rière une épaisse chappe de brume. De fait, alors que nous la lon­ge­rons pen­dant deux heures de­puis Le Guil­vi­nec, nous n’en ver­rons rien ! C’est fi­na­le­ment l’île des Mou­tons qui nous sou­hai­te­ra la bien­ve­nue, avant que la fa­mille ne prenne le re­lais à l’en­trée du che­nal de La Fo­rêt Foues­nant. A 22 heures, dans les der­nières lueurs du jour, nous amar­rons Lolito au pon­ton vi­si­teurs. Sé­quence émo­tion. La suite est moins gla­mour, mais par­tie pre­nante de cette aven­ture d’une an­née en mer au­tour de l’At­lan­tique. De même que nous avions amé­na­gé et per­son­na­li­sé notre Fee­ling avant le dé­part, il s’agit dé­sor­mais de trier, vi­der, net­toyer et dé­bar­quer toutes nos af­faires per­son­nelles, avant de désar­mer Lolito. Une étape né­ces­saire, pré­lude in­dis­pen­sable à sa mise en vente. Au­jourd’hui Lolito a pris ses quar­tiers d’hi­ver sur le terre-plein du chan­tier PL Yach­ting à Port-la-Fo­rêt. Ses drisses et écoutes sont lo­vées et pro­té­gées des UV en pied de mât. Voiles, ca­pote et bi­mi­ni ont été soi­gneu­se­ment pliés et en­tre­po­sés à la voi­le­rie. Le mo­teur est ré­vi­sé, rin­cé. Lolito som­meille, at­ten­dant une nou­velle fa­mille pour, qui sait, re­faire un tour sur l’eau ?

A dé­faut d’une bonne an­nexe, c’est celle - très bien di­men­sion­née - des voi­sins qui fait taxi col­lec­tif !

Même avec un ma­té­riel sous-di­men­sion­né, la do­rade co­ry­phène fut au me­nu du bord.

Le gy­ro­pi­lote NKE fut le troi­sième équi­pier du bord : fiable et fi­dèle au poste 24/24 h.

La trace lais­sée par Lolito sur la digue de Flores. Un des­sin-po­choir qui se­ra de nou­veau uti­li­sé à Hor­ta.

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