Phan­tom Es­sen­tiel

Voile Magazine - - L'édito - Texte : Oli­vier Bour­bon. Pho­tos : Pier­rick Con­tin et l’au­teur.

FAUT-IL EN­CORE PRESENTER

le pre­mier Flying Phan­tom, re­bap­ti­sé « Elite » ? Plus de cent uni­tés ont été ven­dues à l’in­ter­na­tio­nal, à des équipes pros (Oracle ou Ar­te­mis dans l’Ame­ri­ca’s Cup) et à des ama­teurs (très) éclai­rés qui sou­hai­taient dé­cou­vrir le fris­son du vol sur un en­gin de plage. Ce ca­ta­ma­ran de 18 pieds one de­si­gn, axé haute per­for­mance et com­pé­ti­tion, a dé­sor­mais un pe­tit frère plus sage : le Flying Phan­tom Es­sen­tiel, conçu dans un double ob­jec­tif de sim­pli­fi­ca­tion et de sé­cu­ri­té, pour tou­cher une clien­tèle plus « grand pu­blic ». Ce­la se res­sent au ni­veau de la géo­mé­trie de la pla­te­forme et du grée­ment. Si la lon­gueur est si­mi­laire à celle du FP Elite (18 pieds), l’Es­sen­tiel est moins large (2,55 m contre 3), avec un mât plus pe­tit et des sur­faces de voiles moindres. Les ma­té­riaux di­vergent éga­le­ment. Pour les flot­teurs, le verre époxy rem­place le car­bone. Le mât est en alu­mi­nium et les voiles en la­mi­né po­ly­es­ter. Le ba­teau prend 20 kg, mais son prix est presque di­vi­sé par deux… En re­vanche, foils et sa­frans res­tent en car­bone, tout comme les ailes de rap­pel qui su­bissent des ef­forts im­por­tants. As­sez re­gar­dé cette pe­tite bombe à terre, il est temps de par­tir sur l’eau ! Avec un vent de nord-ouest d’une bonne quin­zaine de noeuds à Saint-Lu­naire, les condi­tions de l’es­sai sont idéales, quoique to­niques pour une prise en main. Mais notre pi­lote d’es­sai, Ar­thur Boc-Ho, maî­trise par­fai­te­ment le sup­port et pro­digue de précieux conseils. La mise à l’eau se fait comme sur un ca­ta de plage « clas­sique », sauf qu’il faut gé­rer les foils et les sa­frans por­teurs. La mise en place et l’ex­trac­tion des foils se font fa­ci­le­ment par le haut. Tous les ap­pen­dices pou­vant s’en­le­ver, le ba­teau est bea­chable.

L’ES­SEN­TIEL NE DE­MANDE QU’A DECOLLER

Nous voi­là par­tis pour une re­mon­tée au près dans une mer croi­sée. Dif­fi­cile dans ces condi­tions de vo­ler à pro­pre­ment par­ler mais on sent que les ap­pen­dices por­teurs sou­lagent dé­jà lar­ge­ment les flot­teurs. Si le FP Es­sen­tiel a un bon com­por­te­ment dans la houle, na­vi­guant de ma­nière plus ar­chi­mé­dienne, nous sa­vons qu’un plan d’eau plat per­met­tra d’en ti­rer le meilleur. Nous nous abri­tons donc en baie de Lancieux. Nous com­men­çons à bar­rer au près. Le sup­port ne de­mande qu’à dé­col­ler et le fait avec fa­ci­li­té. La barre est agréable et hy­per sen­sible. Con­trai­re­ment au Flying Phan­tom Elite où le foil au vent est re­le­vé, l’Es­sen­tiel vole en per­ma­nence sur quatre ap­pen­dices, donc avec les deux foils bais­sés. Cette confi­gu­ra­tion ap­porte une cer­taine sta­bi­li­té et sim­pli­fie la vie de l’équi­pier en mi­ni­mi­sant les ma­ni­pu­la­tions dans les ma­noeuvres. En outre, il n’y a qu’un seul ré­glage de foil, le « rake », pour gé­rer leur in­ci­dence. Les foils af­fichent un de­si­gn bien moins ra­di­cal que ceux du pre­mier Flying Phan­tom, et les sa­frans sont do­tés de plans por­teurs en L orien­tés vers l’in­té­rieur du ba­teau pour ne pas ris­quer de se bles­ser. Nous pour­sui­vons notre ap­pren­tis­sage au près. On en­tend sou­vent que le vol est dif­fé­rent, qu’il faut ou­blier ce que l’on sait. On confirme ! La sta­bi­li­té de vol est pré­caire et de­mande une at­ten­tion constante. L’en­jeu est de gar­der la pla­te­forme à plat. Il faut sans cesse ré­gu­ler à l’écoute de grand-voile et la na­vi­ga­tion se ré­vèle exi­geante phy­si­que­ment. Nous fai­sons par­fois de jo­lis plan­tés : lors­qu’on monte trop haut, le foil n’est presque plus dans l’eau et ça dé­croche. Mais on ne risque pas de cha­vi­rer par l’avant grâce aux plans por­teurs des sa­frans. Une op­tion est plé­bis­ci­tée par les pre­miers ache­teurs du FP Es­sen­tiel, les wings (ailes) qui per­mettent de s’as­seoir au lieu d’être au tra­pèze. As­sis des­sus, les pieds ca­lés dans des sangles, le gain en confort est no­table. Les pro­jec­tions d’eau sont moins im­por­tantes qu’au tra­pèze et on ne risque pas de se faire fau­cher par les vagues. Et quand le ba­teau part à la contre-gîte, on ne se fait pas dé­ga­ger par l’ar­rière. Voi­là qui ras­sure. Le meilleur est à ve­nir car une fois le ba­teau en main au près, nous dé­ci­dons d’en­voyer le gen­na­ker, mon­té sur em­ma­ga­si­neur. Le ba­teau prend im­mé­dia­te­ment une vive ac­cé­lé­ra­tion. Nous fi­lons à près de 20 noeuds, avec le sif­fle­ment des foils, c’est dé­ment ! A ces vi­tesses, gar­der le ba­teau à plat n’est pas une mince af­faire. Au por­tant, on ajuste da­van­tage à la barre. C’est un jeu de fi­nesse, on ré­gule sans cesse. Quand le ca­ta gîte, il faut abattre ; quand il part à la contre-gîte, on lofe. Il ne faut pas hé­si­ter à don­ner des bons coups de barre. Au dé­but, on fait du sla­lom mais peu à peu on di­rige la ma­chine avec plus de pré­ci­sion. La clé est l’an­ti­ci­pa­tion. La moindre er­reur

Le Phan­tom Es­sen­tiel na­vigue avec ses quatre ap­pen­dices sor­tis en per­ma­nence.

ne par­donne pas. Nous par­tons dans nos pen­sées l’es­pace d’un ins­tant… et le ca­ta des­sale ! Il se re­dresse comme un F18 (avec un bout de res­sa­lage), et on peut s’ap­puyer sur le foil pour le re­mettre à l’en­droit. De re­tour à terre, nous fai­sons le bi­lan. Ce qu’il perd en per­for­mance, l’Es­sen­tiel le gagne en po­ly­va­lence, en fa­ci­li­té d’uti­li­sa­tion et sur­tout en sé­cu­ri­té. Il peut per­mettre à un nou­veau pu­blic de dé­cou­vrir les for­mi­dables sen­sa­tions du vol. Mais il ne faut pas s’y trom­per : le sup­port de­mande de bonnes no­tions de ca­ta de sport, ou du moins de voile.

La grand-voile à corne en la­mi­né po­ly­es­ter de 17 m2 ar­bore une forme qua­si rec­tan­gu­laire.

EN CHIFFRES… Long. : 5,50 m. Lar­geur : 2,55 m. Dé­pl. : 170 kg. SV au près : 22 m2. Foc : 5 m2. GV : 17 m2. Code 0 : 20 m2. Mat. : sand. verre/ époxy, foils, sa­frans et ailes en car­bone. Arch./de­si­gn : M. Fi­scher et G. Re­don­do. Prix du ba­teau es­sayé : 30 000 €.

Les ailes de rap­pel offrent plus de confort et per­mettent de s’abri­ter des em­bruns.

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