An­ti­fou­ling A vos rou­leaux, c’est le prin­temps

Le ca­ré­nage est une étape aus­si ré­gu­lière qu’in­con­tour­nable. Une fois la coque dé­bar­ras­sée des algues et crus­ta­cés, on choi­sit sou­vent d’ap­pli­quer une pein­ture an­ti­fou­ling. Est-ce in­dis­pen­sable ? Com­bien ça coûte ?

Voile Magazine - - Sommaire - Texte et pho­tos : Ar­thur Bé­douin.

IL AU­RA FAL­LU MOINS

de cinq mois pour que des algues poussent dru sur les sa­frans de notre Sun Odys­sey 349, au point qu’on pour­rait le croire à l’aban­don de­puis plu­sieurs an­nées ! Nul be­soin d’être ex­pert pour diag­nos­ti­quer un pro­blème d’an­ti­fou­ling évident. Mais avant d’évo­quer « l’an­ti », qu’est-ce donc que ce fa­meux « fou­ling » ? Ce terme an­glais se dé­fi­nit comme « sa­lis­sure », « souillure », « en­cras­sage ». Rien de bien ra­goû­tant en vé­ri­té, ce mé­lange de crus­ta­cés et de vé­gé­taux qui s’in­cruste sur les oeuvres vives pose deux types de pro­blèmes : - le pre­mier est d’ordre mé­ca­nique. Le pro­fil hy­dro­dy­na­mique de la coque est mo­di­fié et les frot­te­ments aug­mentent. La vi­tesse chute jus­qu’à 50%, due à la perte de ren­de­ment éner­gé­tique. Elle est rui­neuse en car­bu­rant pour la ma­rine et vo­race pour le plai­san­cier né­gligent. - Le se­cond, plus in­si­dieux, concerne une pos­sible dé­gra­da­tion de la coque elle-même. A un stade avan­cé de sa­lis­sure, son état de sur­face pour­rait être en­dom­ma­gé, même si rien n’in­dique qu’une ca­rène sale ou très sale soit da­van­tage su­jette à l’os­mose, par exemple. Le pro­blème des pa­ra­sites de coque ne date pas d’hier. Les an­ciens avaient dé­jà ima­gi­né dif­fé­rentes so­lu­tions, telles que les feuilles de cuivre pour les cons­truc­tions na­vales en bois dès l’An­ti­qui­té chez les Grecs et les Ro­mains, les cires, mé­lange de poix et de suif, ou en­core les graisses as­so­ciées à la cire d’abeille. La la­no­line, pro­duite na­tu­rel­le­ment par les ca­prins, est éga­le­ment uti­li­sée de­puis le Moyen-Age. Les construc­teurs na­vals s’en ser­vaient pour se pro­té­ger des dé­gâts cau­sés par l’eau de mer. Plus ré­cem­ment sont ap­pa­rues les pein­tures au cuivre ou aux sels de cuivre, à l’ar­se­nic ou en­core au cad­mium. En­fin, les ma­trices éro­dables (ou non), à base de cuivre ou autres bio­cides, que l’on pour­rait qua­li­fier d’an­ti­fou­ling clas­sique, sont celles que nous uti­li­sons au­jourd’hui. Par bio­cide, il faut en­tendre prin­ci­pa­le­ment les pro­duits à base de cuivre, mais ce n’est pas ex­clu­sif. En ef­fet, leurs ori­gines se trouvent sou­vent dans les pro­duits uti­li­sés dans l’agri­cul­ture, as­so­ciés au mé­tal rouge-brun. Mais il en existe d’autres types, comme le zinc ou l’am­mo­nium qua­ter­naire. Le prin­cipe de base est d’être un per­tur­ba­teur en­do­cri­nien qui agit di­rec­te­ment sur le sys­tème de re­pro­duc­tion, quel que soit l’or­ga­nisme vi­sé (vé­gé­tal ou ani­mal). L’énorme avan­tage du cuivre mé­tal­lique est d’être très peu toxique (on l’uti­lise bien en plom­be­rie), mais quid de la haute toxi­ci­té des sels de cuivre à long terme ?

FI­NIR EN DOU­CEUR AU PA­PIER DE VERRE

Une fois le ba­teau bien ca­lé sur son ber, le net­toyage à haute pres­sion, à dis­tance res­pec­tueuse pour ne pas agres­ser le gel-coat plus que né­ces­saire, per­met de dé­ga­ger boue, algues et autres ber­niques. L’hé­lice en bronze n’est pas en reste, ain­si que l’arbre. Les mé­taux in­oxy­dables ne sont pas à l’abri de l’in­crus­ta­tion des crus­ta­cés, bien au contraire. Une fois la coque propre et sèche, ce qui fut ra­pide grâce à la bonne brise, bien trai­ter au cou­teau de peintre ou à la ra­clette les en­droits co­lo­ni­sés par les co­quillages, et fi­nir en dou­ceur au pa­pier de verre n°400 pour évi­ter de faire des trous dans le pri­maire. At­ten­tion au ma­nie­ment de la pon­ceuse or­bi­tale, qui re­quiert un cer­tain doig­té pour un tra­vail ho­mo­gène. L’étape sui­vante consis­te­ra à po­ser une bande adhé­sive de mas­quage pour se

pré­mu­nir de tout risque de ba­vures et ob­te­nir une ligne nette. Un soin par­ti­cu­lier se­ra ap­por­té au ni­veau de la sé­pa­ra­tion entre la par­tie non peinte et la par­tie à trai­ter pour évi­ter des taches d’an­ti­fou­ling par ca­pil­la­ri­té, tou­jours dif­fi­ciles à ôter par la suite. Et plus la bande se­ra conti­nue, plus vous ga­gne­rez de temps au mo­ment du dé­mas­quage. Le choix des armes est ré­duit : pis­to­let, brosse ou rou­leau ? Vu le vent in­sis­tant sur Cher­bourg, le rou­leau s’est im­po­sé, sous peine d’en faire pro­fi­ter les ba­teaux avoi­si­nants. En de­hors de ces consi­dé­ra­tions mé­téo­ro­lo­giques, la ques­tion ne se pose pas pour les ha­bi­tués. Pour eux, un pis­to­let bien ré­glé fe­ra l’af­faire. Pour le dé­bu­tant, mais éga­le­ment pour des ques­tions de confort d’uti­li­sa­tion, le rou­leau dit « patte de la­pin » est de loin pré­fé­rable. Et au diable les su­per­sti­tions !

CARENER SUR UNE AIRE DEDIEE EST OBLI­GA­TOIRE

Pour pro­té­ger l’en­vi­ron­ne­ment des bio­cides, il faut pour com­men­cer ca­ré­ner sur une aire dé­diée – c’est obli­ga­toire de­puis plu­sieurs an­nées – et uti­li­ser un pro­duit aus­si in­of­fen­sif que pos­sible (voir en­ca­dré). Nous choi­sis­sons pour notre part une ma­trice éro­dable, la Mi­cron Ex­tra EU d’In­ter­na­tio­nal, dont la nou­velle for­mule (sou­mise à la di­rec­tive eu­ro­péenne Reach sur les pro­duits chi­miques) est bien moins agres­sive que l’an­cienne. Son coût ? Un trai­te­ment de trois couches as­su­rant deux ans de pro­tec­tion sur un voi­lier de 10 m (sur­face im­mer­gée de 28 m2) re­vien­dra à 375 € (ta­rif ca­ta­logue). Reste à dé­ter­mi­ner le co­lo­ris, un choix prin­ci­pa­le­ment es­thé­tique... Nous op­tons pour du sombre. Tout se passe bien pour la pre­mière couche, d’au­tant que la to­na­li­té gé­né­rale de la par­tie à trai­ter était claire, ce qui aug­mente le contraste et fa­ci­lite le tra­vail. On note ce­pen­dant quelques dif­fi­cul­tés : le vent (10 noeuds, avec ra­fales de 20 à 25) a ten­dance à rendre l’an­ti­fou­ling da­van­tage pâ­teux très ra­pi­de­ment, alors que le fa­bri­cant a confir­mé par té­lé­phone que le pro­duit ne pou­vait être in­cri­mi­né, da­tant de moins de trois mois ; la pluie, cou­plée au vent, ne fait pas bon mé­nage avec le pro­duit à ap­pli­quer dans le bac à pein­ture, et les dé­gou­li­nades d’eau en pro­ve­nance des oeuvres mortes laissent des traces in­dé­lé­biles ; les glis­sades du rou­leau, qui ne tourne pas bien sur la sur­face à trai­ter, ruinent la qua­li­té du tra­vail. Puis vient le temps de la deuxième couche. Les choses se com­pliquent. Noir sur noir. Comment dis­tin­guer ce qui vient d’être ap­pli­qué de ce qu’il faut ap­pli­quer à nou­veau ? Com­pli­qué. La deuxième couche est pas­sée mal­gré tout, mais sans sa­tis­fac­tion, loin de là. Nous op­tons donc pour une troi­sième couche, conseillée par le fa­bri­cant pour deux ans d’efficacité (à va­li­der !). Vu les dif­fi­cul­tés ren­con­trées à la deuxième couche, un chan­ge­ment de cou­leur s’im­pose, au bé­né­fice du bleu, plus fa­cile à dis­tin­guer sur un sup­port très sombre. Les ré­sul­tats ont été à la hau­teur des es­pé­rances, et la le­çon est bonne à re­te­nir : le chan­ge­ment de cou­leur fa­ci­lite gran­de­ment la vie du dé­bu­tant. Reste à ôter la bande mas­quante. Une opé­ra­tion à me­ner sans dé­lai, sous peine de « fu­sion » entre la pein­ture et la bande elle-même, avec de sales traces à la clé. Loi de Mur­phy oblige, il reste a mi­ni­ma de la colle sur la coque, voire des pe­tits bouts de pa­pier bien en­col­lés. S’il vous est pos­sible d’at­tendre une di­zaine d’heures (le temps né­ces­saire entre deux ap­pli­ca­tions d’an­ti­fou­ling), pa­tien­tez. Ce­la vous évi­te­ra d’uti­li­ser de l’acé­tone qui risque de di­luer la pein­ture fraîche. Une fois votre ba­teau à nou­veau dans les sangles, il ne vous res­te­ra plus qu’à ap­pli­quer une couche bien épaisse de pein­ture an­ti­fou­ling à l’em­pla­ce­ment des pa­tins de ber et sous la quille. Le temps de sé­chage ne se­ra pas res­pec­té, c’est ain­si, on n’a pas en­core trou­vé le moyen de main­te­nir un ba­teau en lé­vi­ta­tion et d’autres ont be­soin de la grue !

Au bout de cinq mois à flot, les algues ont pous­sé dru sur les sa­frans de ce Sun Odys­sey.

Un mé­lan­geur mon­té sur une per­ceu­se­vis­seuse est idéal pour ho­mo­gé­néi­ser la pein­ture.

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