La lu­nette en plein boom

Le sa­lon mon­dial de la lu­nette (Sil­mo 2017) au Parc des expositions de Pa­ris-Nord a réuni cette se­maine la fine fleur de la lu­net­te­rie ju­ras­sienne et fait naître quelques es­poirs…

Voix du Jura - - La Une - Dos­sier réa­li­sé par Laurent Villette

Il y a comme de la re­lance. Non pas dans la ge­lée de coing, mais dans la lu­nette. La belle lu­nette made in France et idéa­le­ment, la belle lu­nette made in Ju­ra. Tous les lu­ne­tiers ju­ras­siens pré­sents la se­maine der­nière au Sil­mo, 50e édi­tion, di­saient d’ailleurs sen­tir une re­prise de la part de consom­ma­teurs de plus en plus sen­sibles à la qua­li­té et au sens de leurs achats. Se­lon l’as­so­cia­tion Les lu­ne­tiers du Ju­ra, qui pro­meut haut et fort un made in France au­then­tique, plus de 60 % des Fran­çais se­raient prêts à payer un peu plus cher leurs lu­nettes pour­vu qu’elles aient la qua­li­té et bé­né­fi­cient de tout le sa­voir­faire des pro­duc­teurs na­tio­naux.

Le re­tour du mé­tal

Si le mar­ché re­prend, si la mon­tée de la mon­ture mé­tal­lique - qui reste la spé­cia­li­té de bien des ateliers ju­ras­siens - se confirme, tout de­vrait donc al­ler pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sauf que plu­sieurs lu­ne­tiers s’in­quiètent de ne pas trou­ver de per­son­nel pour faire face à cette re­lance. Des mé­tiers sont ain­si très ten­dus. C’est le cas des ou­tilleurs, de vé­ri­tables or­fèvres char­gés de réa­li­ser les ou­tils qui pro­dui­ront les lu­nettes, des po­lis­seurs ou des re­trein­teurs, qui réa­lisent le re­treint, opé­ra­tion qui per­met de chan­ger la sec­tion d’un fil de mé­tal. « Il est donc urgent d’en­tre­prendre quelque chose de ce

cô­té-là », es­time Lucas Gros (Trac­tion pro­duc­tions) qui vient de re­prendre la manufacture

Fi­de­la à Mo­rez. « Les com­pé­tences re­vien­dront avec la de­mande, les boîtes sont en train de re­cru­ter et on pense que nos mé­tiers peuvent in­té­res­ser la nou­velle gé­né­ra­tion, même s’il faut cinq ans pour for­mer quel­qu’un », es­time de son cô­té Jean Mi­chel Wer­ling, de Pa­get à Mo­rez. Son ate­lier, re­par­ti de zéro il y a un an et de­mi, compte ain­si 8 sa­la­riés « et en comp­te­ra 15 de­main ! » Si le made in France re­vient dans la lu­nette, c’est d’abord parce que les consom­ma­teurs le ré­clament, à la re­cherche de mon­tures plus créa­tives, plus ex­clu­sives, plus qua­li­ta­tives, mal­gré des rem­bour­se­ments moindres des caisses so­ciales qui ont bien agi­té la fi­lière, mais aus­si parce que les fa­bri­ca­tions chi­noises ont per­du de leur at­trait : « les lu­nettes sont ma­jo­ri­tai­re­ment fa­bri­quées dans la pro­vince de Shenz­hen, pro­vince qui a un sta­tut à par­ti­cu­lier et offre de meilleurs sa­laires. Mais les Chi­nois ne peuvent pas être ré­gu­liers dans la qua­li­té car à chaque Nou­vel an, les sa­la­riés re­tournent chez eux et 25 à 30 % d’entre eux, qui ont tou­ché leurs in­dem­ni­tés, ne re­viennent pas à la re­prise. Il faut alors re­cru­ter et for­mer de nou­veaux ou­vriers », nous a-t-on ex­pli­qué. Ajou­tons à ce­la le risque de contre­fa­çon, le ren­ché­ris­se­ment du prix du trans­port, les dé­lais et la pa­ri­té eu­ro/dol­lar peu fa­vo­rable… « Sur­tout, on est sur des pro­duits com­pli­qués que l’Asie au­rait du mal à faire à bas coût », sou­ligne Joël Thier­ry, de Thier­ry SA qui doit quand même en­cais­ser de plein fouet le dé­part de Car­tier vers d’autres cieux. « Mais on ne sait pas de quoi se­ra fait de­main, peut-être dans quelques an­nées re­vien­dront-ils dans le Ju­ra ? » C’est en tout cas le choix que fait un géant de la lu­nette, Alain Af­fle­lou, qui va pro­po­ser à ses clients une gamme « ori­gine France cer­ti­fiée » avec l’ate­lier Pa­get.

Va­lo­ri­ser l’his­toire

« Nous de­vons aus­si va­lo­ri­ser notre his­toire », es­ti­met-on chez Gou­ver­neur-Au­di­gier qui in­vite ses clients à vi­si­ter les ateliers « pour leur mon­trer qu’on ne triche pas ». Et quand à Saint-Pierre, An­dy Wolf, une mai­son Au­tri­chienne a

ra­che­té Man­drillon, « c’est pour conser­ver ce made in France qui les in­té­resse tant, parce qu’ils savent que, comme le Made in Aus­tria en Au­triche ou le made in Ger­ma­ny en Al­le­magne, ce­la fonc­tionne lo­ca­le­ment », es­timent les lu­ne­tiers du Ju­ra. « Les lu­nettes, c’est un pa­tri­moine et il faut tout faire conser­ver ce sa­voir­faire dans le Haut-Ju­ra », in­siste Gé­rard Vuillet.

Reste que pour que tout ce­la marche, « il faut gar­der un écart de qua­li­té jus­ti­fié », ré­sument les Ju­ras­siens pour les­quels ce Sil­mo s’an­nonce comme

« un bon cru », « ef­fi­cient » et avec des com­mandes à la clé.

«C’est un sa­lon mon­dial avec seule­ment 22 % d’ex­po­sants Fran­çais, il est donc re­pré­sen­ta­tif de tout ce qui se fait dans le monde, des pe­tits créa­teurs aux grands lea­ders », conclut Amé­lie Mo­rel qui pense que fi­na­le­ment, c’est sur la créa­ti­vi­té que le Ju­ra a une carte à jouer.

Amé­lie Mo­rel (en haut à gauche) pense qu’il y a eu un ef­fet « cin­quan­te­naire » au Sil­mo et, de fait, les clients ont été nom­breux sur les stands ju­ras­siens. Le « Made in France » était alors bien mis en avant sur le sa­lon et pas que de la part des Ju­ras­siens.

En plus des ex­po­sants, une dé­lé­ga­tion de lu­ne­tiers du Haut-Ju­ra et de la val­lée d’Oyon­nax a été re­çue di­manche en VIP sur le sa­lon par la pré­si­dente, Amé­lie Mo­rel.

Pour les lu­ne­tiers du Ju­ra (ici sur le stand Oxi­bis), le Sil­mo est l’oc­ca­sion de ren­con­trer les clients et pré­sen­ter, dans une am­biance dé­con­trac­tée, les nou­velles gammes.

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