EN­QUÊTE : L'AC­CUEIL FA­MI­LIAL À DO­MI­CILE, C'EST AUS­SI POUR LES PER­SONNES ÂGÉES

C’est as­sez peu connu, mais dans le Ju­ra, les per­sonnes âgées et han­di­ca­pées peuvent aus­si être hé­ber­gées par des fa­milles d’ac­cueil à do­mi­cile…

Voix du Jura - - La Une -

Lors­qu’il doit ré­su­mer l’ac­tion du Con­seil dé­par­te­men­tal au ser­vice des Ju­ras­siens, son pré­sident, Clé­ment Per­not, ex­plique souvent qu’il in­ter­vient « du­rant toute leur vie, du pre­mier cri au der­nier râle ». Alors si la po­li­tique d’ac­com­pa­gne­ment des en­fants et des fa­milles est im­por­tante (voir notre édi­tion pré­cé­dente), dans un dé­par­te­ment ru­ral comme le Ju­ra, l’ac­com­pa­gne­ment des per­sonnes âgées et han­di­ca­pées ne l’est pas moins.

Main­tien à do­mi­cile

Concer­nant les per­sonnes âgées, l’Al­lo­ca­tion Per­son­na­li­sée d’Au­to­no­mie est ver­sée par le Con­seil dé­par­te­men­tal. Les EHPAD dé­pendent par contre de l’Agence ré­gio­nale de san­té et du Con­seil dé­par­te­men­tal. Ce der­nier a éga­le­ment la com­pé­tence pour s’oc­cu­per des per­sonnes han­di­ca­pées, avec la Mai­son Dé­par­te­men­tale des Per­sonnes Han­di­ca­pées (MDPH), mais peut aus­si s’ap­puyer sur un ré­seau de fa­milles d’ac­cueil.

Dans le Ju­ra comme ailleurs, l’ob­jec­tif est bien sûr de main­te­nir les per­sonnes âgées chez elles le plus long­temps pos­sible. Mais il peut ar­ri­ver qu’à un mo­ment, avec la perte d’au­to­no­mie, ce­la ne soit plus pos­sible. Deux so­lu­tions peuvent alors être en­vi­sa­gées : soit le pla­ce­ment en EPHAD, avec une offre de 3 030 places à l’échelle du dé­par­te­ment, soit un pla­ce­ment en fa­mille d’ac­cueil, à titre oné­reux.

Quelques ac­cueillants fa­mi­liaux dans le Ju­ra

« Ce dis­po­si­tif est as­sez peu connu et as­sez ré­cent puis­qu’il date d’une loi de 1989 », ex­plique Ch­ris­telle Mouillard, la chef du ser­vice Per­sonnes âgées au Pôle des so­li­da­ri­tés. « Sur l’en­semble du dé­par­te­ment, nous n’avons pour le mo­ment que quelques ac­cueillants fa­mi­liaux qui re­çoivent pour deux tiers des adultes han­di­ca­pés et pour un tiers des per­sonnes âgées. Il en fau­drait da­van­tage pour dé­ve­lop­per ce mode d’ac­cueil com­plé­men­taire aux éta­blis­se­ments d’hé­ber­ge­ment pour per­sonnes âgées… »

Contrai­re­ment aux as­sis­tants fa­mi­liaux qui ac­cueillent les en­fants et sont sa­la­riés du Dé­par­te­ment, les ac­cueillants fa­mi­liaux sont, eux, des tra­vailleurs in­dé­pen­dants. Pour ac­cueillir à do­mi­cile des per­sonnes âgées ou han­di­ca­pées, ils (elles) doivent ob­te­nir un agré­ment du Con­seil dé­par­te­men­tal, mais passent en­suite un contrat de droit pri­vé avec la per­sonne ac­cueillie. Au maxi­mum, un ac­cueillant fa­mi­lial ne peut ac­cueillir que trois per­sonnes, quatre s’il faut ac­cueillir un couple. « C’est un vrai mé­tier, qui de­mande beau­coup d’en­ga­ge­ment. Ce­la de­mande des connais­sances sur le han­di­cap ou les effets du vieillissement, il faut pou­voir as­su­rer le bien-être et la sé­cu­ri­té, guet­ter les éven­tuels pro­blèmes de san­té, être bien­veillant et at­ten­tif… Vu que c’est un ac­cueil fa­mi­lial, nous ren­con­trons aus­si les conjoints avant de don­ner l’agré­ment. »

Pré­voir des rem­pla­çants

L’ac­cueil à do­mi­cile, c’est de­voir s’oc­cu­per de la per­sonne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. C’est pour ce­la que les pos­tu­lants doivent aus­si pou­voir pré­sen­ter deux rem­pla­çants. « Les rem­pla­çants doivent pou­voir prendre le re­lais à do­mi­cile lorsque les ac­cueillants s’ab­sentent, que ce soit pour quelques heures, un wee­kend ou des va­cances. » Par­mi les contraintes, il faut aus­si une mai­son adap­tée à l’ac­cueil : un nombre de pièces suf­fi­sant, des ac­cès fa­ci­li­tés aux per­sonnes à mo­bi­li­té ré­duite, et tout le monde doit lo­ger sous le même toit. Il faut aus­si avoir l’âme bien char­pen­tée pour réus­sir à faire co­ha­bi­ter en har­mo­nie des pro­fils et ca­rac­tères par­fois bien dif­fé­rents… C’est pour ce­la que de nom­breux ac­cueillants prennent cette ac­ti­vi­té en deuxième par­tie de car­rière, vers 40 – 50 ans. « Ce sont souvent des gens qui ont tra­vaillé dans des struc­tures d’ac­cueil de per­sonnes âgées ou han­di­ca­pées et qui sou­haitent tra­vailler à do­mi­cile. » La loi va d’ailleurs dans le sens d’une pro­fes­sion­na­li­sa­tion des ac­cueillants, pour ren­for­cer la qua­li­té de l’ac­cueil. Et même si la prise en charge de trois per­sonnes per­met de pro­duire un re­ve­nu in­té­res­sant, et de sa­la­rier une as­sis­tante, « on ne peut pas faire ça que pour l’ar­gent, il faut avoir en­vie de don­ner, de par­ta­ger quelque chose avec les per­sonnes qu’on ac­cueille », conclut Ch­ris­telle Mouillard.

(© photo : Fo­to­lia)

Dans le cadre de l’ac­cueil fa­mi­lial, les per­sonnes ac­cueillies, âgées ou han­di­ca­pées, par­ti­cipent à la vie de la fa­mille…

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