Stade Tou­lou­sain : les vé­ri­tés du pré­sident

Avant le pre­mier match de la sai­son à do­mi­cile contre Pau, sa­me­di 2 sep­tembre, le pré­sident du Stade Tou­lou­sain Di­dier La­croix a ac­cor­dé une longue in­ter­view à Voix du Mi­di Tou­louse, pour évo­quer sa vi­sion du club et ses am­bi­tions.

Voix du Midi (Toulouse) - - La Une - An­tho­ny As­sé­mat

Le 1er juillet 2017, Di­dier La­croix, an­cien 3e ligne du Stade Tou­lou­sain, a pris la suite de Re­né Bous­ca­tel à la tête des Rouge et Noir.

À 46 ans, il ar­rive à la barre d’un club en pleine tem­pête, qui a fi­ni sur une in­ha­bi­tuelle 12e place du Top 14 lors de la sai­son 2016-2017.

Alors que le Stade a dé­bu­té une nou­velle ère le week-end der­nier chez le pro­mu Oyon­nax (match nul 23-23), Di­dier La­croix a re­çu Voix du Mi­di Tou­louse dans ses bu­reaux d’Er­nest-Wal­lon pour évo­quer sa vi­sion du club et ses ob­jec­tifs au dé­mar­rage d’une sai­son ca­pi­tale pour l’ins­ti­tu­tion tou­lou­saine. Quel est votre état d’es­prit, deux mois après votre ar­ri­vée à la tête du Stade Tou­lou­sain ?

C’est un peu tôt pour faire un pre­mier bi­lan. Nous au­rons be­soin de faire un pre­mier point pour les 100 jours, vers le 10 oc­tobre. Le dé­but de sai­son se­ra ca­pi­tal pour nous et nous de­vons sa­voir quelle struc­tu­ra­tion mettre en place et quel ni­veau d’exi­gence avoir. Je dois en­core pha­ser les choses avec le Con­seil de sur­veillance mais, d’ores et dé­jà, l’état d’es­prit qui se dé­gage est bon, il existe une bonne am­biance de tra­vail et un bou­lot spec­ta­cu­laire a été ef­fec­tué sur la pré­pa­ra­tion phy­sique.

Nous avons réus­si à tour­ner la mau­vaise page de la sai­son pas­sée. Nous sommes de­vant une page neuve, il faut l’écrire et confir­mer les in­ten­tions. Mais la vraie sanc­tion de ce tra­vail, ce se­ront les ré­sul­tats. Eux seuls per­met­tront de contri­buer à l’en­thou­siasme et d’en­clen­cher une dy­na­mique. Quels ob­jec­tifs avez-vous fixé à l’équipe, à Ugo Mo­la et au staff ?

Guy No­vès (l’an­cien ma­na­ger gé­né­ral du Stade) et Re­né Bous­ca­tel (pré­sident des Rouge et Noir de 1993 à juin 2017) n’ont ja­mais don­né d’ob­jec­tifs pré­cis en dé­but de sai­son. Pour au­tant, le Stade Tou­lou­sain ne pour­rait pas se pré­sen­ter avec autre chose en tête que de jouer les pre­miers rôles. Fi­gu­rer dans les six pre­miers me pa­raît être un ob­jec­tif « en­ten­dable » .

En Chal­lenge Cup, nous avons les pré­cé­dents de Mont­pel­lier et du Stade fran­çais (vain­queurs des deux der­nières édi­tions) et de nom­breux joueurs pos­sèdent la culture des matchs in­ter­na­tio­naux. Il faut re­trou­ver l’adré­na­line de la gagne car tout groupe se construit dans la gagne.

Avec la jeu­nesse de l’ef­fec­tif, nous au­rons deux voies cette sai­son : celle de l’en­thou­siasme, de l’au­dace, et celle du manque de ma­tu­ri­té, un tiers de l’équipe ve­nant de la for­ma­tion et ayant été cham­pions de France ca­dets. Vous met­tez en avant la for­ma­tion mais la course à l’ar­me­ment des Mont­pel­lier, Tou­lon, Cler­mont, ou Ra­cing 92 vous fait-elle peur pour l’ave­nir ?

Du­rant plu­sieurs sai­sons, on a par­lé d’un sa­la­ry cap. Au Stade Tou­lou­sain, nous sommes au maxi­mum de cette règle, tan­dis que d’autres clubs ont trou­vé de nou­velles voies pour fi­nan­cer leur masse sa­la­riale. Hor­mis la Chal­lenge Cup, Mont­pel­lier, le plus ar­mé, n’a tou­jours pas ga­gné le titre en France. Le Ra­cing 92 a mis près de dix ans à être cham­pion de France.

Il n’y a pas be­soin d’être sur­ar­mé pour être cham­pion. La vé­ri­té est dans les équi­libres et la no­tion d’adhé­sion à un pro­jet de jeu est im­por­tante. C’est pour cette rai­son que notre vo­lon­té est de conser­ver et de pro­lon­ger des jeunes joueurs is­sus de notre for­ma­tion avec des con­trats à plus ou moins long terme. Il faut ins­tal­ler de la confiance pour être com­pé­ti­tif. Au-de­là du ter­rain, l’en­jeu de cette sai­son se­ra-t-il de re­con­qué­rir le pu­blic tou­lou­sain ?

Il y a les ré­sul­tats, et la 12e place de l’an der­nier, ef­fec­ti­ve­ment. Mais pas seule­ment. Il y a une dif­fé­rence entre la dé­faite à do­mi­cile contre La Ro­chelle, où nous avons com­bat­tu jus­qu’au bout, avec celle de Pau, le som­met d’in­di­ges­tion et de rup­ture ayant été at­teint lors du match à Castres. L’ad­ver­saire du Stade, c’est lui-même. Le pu­blic tou­lou­sain veut que son équipe joue à son ni­veau et qu’elle donne 100 % de ce qu’elle sait don­ner. Il est très exi­geant, et pas seule­ment dans le rug­by. L’in­ex­pé­rience de l’équipe se trans­for­me­ra en to­lé­rance chez les sup­por­ters si elle met l’en­thou­siasme né­ces­saire.

Nous avons éga­le­ment une obli­ga­tion d’en­ga­ge­ment et de com­por­te­ment. Res­pec­ter son pu­blic, les en­fants, les sup­por­ters, les par­te­naires éco­no­miques, les sa­la­riés du club, ses co­équi­piers… Nous nous sommes peut-être écar­tés de ces prin­cipes qui dé­passent la per­for­mance.

Il existe un vé­ri­table af­fect pour ce club, et je suis sou­vent sol­li­ci­té par des gens - an­ciens joueurs, chefs d’en­tre­prise, ex­pa­triés… - qui veulent ai­der le Stade. Quand vous par­lez du Stade Tou­lou­sain par­tout dans le monde, la marque est connue. Nous avons be­soin de toutes ces éner­gies. Quel type de pré­sident se­rez-vous ? Plu­tôt ré­ser­vé et rare dans les mé­dias ou plu­tôt « bruyant » ,à l’image de Mou­rad Boud­jel­lal, le pré­sident de Tou­lon ?

Mon club a be­soin d’être pré­sent, mais je ne re­cher­che­rai pas le de­vant de la scène. Mon bou­lot, c’est de fé­dé­rer, ras­su­rer, tra­vailler et faire tra­vailler. L’ur­gence, c’est l’hu­mi­li­té et « se

fi­ler » au bou­lot. Sur les su­jets na­tio­naux, le Stade Tou­lou­sain au­ra son mot à dire en temps vou­lu. On ne va pas s’im­mis­cer dans les thèmes entre la Fé­dé­ra­tion et la Ligue, où il y a une vraie di­ver­gence de vues et de per­sonnes (entre Ber­nard La­porte et Paul Goze). L’in­ter­sai­son a été mar­quée par la confir­ma­tion de Mo­la et Ser­vat dans le staff, et le re­tour de nom­breux an­ciens dans le club. Avez-vous été ten­té de faire ap­pel à des com­pé­tences ex­té­rieures au club, comme on l’a vu par le pas­sé avec Ber­nard La­porte à Tou­lon, ou Vern Cot­ter à Cler­mont et au­jourd’hui Mont­pel­lier ?

On a les qui disent qu’on fait du neuf avec du vieux, et ceux qui sont pour, con­tents de re­voir les an­ciens. Mon cre­do, c’est d’être per­for­mant à son poste. Il faut al­lier la per­for­mance à la confiance.

Le Stade Tou­lou­sain ne peut pas dire que toutes les com­pé­tences sont en in­terne. Je ne m’in­ter­di­rai pas, à l’ave­nir, d’al­ler cher­cher ailleurs pour struc­tu­rer le club.

« an­ti » Ber­nard La­porte, le pré­sident de la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de rug­by (FFR), dit ré­gu­liè­re­ment que le rug­by fran­çais manque de stars et cherche des suc­ces­seurs à Mi­cha­lak et Cha­bal. Cette fu­ture star peut-elle être Tou­lou­saine ?

J’en suis convain­cu ! Ro­main Nta­mack nour­rit toutes les am­bi­tions et la France cherche un nu­mé­ro dix… Notre rôle est de le pro­té­ger de l’agres­sion mé­dia­tique et de le voir éclore de la meilleure des fa­çons. Il re­pré­sente un énorme po­ten­tiel.

À la mê­lée, Bé­zy et Du­pont sym­bo­lisent ce qui se fe­ra de mieux à ce poste dans les cinq ans à ve­nir. Et j’es­père que notre pre­mière ligne Baille-Mar­chandAl­de­ghe­ri se­ra le casse-tête des en­traî­neurs ». La sai­son der­nière, Er­nestWal­lon est de­ve­nu le pre­mier stade connec­té du Top 14 et d’Eu­rope. Quelles se­ront les pro­chaines in­no­va­tions du club ?

Le pro­jet d’in­cu­ba­teur de start- up spor­tives pour­rait se concré­ti­ser d’ici six mois à un an. Nous al­lons aus­si pour­suivre notre tra­vail sur les tex­tiles connec­tés et nous avons lan­cé un pro­jet, avec une star­tup, sur l’étude sta­tis­tique de la per­for­mance des bu­teurs. Nous de­vons être in­no­vants dans tous les sec­teurs.

« Le pu­blic tou­lou­sain veut que son équipe joue à son ni­veau »

Di­dier La­croix aborde sa pre­mière sai­son de pré­sident du Stade Tou­lou­sain avec hu­mi­li­té et am­bi­tion.

© An­tho­ny As­sé­mat

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