Dans la dou­ceur d’un soir d’été

Voix du Midi (Toulouse) - - Méditer - DE… MI­CHEL DA­GRAS

Àla ca­ni­cule du jour suc­cède un soir des plus agréables. Pas un souffle de vent. Même les son­nailles de quelques mou­tons en va­drouille dans le vil­lage ne semblent pas trou­bler le si­lence. Elles l’agré­mentent de quelques notes pai­sibles. Un coq to­ta­le­ment dé­ré­glé pousse par in­ter­mit­tence son chant éraillé. À l’ho­ri­zon la chaîne des 3 000 des Py­ré­nées, perd ses gla­ciers. Chaque été voit leurs sur­faces se ré­tré­cir. La gri­saille des pier­riers ef­face le blanc des né­vés dans un dé­cor tou­jours gran­diose. L’ombre grimpe sur le ver­sant ouest du Bu­rat. Le vert des fu­taies s’as­som­brit au rythme de cette as­cen­sion. Per­sonne dans les rues du vil­lage. Se­rait-il dé­jà en­dor­mi ? Pas en­core car la ma­gie de la té­lé doit scot­cher du monde de­vant les pe­tits écrans.

Le contraste est violent entre cette quié­tude ves­pé­rale et les tour­ments, les souf­frances, les deuils des villes et des ré­gions frap­pées par des at­ten­tats et des com­bats qui n’en fi­nissent plus, Avec tant d’in­no­cents aux pre­miers rangs des vic­times ! Comme ces mal­heurs pa­raissent loin ce soir des pai­sibles val­lées du Lys et de la Ga­ronne !

Pas ques­tion pour­tant de se mor­fondre ou de culpa­bi­li­ser. Pro­fi­ter d’un havre de paix n’em­pêche pour­tant pas de pen­ser à ceux que les événe- ments privent de ce bé­né­fice, ni à la com­plexi­té de causes trop sou­vent te­nues sous le bois­seau des ré­ac­tions spon­ta­nées. Les émo­tions sont alors à dé­pas­ser pour re­mon­ter aux sources des ex­tré­mismes meur­triers. Les ana­lyses font ap­pa­raître un fais­ceau de rai­sons qui s’en­tre­croisent dans une com­plexi­té bien dif­fi­cile à dé­mê­ler. On y re­lève un pro­fond res­sen­ti­ment contre un Oc­ci­dent cou­pable d’im­pé­ria­lisme ré­cur­rent dé­ployé de­puis les Croi­sades ; un fon­da­men­ta­lisme re­li­gieux ados­sé à sur une lec­ture lit­té­rale et par­tiale du Co­ran ; un res­sen­ti­ment col­lec­tif nour­ri de ran­cune et du dé­sir de re­vanche contre ceux qui furent des co­lo­ni­sa­teurs ; un de­voir de dji­had contre les in­fi­dèles igno­rants le Co­ran et voués à l’en­fer ; une exas­pé­ra­tion contre des com­por­te­ments is­la­mo­phobes et des sé­gré­ga­tions mé­pri­santes ; des pas­sages en pri­son où des gou­rous de cir­cons­tances ma­ni­pulent l’es­prit de jeunes dé­lin­quants ré­vol­tés et en mal de re­con­nais­sance ; des prêches d’imams désaxés à l’adresse de fi­dèles par trop in­fluen­çables.

Le tout sou­vent culti­vé dans l’at­mo­sphère confi­née de quar­tiers dits sen­sibles où des cel­lules ter­ro­ristes dor­mantes peuvent trou­ver un en­vi­ron­ne­ment com­plice. On com­prend que les pro­jets de dé­ra­di­ca­li­sa­tion aient fort à faire !

Ce fais­ceau de ra­cines - et ce ne sont là que les plus im­mé­diates – donne l ’ i m p re s s i o n d’être de­vant une hydre dont on ai­me­rait tran­cher d’un coup toutes les têtes.

Vi­sée uto­pique ! Sur­tout quand l’ur­gence et le prin­cipe de pré­cau­tion im­posent de se te­nir sur le qui-vive même si la dé­ci­sion de ne pas lais­ser la peur te­nir les com­mandes est prise avec cou­rage et dé­ter­mi­na­tion. Ain­si la pose de blocs de ci­ment contre des vé­hi­cules fous, l’opé­ra­tion Sen­ti­nelle, les en­quêtes et pour­suites po­li­cières, ne sau­raient suf­fire. D’autres dis­po­si­tions po­li­tiques et so­ciales sont à prendre ou, dé­jà prises, à sou­te­nir. Mais elles ne pè­se­ront pas lourd si un tra­vail ci­toyen de four­mi ne les ac­com­pa­gnait pour contri­buer à ta­rir à la source les rai­sons avan­cées par les meur­triers et ceux qui les ma­ni­pulent. On a vu à Bar­ce­lone un père dé­chi­ré par la mort de son en­fant de 3 ans prendre dans ses bras l’imam du lieu, éplo­ré. Une pre­mière ac­tion est alors à por­ter sur l’ou­ver­ture de re­gard au-de­là des émo­tions et des amal­games qui poussent par exemple à faire de tous les mu­sul­mans et de leur re­li­gion les boucs émis­saires des atro­ci­tés com­mises. Il ne faut pas que les mu­sul­mans su­bissent un crime qu’ils n’ont pas com­mis De­mande qui au­rait pu être aus­si bien for­mu­lée en 1945 par le Père Franz Stock à pro­pos du peuple al­le­mand ?

La nuit prend pos­ses­sion de la val­lée. Le calme se fait plus pro­fond. Pour­tant l’His­toire en té­moigne la vie en Com­minges n’a pas tou­jours été un long fleuve tran­quille. Elle a connu guerres et in­jus­tices. Alors ici comme ailleurs une so­lide convic­tion est à vivre, em­preinte d’es­pé­rance : C’est dé­jà ar­ri­vé au­pa­ra­vant et mon exis­tence est ré­sis­tance

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.