Forte baisse des contrats ai­dés : les consé­quences à Tou­louse

L’an­nonce de la baisse dras­tique des contrats ai­dés de la part du gou­ver­ne­ment a son­né comme un coup de mas­sue pour les col­lec­ti­vi­tés et les as­so­cia­tions. On fait le point à Tou­louse.

Voix du Midi (Toulouse) - - La Une - An­tho­ny As­sé­mat

Avant même les dis­cus­sions, les po­lé­miques, sur les or­don­nances re­la­tives au Code du Tra­vail, le gou­ver­ne­ment avait fait une ren­trée re­mar­quée en cette fin d’été 2017 avec l’an­nonce d’une forte ré­duc­tion des contrats ai­dés. Ju­gés « coû­teux et peu ef­fi­caces » par Mu­riel Pé­ni­caud, la mi­nistre du Tra­vail, le nombre de ces contrats baisse dras­ti­que­ment dès cette an­née, pas­sant de 459 000 en 2016 à 310 000 en 2017. En at­ten­dant une nou­velle baisse en 2018.

Avec cette me­sure, le gou­ver­ne­ment veut en fi­nir avec la po­li­tique de la rus­tine, consi­dé­rant ces em­plois comme « pré­caires, sou­vent à temps par­tiel » et ne pou­vant être « l’ins­tru­ment ma­jeur de la po­li­tique de l’em­ploi » . Les deux types de contrats ai­dés les plus cou­ram­ment uti­li­sés sont le Contrat unique d’in­ser­tion (CUI-CAE), à des­ti­na­tion des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales et des as­so­cia­tions, et les em­plois d’ave­nir, me­sure phare lan­cée par l’ex-pré­sident de la Ré­pu­blique Fran­çois Hol­lande en 2013. Les em­plois d’ave­nir sont des­ti­nés aux 16-25 ans et qui n’ont pas de di­plôme (sauf CAP-BEP), ni d’em­ploi ni de for­ma­tion, et ce, sur une pé­riode maxi­male de trois ans.

109 em­plois ai­dés à la mai­rie et Tou­louse Métropole

Si l’édu­ca­tion doit être épar­gnée par cette sai­gnée, les autres sec­teurs sont im­pac­tés. Avec plus ou moins de de­grés. À la mai­rie de Tou­louse et Tou­louse Métropole, la casse se­ra très li­mi­tée comme l’ex­plique Hen­ri de La­gou­tine, l’élu en charge des res­sources hu­maines. « Nous avons 109 em­plois ai­dés, 100 em­plois d’ave­nir et neuf CUICAE, sur les 12 000 per­son­nels des deux col­lec­ti­vi­tés, l’im­pact est donc li­mi­té car on uti­li­sait des contrats de ma­nière rai­son­nable. Les sec­teurs les plus concer­nés sont l’ani­ma­tion, la res­tau­ra­tion et l’en­tre­tien. Cette an­née, sur les neuf CUICAE, trois contrats ont été blo­qués. Ce sont des jeunes qui exercent 20h chez nous et qui étu­dient en pa­ral­lèle à Sciences-Po Tou­louse pour pré­pa­rer les concours ad­mi­nis­tra­tifs » .

En vi­site à la nou­velle école Ni­boul, à Bor­de­rouge, pour la ren­trée sco­laire, ven­dre­di 1er sep­tembre 2017, le maire de Tou­louse Jean-Luc Mou­denc a es­ti­mé que la col­lec­ti­vi­té avait « eu du nez » de ne pas avoir « été trop dé­pen­dant » de ces contrats.

Un coup d’ar­rêt bru­tal que re­grette Hen­ri de La­gou­tine. « Il est dom­mage que cette me­sure s’ar­rête. Sur les em­plois d’ave­nir, par exemple, les jeunes se lèvent tous les ma­tins et se forment du­rant trois ans. Ce n’est pas rien. C’est une ré­gres­sion so­ciale et une er­reur d’ana­lyse de la part du gou­ver­ne­ment de dire que les contrats ai­dés ne dé­bouchent sur rien » . Si le gou­ver­ne­ment tient le cap, les contrats des der­niers em­plois d’ave­nir à la mai­rie et à la Métropole se ter­mi­ne­ront en 2019.

La fin des contrats ai­dés a éga­le­ment fait ré­agir Ka­rine Tra­val- Mi­che­let, maire PS de Co­lo­miers, la deuxième ville du dé­par­te­ment avec près de 40 000 ha­bi­tants. « C’est un coup por­té à l’in­ser­tion pro­fes­sion­nelle de chô­meurs de longue du­rée, des jeunes en dif­fi­cul­tés pour ac­cé­der à leur pre­mier em­ploi. Il faut aus­si que le gou­ver­ne­ment dise clai­re­ment aux Fran­çais que, rom­pant ain­si les contrats ai­dés en cours, il fait pe­ser sur les col­lec­ti­vi­tés le coût de l’in­dem­ni­sa­tion du chô­mage des sa­la­riés sou­dai­ne­ment ren­voyés vers la case Pôle Em­ploi » .

Au Con­seil dé­par­te­men­tal de Haute-Ga­ronne, 39 per­sonnes bé­né­fi­ciant des em­plois d’ave­nir ont été em­bau­chées en 2017, sur 69 fins de contrat. « De­puis le mois d’avril 2017, les mis­sions lo­cales n’ac­cordent plus d’aides. Il n’est donc pas pos­sible à ce jour d’en re­cru­ter de nou­veaux » , ex­plique le ca­bi­net du pré­sident Georges Mé­ric.

Chan­tiers d’in­ser­tion, mé­nage, se­cré­ta­riat…

Les col­lec­ti­vi­tés sont gê­nées aux en­tour­nures. Mais que dire du sec­teur as­so­cia­tif ? Ce der­nier, qui dé­pend beau­coup des contrats ai­dés, doit s’at­tendre à une ren­trée dif­fi­cile… « C’est alarmant comme dé­ci­sion car ces per­sonnes ne sont pas en­core dans de vrais em­plois et ce­la va ag­gra­ver les in­éga­li­tés. Les contrats ai­dés pré­parent aus­si à la réa­li­té du monde éco­no­mique » , es­time Ma­rieHé­lène Bouygues, pré­si­dente de la fé­dé­ra­tion des ac­teurs de la so­li­da­ri­té en Oc­ci­ta­nie, or­ga­nisme qui fé­dère près de 120 as­so­cia­tions dans le champ de l’hé­ber­ge­ment d’ur­gence et de l’in­ser­tion.

Pas de ca­tas­trophe so­ciale en vue pour cette fé­dé­ra­tion – qui cha­peaute par exemple les as­so­cia­tions tou­lou­saines Ar­pade (écoute et pré­ven­tion), Es­poir ou l’As­so­cia­tion des Ci­tés du Se­cours Ca­tho­lique ( ACSC) et ac­com­pagne 60 000 per­sonnes – mais un im­pact an­non­cé sur les chan­tiers d’in­ser­tion, le por­tage de re­pas à do­mi­cile pour les per­sonnes âgées ou des mis­sions quo­ti­diennes au sein des as­so­cia­tions comme le mé­nage, l’ac­cueil et le se­cré­ta­riat. « Le gou­ver­ne­ment ne doit pas avoir uni­que­ment une ges­tion comp­table. Avec la re­prise éco­no­mique, nous avons be­soin de per­sonnes for­mées mais aus­si de contrats ai­dés. Ce­la ne s’op­pose pas » .

Même sou­ci pour le Col­lec­tif in­ter-as­so­cia­tions de Tou­louse (Ciat). Pour le col­lec­tif, qui re­groupe des struc­tures connues comme Mé­de­cins du Monde, la Croix- Rouge, l’ACSC, les Ap­pren­tis d’Au­teuil ou So­li­ha, la fin des contrats ai­dés n’est que la suite de la « baisse de moyens ob­ser­vée ces der­nières an­nées » , ex­plique Phi­lippe Gi­baud, le co-co­or­di­na­teur du Ciat. « Les contrats ai­dés étaient une va­riable d’ajus­te­ment qui main­te­nait une qua­li­té d’in­ter­ven­tion. Nous avons une vo­ca­tion so­ciale pour in­té­grer les gens dans le tra­vail. Mais pour pé­ren­ni­ser les em­plois, il faut avoir les moyens » .

Au sein du Col­lec­tif in­ter­as­so­cia­tions de Tou­louse, en­vi­ron un contrat sur dix est des em­plois ai­dés. Et un tiers de ces contrats ai­dés se trans­forment en CDI, as­sure Phi­lippe Gi­baud. « Il ne faut pas abu­ser des contrats ai­dés, mais s’ins­crire dans un par­cours d’in­ser­tion. La fin des contrats est une très mau­vaise nou­velle. Nous n’au­rons ja­mais les moyens de les rem­pla­cer. On n’em­bau­che­ra pas en CDI à la place » .

Les em­plois d’ave­nir sont no­tam­ment uti­li­sés dans les es­paces verts.

© Mai­rie de Tou­louse

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