À cha­cun son Puy !

Voix du Midi (Toulouse) - - Méditer - … DE MI­CHEL DA­GRAS

ourt sé­jour au Puy-en-Ve­lay.

Puy, pech, puig… bro­de­ries de conso­nances sur une même trame sé­man­tique pour dé­si­gner au moins une hau­teur, au mieux un som­met. Les Co­teaux de Pech Da­vid et la Place Du­puy donnent aux Tou­lou­sains l’op­por­tu­ni­té d’en­tendre ces dif­fé­rences et pour­quoi pas d’être sen­sibles à leur sym­bo­lique com­mune, celle d’un idéal à at­teindre et d’un point de vue ou­vert sur un vaste ho­ri­zon ?

Le mon­ta­gnard par­vient à cet ob­jec­tif au terme de ran­don­nées ou d’es­ca­lades payées à l’ef­fort et cou­ron­nées d’un bon­heur qui sur­passe la peine en­du­rée, voire la peur dans les pas­sages dif­fi­ciles. Épreuves pré­cé­dées en amont par la pré­pa­ra­tion de l’iti­né­raire, le ras­sem­ble­ment du ma­té­riel et par­fois la ré­sis­tance de proches pour qui l’en­tre­prise était trop ris­quée… ou qui au­raient tout bon­ne­ment pré­fé­ré pas­ser ce temps de loi­sir sur la plage ou dans la quié­tude de la cam­pagne.

Pour l’étu­diant (e) le puy est ce­lui de la réus­site aux exa­mens ou aux concours. La course peut là aus­si être rude, ja­lon­née d’ap­pren­tis­sages et de tra­vaux ar­dus, de pa­tiences et de sa­cri­fices. Mais quelle joie aux jours de réus­site et quelle vue dé­ga­gée sur l’ave­nir pro­fes­sion­nel, même em­bru-

Cmé par les dif­fi­cul­tés de trou­ver un em­ploi à la me­sure des qua­li­fi­ca­tions ac­quises. Em­ployeurs et em­ployés connaissent pour leur part les sou­cis de mar­chés à ga­gner, de pro­duc­tion à as­su­rer, de qua­li­té à res­pec­ter… avec par­fois la han­tise de fer­me­tures et de chô­mages qui ruinent des es­pé­rances d’as­cen­sions pro­fes­sion­nelles ou tout sim­ple­ment de gagne-pain. Couples et fa­milles s’en­cordent eux aus­si pour s’éle­ver en­semble sur les sen­tiers du bon­heur et de l’édu­ca­tion d’en­fants à faire gran­dir en hu­ma­ni­té.

D’autres som­mets moins nobles at­tirent des grim­peurs pas­sion­nés par le dé­sir de ga­gner et de pos­sé­der tou­jours plus sans se sou­cier des autres, ou avides de pou­voirs à exer­cer sans par­tage.

À l’in­verse des hau­teurs plus su­blimes, spi­ri­tuelles, dé­voilent des ho­ri­zons in­times. Le Puy-en-Ve­lay ouvre ain­si le grand at­las de géo­gra­phies in­té­rieures. De ce haut lieu d’Au­vergne part en ef­fet un che­min qui ne s’éva­lue pas seule­ment en heures de marche. L’iti­né­raire condui­sant à Com­pos­telle, som­met vi­sible de l’aven­ture, s’en­ri­chit en ef­fet sou­vent de par­cours in­té­rieurs li­bé­rés de sco­ries ac­cu­mu­lées au fil du temps, de la gri­saille, des tem­pêtes, des rou­tines et autres aléas du quo­ti­dien. Une ap­pré­ciable ca­thar­sis connue de pè­le­rins croyants ou non, s’ef­fec­tue. L’ a n t i q u e tra­di­tion ne se conten­tait d’ailleurs pas d’at­teindre le Fi­nis­tère de l’Eu­rope et d’ad­mi­rer en tou­riste le mou­ve­ment du grand en­cen­soir ba­lan­cé d’un bout à l’autre de la nef dans la ca­thé­drale Saint- Jacques. Les pè­le­rins d’an­tan n’ac­com­plis­saient là que le pre­mier temps de leur as­cen­sion in­té­rieure. Avan­cer vers l’Ouest, vers le so­leil cou­chant, était pour eux al­ler vers la dis­pa­ri­tion de la lu­mière dans les obs­cu­ri­tés de la mort. Re­ve­nir vers l’Est leur don­nait à l’in­verse de contem­pler le so­leil du le­vant au zé­nith, sym­bole d’un re­tour vers la lu­mière, pour eux de la foi, vic­to­rieuse de la mort. Les pè­le­rins ac­tuels se li­mi­te­raient-ils à une res­pi­ra­tion tron­quée de ce deuxième temps ?

Un mon­ta­gnard pas­sion­né ne se contente pas de vaincre un seul som­met. Il en gra­vit de nom­breux et cer­tains plu­sieurs fois. Il conserve de ces as­cen­sions les sou­ve­nirs in­di­cibles d’émo­tions in­té­rieures su­blimes. Des ma­rins au long cours, des voya­geurs en plein dé­sert, des ex­plo­ra­teurs en terres in­con­nues, éprouvent des sai­sis­se­ments com­pa­rables. Ils s’offrent aus­si à celles et à ceux qui se risquent en eau pro­fonde vers le mys­tère d’eux-mêmes et des autres, à res­pec­ter comme la mer, la mon­tagne, le dé­sert… Voyages in­té­rieurs où la grâce de se sim­pli­fier, de connaître et d’ai­mer est éton­nam­ment don­née ! La sym­bo­lique du Puy ne vise plus seule­ment des som­mets à conqué­rir mais des pro­fon­deurs à at­teindre.

Un fais­ceau de che­mins mènent à Com­pos­telle. Des voies di­verses conduisent sur la Mon­tagne spi­ri­tuelle gra­vie par les mys­tiques. Les pous­se­cailloux cher­cheurs de jus­tice et de vé­ri­té, d’amour et de paix, suivent eux aus­si des par­cours va­riés. Puy, pech, puig sym­boles de som­mets ou de grandes pro­fon­deurs, in­vi­ta­tions au voyage sur des che­mins d’éter­ni­té ou­verts à tous ?

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