Mi-man­dat : la vio­lente charge de l’op­po­si­tion PS

In­sé­cu­ri­té, co­lère après les tra­vaux de l’été, ri­gueur bud­gé­taire… Les élus de l’op­po­si­tion sont re­ve­nus sur le bi­lan à mi-par­cours de Jean-Luc Mou­denc, maire de Tou­louse.

Voix du Midi (Toulouse) - - La Une -

Après la ren­trée des classes, la ren­trée po­li­tique. Et le pre­mier coup de se­monce est ve­nu du groupe des élus so­cia­listes et ra­di­caux à la mai­rie de Tou­louse. L’an­cien maire PS de Tou­louse Pierre Co­hen ne s’est pas mon­tré tendre à l’égard du bi­lan à mi-man­dat de Jean-Luc Mou­denc, pre­mier ma­gis­trat de Tou­louse. « La dé­ci­sion d’aug­men­ter les im­pôts dé­montre que dans l’état d’es­prit du maire, il re­vient aux Tou­lou­sains d’être contri­bu­teurs de sa po­li­tique » . L’élu de gauche an­ti­cipe le « plan com­mu­ni­ca­tion » que s’ap­prête à lan­cer Jean-Luc Mou­denc afin de pro­mou­voir les réa­li­sa­tions de la ma­jo­ri­té mu­ni­ci­pale. Pour Pierre Co­hen, c’est même la cam­pagne élec­to­rale qui com­mence. Et ce aux frais du contri­buable. Il se mur­mure que le maire de Tou­louse, par ailleurs pré­sident de Tou­louse Mé­tro­pole, se­rait à l’ini­tia­tive d’une grand-messe, le 16 oc­tobre, pour mettre en avant les dos­siers qui avancent. « Ce coup de com’ au­rait été chif­fré à 500 000 eu­ros » , rap­porte Pierre Co­hen. Ce qui se­rait pour lui un comble alors que Jean-Luc Mou­denc dit vou­loir faire des éco­no­mies…

Sé­cu­ri­té : « Le bi­lan est ca­tas­tro­phique »

Contac­té par Voix du Mi­di Tou­louse sur ce point très pré­cis, le ca­bi­net de Jean-Luc Mou­denc s’en ex­plique. « Les opé­ra­tions de compte-ren­du de la mi-man­dat se font à coût an­nuel constant, c’es­tà-dire sans al­louer de bud­get sup­plé­men­taire à la com­mu­ni­ca­tion, jus­te­ment par sou­ci d’une uti­li­sa­tion ri­gou­reuse et éco­nome de l’ar­gent pu­blic. M. Co­hen ne se sou­vient sans doute pas qu’il avait lui- même fait un bi­lan de mi-man­dat en 2011. Il tente d’al­lu­mer des po­lé­miques po­li­ti­ciennes qui n’in­té­ressent pas les ha­bi­tants ; nous n’y pren­drons pas part » . Pour Gi­sèle Ver­niol, autre élue de l’op­po­si­tion, il s’agit à chaque fois d’une « com­mu­ni­ca­tion ci­blée. Jean- Luc Mou­denc veut fi­ger dans la tête des ci­toyens qu’il se fait beau­coup de choses dans la ville » . « On va bien­tôt inau­gu­rer le re­nou­vel­le­ment du bi­tume » , s’amuse Joël Car­rei­ras, l’an­cien ad­joint aux fi­nances.

Pierre Co­hen est revenu sur la « co­lère » des usa­gers tou­lou­sains cet été. La ligne A du mé­tro a été fer­mée pen­dant cinq se­maines, en rai­son des tra­vaux de dou­ble­ment des quais. Se­lon l’élu tou­lou­sain, les modes de trans­port de sub­sti­tu­tion n’étaient pas suf­fi­sam­ment nom­breux pour ré­pondre aux at­tentes. « Des ajus­te­ments sont at­ten­dus pour l’an­née pro­chaine » , pré­vient-il, es­pé­rant que « les le­çons de cet été au­ront été ti­rées » .

De son cô­té, Joël Car­rei­ras rap­pelle aus­si que ces tra­vaux n’au­raient ja­mais eu lieu d’être si tout avait été an­ti­ci­pé à l’époque du chan­tier de la ligne A. En ef­fet, les quais de quatre sta­tions, le ter­mi­nus aé­rien de Bas­so-Cam­bo et trois sta­tions sou­ter­raines si­tuées rive gauche (Fon­taine Les­tang, Mer­moz et Patte d’Oie) n’ont pas été di­men­sion­nés à la lon­gueur des quais des autres sta­tions, soit 26 mètres au lieu de 52 mètres ce qui contraint aujourd’hui Tis­séo à ne faire rou­ler que deux rames quand quatre pour­raient être uti­li­sées sur l’en­semble des autres sta­tions. Une con­trainte de­ve­nue ma­jeure avec l’ex­plo­sion de la fré­quen­ta­tion de la ligne… Iro­nique, Pierre Co­hen es­time que Jean-Luc Mou­denc peut donc conser­ver son sur­nom de « Mon­sieur Bou­chon » ,y com­pris en plein mois d’août…

Pierre Co­hen est aus­si revenu sur la po­lé­mique au su­jet des Izards. Des ha­bi­tants du quar- tier s’étaient in­di­gnés à la suite d’un mes­sage pla­car­dé dans un im­meuble. Ils y étaient me­na­cés de re­pré­sailles s’ils dé­non­çaient les dea­lers à la po­lice… L’an­cien maire de Tou­louse sou­ligne une évo­lu­tion du dis­cours de l’équipe Mou­denc. « La droite cri­ti­quait notre in­ca­pa­ci­té et notre laxisme à l’époque. Les moyens pro­mis par JeanLuc Mou­denc ( aug­men­ta­tion du nombre de po­li­ciers, ca­mé­ras…) sont aujourd’hui dé­ployés et le bi­lan est ca­tas­tro­phique. Il consi­dère que tout ce qui reste à faire est aujourd’hui de la res­pon­sa­bi­li­té de l’État » . Contrai­re­ment à son suc­ces­seur, Pierre Co­hen dit n’avoir ja­mais cru que la po­lice mu­ni­ci­pale pou­vait se sub­sti­tuer aux mis­sions de la po­lice na­tio­nale. « Le maire n’a pas eu les bonnes ré­ponses face à un pro­blème beau­coup plus com­plexe » .

Pierre Co­hen est convain­cu que le « tout po­lice » n’est pas une so­lu­tion, que la jus­tice n’est « pas au ren­dez-vous » et croit en­core aux mis­sions de pré­ven­tion, en par­ti­cu­lier dans des quar­tiers comme les Izards. Plus sur­pre­nant est le qua­si-re­vi­re­ment au su­jet des ca­mé­ras de sur­veillance. Plu­tôt dé­fa­vo­rable à sa pro­li­fé­ra­tion lors de son man­dat, Pierre Co­hen re­con­naît ses ver­tus, en par­ti­cu­lier dans la lutte contre le ter­ro­risme. « Ce­la ne pré­vient pas mais c’est né­ces­saire, re­con­naît-il. La pré­sence de ca­mé­ras n’a ja­mais été un su­jet ta­bou pour moi. Nous en avions d’ailleurs ins­tal­lé 1 600 sous notre man­dat (Ndlr. : en comp­tant celles de Tis­séo). Mais après, on peut aus­si re­ve­nir sur le nombre né­ces­saire » .

La ques­tion de la LGV a aus­si re­sur­gi. Fin août, le mi­nistre de la Tran­si­tion éco­lo­gique et so­li­daire, Ni­co­las Hu­lot, a mis sur la sel­lette le pro­jet de Ligne à Grande Vi­tesse (LGV) Bor­deaux-Tou­louse, qui pour­rait pour­tant pla­cer Tou­louse à 3h10 de Pa­ris au lieu de 4h19 ac­tuel­le­ment. « On peut sé­rieu­se­ment se po­ser la ques­tion de l’ave­nir de la LGV » , a re­con­nu l’an­cien maire de Tou­louse. Ce der­nier rap­pelle que l’État s’était en­ga­gé à ce que cette ligne puisse voir le jour. Lu­cide, Pierre Co­hen dit vou­loir ana­ly­ser, dans un pre­mier temps, le gain en temps de­puis l’inau­gu­ra­tion de la ligne Pa­risBor­deaux. « Mais il faut se battre en­core ! » , in­siste-t-il. Pierre Co­hen es­time que l’an­nonce de Ni­co­las Hu­lot n’au­ra pas d’im­pact sur l’ave­nir du pro­jet Tou­louse Eu­roSudOuest, à Ma­ta­biau. Le so­cia­liste n’est pas dé­fa­vo­rable à la construc­tion d’une Tour d’Oc­ci­ta­nie de 150 mètres de haut, au coeur de ce fu­tur quar­tier. Mais il met dé­jà en garde. « Que ce pro­jet ne soit pas au dé­tri­ment de la pau­pé­ri­sa­tion du cen­tre­ville ! Un quar­tier d’af­faires ne se dé­crète pas » .

Mou­denc, main dans la main avec Ma­cron ?

En­fin, Pierre Co­hen est revenu sur les rap­ports qu’en­tre­tient Jean-Luc Mou­denc avec Em­ma­nuel Ma­cron. Sou­tien de Be­noît Ha­mon lors de la der­nière pré­si­den­tielle, Pierre Co­hen re­lève une « am­bi­guï­té » entre Jean-Luc Mou­denc, par ailleurs pré­sident de France Ur­baine (qui re­groupe les mé­tro­poles et les grandes villes de France) et le Pré­sident de la Ré­pu­blique. JeanLuc Mou­denc se­rait beau­coup « plus souple, voire conci­liant » avec le nou­vel oc­cu­pant de l’Ély­sée. « Sous Fran­çois Hol­lande, c’était une baisse de do­ta­tions de l’État aux col­lec­ti­vi­tés de 11,5 mil­liards d’eu­ros sur la pé­riode 20142017. Ma­cron de­mande, lui, un ef­fort de 13 mil­liards d’eu­ros sur son quin­quen­nat. On a le sen­ti­ment que JeanLuc Mou­denc ac­com­pagne la po­li­tique d’aus­té­ri­té de l’État. Nous n’avons pas beau­coup en­ten­du le maire de Tou­louse sur la di­mi­nu­tion des contrats ai­dés, par exemple… Pire, ce­la s’ajoute à la cure d’aus­té­ri­té que fait vivre Jean-Luc Mou­denc aux Tou­lou­sains » .

Jean-Luc Mou­denc a été élu maire de Tou­louse en 2014.

© Ville de Tou­louse

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