Tous Ca­ta­lans

Voix du Midi (Toulouse) - - Politique - DE… LAURENT DU­BOIS

e poids des ma­traques et le choc des images. Tout au long du week-end der­nier, l’in­ter­ven­tion de la po­lice es­pa­gnole à Bar­ce­lone a fait la Une des mé­dias. Sur les ré­seaux so­ciaux, un dé­luge de com­men­taires a ac­com­pa­gné les charges de la Guar­dia Civil. Le référendum sur l’In­dé­pen­dance de la Ca­ta­logne est de­ve­nu un évé­ne­ment in­ter­na­tio­nal. Le su­jet concerne les ca­pi­tales eu­ro­péennes et plu­sieurs ré­gions fran­çaises. Sans par­ler, évi­dem­ment, de Ma­drid et de l’en­semble de la pé­nin­sule Ibé­rique. La tour­nure des faits a trans­for­mé une « simple » consul­ta­tion ré­gio­nale en vé­ri­table in­ci­dent. À Pa­ris, le mi­nistre de l’In­té­rieur af­fiche une pru­dente ré­serve. In­ter­ro­gé sur le com­por­te­ment des forces de l’ordre es­pa­gnoles, Gé­rard Col­lomb se ré­fu­gie der­rière le prin­cipe de la sou­ve­rai­ne­té na­tio­nale. Les af­faires in­ternes d’un pays doivent res­ter étran­gères à ses voi­sins.

Mais cette belle et tra­di­tion­nelle pos­ture se heurte à une « pe­tite » réa­li­té. Sur le Vieux Con­tinent, les États ne sont pas des États étran­gers. Ils sont tous membres d’un même en­semble politique. De Pa­ris en pas­sant par Ber­lin, Rome, Bra­ti­sla­va et Ma­drid c’est

Lun même es­pace ju­ri­dique et éco­no­mique. Les Es­pa­gnols, comme les Fran­çais et les Por­tu­gais, ont si­gné la conven­tion eu­ro­péenne des Droits de l’Homme. Un mi­nistre mexi­cain peut plai­der la « non-in­gé­rence » s’agis­sant des af­faires ita­liennes. En re­vanche, les vio­lences lors d’un vote espagnol sont un dossier eu­ro­péen. Et tous les dos­siers eu­ro­péens concernent la France. L’Eu­rope n’est pas un as­sem­blage de ven­deurs de voi­ture ou une as­so­cia­tion qui har­mo­nise le la­bel des fro­mages. C’est un es­pace politique. Gé­rard Col­lomb connaît cette évi­dence. Une évi­dence loin d’être évi­dente. Les ré­flexes na­tio­naux et les pré car­rés do­mes­tiques sont bien an­crés.

Le mi­nistre fran­çais est sur­tout un adepte de la « real­po­li­tik » . Gé­rard Col­lomb ne veut pas vexer Ma­drid. C’est de la di­plo­ma­tie à l’an­cienne. Une di­plo­ma­tie qui ne tient pas compte de la donne eu­ro­péenne. La neu­tra­li­té du mi­nistre tri­co­lore est sur­tout liée à des con­si­dé­ra­tions fran­co-fran­çaises. L’in­dé­pen­dance ca­ta­lane ne concerne pas uni­que­ment l’Es­pagne. Elle peut faire tâche d’huile. Après Bar­ce­lone, c’est le pays Basque qui peut s’éman­ci­per. La Ca­ta­logne est dé­jà en par­tie fran­çaise. Les Py­ré­nées-Orien­tales se re­ven­diquent ca­ta­lanes et de nom­breux élus lo­caux sont in­dé­pen­dan­tistes. Mais si on ajoute les Basques, deux dé­par­te­ments et plus de 200 000 Fran­çais peuvent tom­ber dans la mar­mite in­dé­pen­dan­tiste. Sans par­ler des vel­léi­tés bre­tonnes, corses ou al­sa­ciennes. Pa­ris est bien content de re­ven­di­quer une obli­ga­tion de ré­serve s’agis­sant de la ges­tion es­pa­gnole du cas ca­ta­lan. Cette ligne se dé­fend. In­utile de se­couer une gre­nade dé­pouillée. La dis­lo­ca­tion d’une Na­tion est une mine à frag­men­ta­tion. Au­tant évi­ter de jon­gler avec un dossier ex­plo­sif.

Néan­moins, cette at­ti­tude a un coût politique. Un coût ac­quit­té par l’Union Eu­ro­péenne. L’ab­sence de condam­na­tion « mo­rale » af­fai­blit en­core plus le sen­ti­ment eu­ro­péen. Il est très faible et même mo­ri­bond. L’Eu­rope n’est pas sim­ple­ment dé­criée. Elle est per­çue comme nui­sible. Sa bu­reau­cra­tie ta­tillonne et ses règles li­bé­rales ali­mentent les votes ex­trêmes. Une po­si­tion eu­ro­péenne sur les vio­lences po­li­cières en Ca­ta­logne ne suf­fi­ra ja­mais à re­mon­ter la pente. Le mal est trop pro­fond et le ma­laise, trop an­cien. Il n’est pas utile de ver­ser une goutte de poi­son. Em­ma­nuel Ma­cron a fait un dis­cours vi­brant sur l’Eu­rope. Un grand dis­cours pour une « vraie Eu­rope ». Le pré­sident fran­çais a don­né du souffle et dé­ve­lop­pé une vi­sion. Ce brillant élan c’est bri­sé sur les ma­traques es­pa­gnoles. C’est une « simple » oc­ca­sion man­quée. La po­si­tion fran­çaise est dé­fen­dable. Le choc fron­tal, entre le dis­cours d’Em­ma­nuel Ma­cron et la réa­li­té des faits, rap­pelle une La­pa­lis­sade : il est mille fois plus fa­cile de par­ler de l’Eu­rope que de la faire avan­cer.

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