300 fa­milles juives ont quit­té Tou­louse de­puis la tue­rie de 2012

De­puis 2012, en­vi­ron 300 fa­milles ont quit­té Tou­louse pour re­joindre Is­raël. Une vague de dé­parts fai­sant écho aux at­ten­tats de Mo­ha­med Me­rah et à la mon­tée de l’an­ti­sé­mi­tisme.

Voix du Midi (Toulouse) - - En Ville - H.-O. D.

Ga­briel, 4 ans, et Arieh, 5 ans, étaient avec leur pa­pa, Jo­na­than Sand­ler, de­vant le por­tail d’Ozar Ha­to­rah, à Tou­louse. À 7 h 57 pré­cises, lun­di 19 mars 2012, le tueur au scoo­ter Mo­ha­med Me­rah dé­barque et abat froi­de­ment ses vic­times.

L’homme pour­suit en­suite une pe­tite fille de 7 ans dans l’éta­blis­se­ment, la sai­sit par les che­veux et l’exé­cute d’une balle dans la tête. Il s’agit de My­riam Mon­so­ne­go, la fille du di­rec­teur de l’éta­blis­se­ment. Un ado­les­cent de 15 ans est aus­si griè­ve­ment bles­sé lors de l’at­taque. Le trau­ma­tisme est en­core pré­gnant pour Ni­cole Yar­de­ni, quand elle donne le ré­cit de cette ma­ti­née où Tou­louse a plon­gé dans l’hor­reur. Elle était alors pré­si­dente de l’an­tenne lo­cale du Crif (Conseil re­pré­sen­ta­tif des ins­ti­tu­tions juives de France) à Tou­louse. « Il y avait 200 jeunes dans l’en­ceinte de l’éta­blis­se­ment lors que Mo­ha­med Me­rah a pé­né­tré à Ozar Ha­to­rah. La plu­part d’entre eux étaient à la Sy­na­gogue au mo­ment des faits, les consé­quences au­raient pu être en­core plus dra­ma­tiques » .

Cinq ans plus tard, alors que le pro­cès du frère de Mo­ha­med Me­rah a dé­bu­té lun­di 2 oc­tobre à Pa­ris (lire ci-des­sus), l’émo­tion est tou­jours in­tense. Cer­tains ont ter­mi­né pé­ni­ble­ment l’an­née, d’autres ont pré­fé­ré quit­ter Tou­louse.

Ozar Ha­to­rah a per­du le tiers de ses ef­fec­tifs

Se­lon les chiffres de l’Agence juive, en­vi­ron 300 fa­milles ont dé­jà quit­té la Ville rose de­puis l’at­ten­tat de Mo­ha­med Me­rah. « Tou­louse, qui compte quelque 12 000 per­sonnes de confes­sion juive, est l’une des villes fran­çaises ayant en­re­gis­tré le plus grand nombre de dé­parts en Is­raël » , sou­ligne Marc Frid­man, porte-pa­role du Crif à Tou­louse. « Il y a eu un pic entre 2014 et 2015, mais le phé­no­mène com­mence à s’at­té­nuer » .

Pour beau­coup de fa­milles, l’Alya, qui dé­signe l’acte d’im­mi­gra­tion en Terre sainte, est mo­ti­vé par de fortes convic­tions re­li­gieuses. « Di­sons que les at­ten­tats ont été un dé­clen­cheur pour le dé­part » , ana­lyse Marc Frid­man. Se­lon le sou­hait du fon­da­teur d’Ozar Ha­to­rah, Yaa­cov Mon­so­ne­go, père de la pe­tite My­riam, l’éta­blis­se­ment conti­nue, lui, de fonc­tion­ner. Seul le nom a chan­gé. Re­bap­ti­sé Ohr To­rah (Lu­mière de la To­rah), l’éta­blis­se­ment dé­livre un en­sei­gne­ment sous contrat avec l’État, à l’image de l’en­sei­gne­ment ca­tho­lique. Mal­gré ces évé­ne­ments dra­ma­tiques, Yaa­cov Mon­so­ne­go en est res­té le di­rec­teur.

« L’éta­blis­se­ment a per­du le tiers de ses ef­fec­tifs de­puis la tue­rie » , sou­ligne Marc Frid­man, par ailleurs re­pré­sen­tant des pa­rents d’élèves. « Mais l’an­née 2017 marque une lé­gère aug­men­ta­tion des ef­fec­tifs » . Marc Frid­man met en avant le fait que les Juifs sont « at­ta­chés aux va­leurs de la Ré­pu­blique » . Ce­pen­dant, il ob­serve une « mon­tée de l’an­ti­sé­mi­tisme en France » . An­ti­sé­mi­tisme que les éta­blis­se­ments de l’en­sei­gne­ment pu­blic ne par­vien­draient pas à ju­gu­ler, du moins dans cer­tains quar­tiers. Marc Frid­man cite no­tam­ment l’ou­vrage Prin­ci­pal de col­lège ou imam de la Ré­pu­blique ? pu­blié en 2017. Le livre a été écrit par Ber­nard Ra­vet, qui fut 15 ans prin­ci­pal de col­lège à Mar­seille. Il y dé­crit le lent gri­gno­tage de cer­tains éta­blis­se­ments pu­blics par le re­li­gieux : « Sur­veillants pro­sé­lytes » , « élèves prê­chi-prê­cheurs » , « pa­rents sexistes » …

Dans son livre, Ber­nard Ra­vet confie avoir été obli­gé de re­fu­ser un élève juif, « faute de pou­voir le pro­té­ger au quo­ti­dien » .

« Une guerre idéo­lo­gique »

Le porte-pa­role du Crif à Tou­louse se montre tou­te­fois ras­su­rant : « Il y a au­jourd’hui une prise de conscience vis-à-vis de l’état de guerre idéo­lo­gique que tra­verse la France » . En at­ten­dant, 300 fa­milles de Tou­lou­sains ont quit­té la France pour re­joindre Is­raël. Marc Frid­man se re­mé­more 2012. « Il y a eu de la compassion après les at­ten­tats de Tou­louse et de Mon­tau­ban, mais l’opi­nion pu­blique n’a pas per­çu ce qui était en train de se jouer. Il a fal­lu at­tendre Charlie Heb­do et l’Hy­per Ca­cher pour avoir une prise de conscience sur l’état de ra­di­ca­li­sa­tion de la France. Je rap­pelle qu’en 2012, on évo­quait pour Me­rah la thèse du loup so­li­taire… » . Pour Marc Frid­man, c’est une idéo­lo­gie à com­battre, celle de « l’is­la­mo­fas­cisme » .

© AFP - Eric Ca­ba­nis

En 2012, Mo­ha­med Me­rah abat­tait trois mi­li­taires, un en­sei­gnant et trois en­fants d’une école juive.

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