Mais pour­quoi Dieu per­met-il ce­la ?

Voix du Midi (Toulouse) - - Mediter - DE… MI­CHEL DA­GRAS

a ques­tion, ré­cur­rente, est re­lan­cée par un prêtre oeu­vrant à Ma­nille au­près des en­fants des rues Des en­fants sou­vent han­di­ca­pés, plon­gés dans la mi­sère des bi­don­villes, confron­tés aux dan­gers de la drogue et de la pros­ti­tu­tion.

In­no­centes vic­times d’in­jus­tices ré­vol­tantes loin de chez nous, mais re­layées lorsque des mi­neurs im­mi­grés, aban­don­nés, souffrent dans leurs corps et dans leurs coeurs ou même quand une jeune ma­man morte d’un can­cer, laisse ses en­fants or­phe­lins en bas âge. Fo­ca­li­ser sur les en­fants de Ma­nille ou d’ailleurs est hé­las ré­duc­teur car le monde des souf­frances élar­git ses ho­ri­zons à l’in­fi­ni : des pauvres fuyant la pé­nu­rie, leur­rés par des pas­seurs, se noient en tra­ver­sant la mer sur des ra­fiots pour­ris ou sur­char­gés ; l’égoïsme et l’in­dif­fé­rence des plus nan­tis pro­voquent des fa­mines et des pé­nu­ries scan­da­leuses ; l’en­voi à la pou­belle, chez nous, de 50 kg de nour­ri­ture en moyenne par per­sonne et par an, est une honte, en­tre­te­nue par le consu­mé­risme ; le coût des ar­me­ments mo­dernes et des guerres qui les em­ploient pour le mal­heur de villes et de po­pu­la­tions ci­viles plonge dans la si­dé­ra­tion. L’His­toire four­mille d’exemples où l’homme est un loup pour l’homme.

LRe­dou­table bi­pède, ca­pable du meilleur et du pire, de gé­né­ro­si­tés hé­roïques, de crimes ab­jects et de dé­gra­da­tions ir­ré­ver­sibles sur la Pla­nète. Ses plus belles dé­cou­vertes sont sui­vies d’ap­pli­ca­tions am­bi­va­lentes. Elles servent le pro­grès mais se dé­voient sou­vent en réa­li­sa­tions dé­lé­tères, pour l’homme et son en­vi­ron­ne­ment. Une arme ato­mique, un char d’as­saut, un bom­bar­dier stra­té­gique, in­tègrent des mer­veilles de tech­no­lo­gie et de prouesses tech­niques. Mais vu leurs fi­na­li­tés, leur per­fec­tion re­lève de la beau­té du Diable !

La part de l’homme dans les souf­frances qui l’af­fectent est donc in­con­tes­table. In­con­gru d’ac­cu­ser Dieu de tant de mé­faits dra­ma­tiques ! En­core que la ques­tion se pose de l’in­ten­tion du Créa­teur dé­ci­dant de lan­cer dans l’His­toire ces puis­sants pré­da­teurs. Et de les pla­cer dans un en­vi­ron­ne­ment na­tu­rel pa­ra­doxal, où la dou­ceur de sites et de cieux fée­riques contraste avec la bru­ta­li­té de cy­clones, de séismes, de vol­cans, aux ra­vages re­dou­tables d’au­tant plus dé­so­lants qu’ils frappent sou­vent les plus pauvres.

En outre cette na­ture des choses in­tègre la loi de la fi­ni­tude et celle du rap­port à nos yeux cruel entre les pré­da­teurs et leurs proies. Étrange Monde où la vio­lence du plus fort croise en per­ma­nence l’as­tuce du plus ru­sé. Les becs des pe­tits oi­seaux sont des armes. Griffes, crocs et ve­nins équipent nombre d’ani­maux. Les plantes elles- mêmes luttent pour la vie. Pas de roses sans épines ni d’or­ties qui ne piquent. Mi­crobes et vi­rus, fac­teurs de ma­la­dies et d’épi­dé­mies sé­vissent aus­si dans cet uni­vers. Et quand ar­rive l’heure de mou­rir une souf­france sans ap­pel frappe le plus sou­vent, celles et ceux pour qui elle sonne !

La Toute- puis­sance du Créa­teur se­rait-elle alors te­nue en échec par ces dé­ter­mi­nismes ? L’ab­sence de ré­ac­tion di­vine pour les contrer es­telle com­pa­tible avec la ré­vé­la­tion de Dieu-Amour ? Le mes­sage d’un fa­ta­liste mek­toub se tien­drait-il sous la dis­tri­bu­tion in­ces­sante de souf­frances phy­siques et mo­rales ?

En 2015, le pape s’est ren­du à Ma­nille. Une pe­tite fille lui adres­sa pu­bli­que­ment un mot d’ac­cueil. La voix étran­glée de san­glots elle ex­pri­ma l’in­ter­ro­ga­tion qui titre ce billet. Tu as po­sé la seule ques­tion qui n’a pas de ré­ponse ! lui ré­pon­dit Fran­çois.

Il prit alors l’en­fant dans ses bras, et res­ta un long mo­ment si­len­cieux plu­tôt que de cher­cher à ca­cher l’in­sup­por­table sous des pro­pos théo­riques, in­op­por­tuns, voire vexa­toires et hu­mi­liants.

Jé­sus mou­rant en croix vic­time de l’in­jus­tice, bri­sé par les tor­tures et l’aban­don des siens, a crié J’ai soif ! In­utile de se bou­cher les oreilles. Ce cri re­ten­tit chaque jour comme un vi­brant ap­pel à ne pas se lais­ser do­mi­ner par le scan­dale du mal mais à lui op­po­ser quand il vient des hommes, la té­na­ci­té de com­bats pour la vé­ri­té et la justice, mais aus­si d’où qu’il pro­vienne, l’ou­ver­ture des coeurs, l’écoute vé­ri­table, le par­tage et l’en­traide, la compassion jus­qu’au cou­rage du par­don qui s’op­pose au mal et l’at­teint à sa racine.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.