Mé­len­chon at­teint de « Ma­cron­ma­nia » ? !

Voix du Midi (Toulouse) - - Politique - DE… LAURENT DUBOIS

e week-end de Noël est en­core loin. Mais Jean-Luc Mé­len­chon n’a pas en­ten­du les sa­pins et les guir­landes pour of­frir un jo­li ca­deau à Em­ma­nuel Ma­cron. Le lea­der de la France In­sou­mise a fait un com­pli­ment à son ad­ver­saire fa­vo­ri. Jean-Luc Mé­len­chon es­time que le nou­veau pré­sident marque un point. Un bou­quet de fleurs de la part d’un op­po­sant, c’est ra­ris­sime.

Des roses de la part de Jean-Luc Mé­len­chon, ce­la mé­rite un mo­nu­ment sur les Champs-Ély­sées. Le tri­bun est connu pour sa culture des « saillies » pi­quante et des « sor­ties » ur­ti­cantes.

Sa trans­for­ma­tion su­bite a de quoi sur­prendre. Elle est même dé­con­cer­tante. C’est, d’ailleurs, re­gret­table. La mau­vaise foi et l’es­prit po­lé­mique sont sys­té­ma­tiques dans la classe po­li­tique. Un sur­saut d’hon­nê­te­té étonne et dé­tonne.

En ef­fet, il s’agit bien d’hon­nê­te­té. Jean-Luc Mé­len­chon se contente de re­con­naître un fait. De­puis cinq mois, Em­ma­nuel Ma­cron a tout réus­si. Sa cote de po­pu­la­ri­té a chu­té à la vi­tesse d’une balle de fu­sil. Son « nou­veau monde » a des cô­tés « vieille lune » avec des af­faires de conflits d’in­té­rêts.

Toutes ces pé­ri­pé­ties n’en­lèvent rien

Là un fait. Em­ma­nuel Ma­cron est par­ve­nu à faire ses pre­mières ré­formes. No­tam­ment l’em­blé­ma­tique et pro­blé­ma­tique re­fonte du Code du Tra­vail. La ren­trée so­ciale de­vait être bouillante. Le pays était cen­sé de sou­le­ver et se cou­vrir de ma­ni­fes­tants.

En réa­li­té, il ne s’est qua­si­ment rien pas­sé. Les ma­ni­fes­ta­tions sont res­tées li­mi­tées. La consta­ta­tion a été mo­deste. Jean-Luc Mé­len­chon pro­met­tait une ma­rée hu­maine. Les cor­tèges ont mo­bi­li­sé quelques di­zaines de mil­liers de per­sonnes.

L’in­sur­rec­tion po­pu­laire es­pé­rée par la France In­sou­mise a ac­cou­ché d’une grogne cir­cons­crite.

En pré­ci­sant qu’Em­ma­nuel Ma­cron « a la main » et « marque un point », Jean-Luc Mé­len­chon dresse un constat froid et lu­cide, le constat de son propre échec. Le nou­veau pré­sident est loin de faire l’una­ni­mi­té. Sa marque de fa­brique, le fa­meux « en même temps », a du plomb dans l’aile. L’élec­to­rat de droite ap­pré­cie de plus en plus Em­ma­nuel Ma­cron.

En re­vanche, les élec­teurs de gauche ont de moins en moins confiance dans le lo­ca­taire de l’Ély­sée. L’éti­quette d’un « pré­sident des Riches » ruine l’image, dé­fen­due pen­dant la cam­pagne, d’un pré­sident « Et de droite ET de gauche ». Em­ma­nuel Ma­cron en­grange des ré­sul­tats.

Mais le mythe d’un pré­sident au­des­sus des cli­vages n’a pas ré­sis­té aux 150 pre­miers jours de la pré­si­dence Ma­cron. En ren­dant à Ju­pi­ter ce qui re­vient à Ju­pi­ter, Jean-Luc Mé­len­chon met l’ac­cent sur une ac­tion qui a ré­sis­té aux en­traves.

Mais, der­rière les rayons du so­leil, il existe des zones d’ombre. Elles res­tent dis­crètes pour une seule rai­son : l’ab­sence d’une vé­ri­table op­po­si­tion. Une op­po­si­tion vé­ri­table ce n’est pas seule­ment des cri­tiques et des at­taques. C’est, d’abord et avant tout, une al­ter­na­tive pos­sible et une al­ter­nance cré­dible.

Pour la pre­mière fois de­puis les an­nées 60, ce sché­ma n’existe pas. Sous la pré­si­dence du Gé­né­ral de Gaulle, la gauche était in­exis­tante. Le spectre po­li­tique se ré­dui­sait à l’Ély­sée et à son lo­ca­taire. Fran­çois Mit­ter­rand, Gas­ton Def­ferre ou Pierre Men­dès France s’op­po­saient.

Mais ils n’in­car­naient pas une re­lève. C’est la même chose ac­tuel­le­ment. Jean-Luc Mé­len­chon tonne. Ma­rine Le Pen « trom­bone ». Laurent Wau­quiez « plas­tronne ». Mais l’op­po­si­tion brille par son in­con­sis­tance. Em­ma­nuel Ma­cron n’a pas seule­ment réus­si le « hol­dup » du siècle en s’ins­tal­lant à l’Ély­sée.

Le nou­veau pré­sident a fait ex­plo­ser le sys­tème po­li­tique. Le PS est mo­ri­bond. La droite res­semble à une au­berge es­pa­gnole. Dans ces champs de ruine, Em­ma­nuel Ma­cron est libre de ses mou­ve­ments. Le mal­heur de ses ad­ver­saires as­sure sa tran­quilli­té. Ce­la peut du­rer. La re­com­po­si­tion d’une op­po­si­tion va prendre du temps. JeanLuc Mé­len­chon au­ra d’autres oc­ca­sions pour sa­luer l’ac­tion d’Em­ma­nuel Ma­cron.

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