Eric Du­pont-Mo­ret­ti s’en prend à Jean-Luc Mou­denc

« Qu’il s’oc­cupe de ses af­faires de maire de Tou­louse ! ». L’avo­cat d’Ab­del­ka­der Me­rah, Me Du­pont-Mo­ret­ti, n’ap­pré­cie pas la ré­ac­tion de Jean-Luc Mou­denc, qui a ju­gé que son client a été condam­né « a mi­ni­ma » .

Voix du Midi (Toulouse) - - La Une - Guillaume Lau­rens

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« Ac­quit­ta­tor » sabre au clair… contre Jean- Luc Mou­denc, ou plu­tôt « un cer­tain Mou­denc » . L’avo­cat ve­dette d’Ab­del­ka­der Me­rah en­tend « ci­ter en ap­pel » le maire de Tou­louse, « pour qu’il vienne ex­pli­quer ses propos » . Il l’as­sure dans une in­ter­view fleuve ac­cor­dée au JDD, di­manche 5 no­vembre 2017.

Du­pond-Mo­ret­ti fe­ra ci­ter « un cer­tain Mou­denc »

À l’is­sue d’un pro­cès de cinq se­maines sous haute ten­sion, la cour d’as­sises spé­ciale de Pa­ris avait condam­né jeu­di 2 no­vembre, Ab­del­ka­der Me­rah à 20 ans de ré­clu­sion cri­mi­nelle, la peine maxi­male pour as­so­cia­tion de mal­fai­teurs ter­ro­riste cri­mi­nelle.

Mais elle l’avait ac­quit­té du chef de com­pli­ci­té des sept as­sas­si­nats per­pé­trés en mars 2012 à Tou­louse et Mon­tau­ban (Tarn-et-Ga­ronne) par son frère Mo­ha­med. Fet­tah Mal­ki avait, lui, éco­pé de 14 ans de pri­son, éga­le­ment pour as­so­cia­tion de mal­fai­teurs ter­ro­riste cri­mi­nelle. Il avait été re­con­nu cou­pable d’avoir ven­du l’arme et le gi­let pare-balles à Mo­ha­med Me­rah en connais­sant sa ra­di­ca­li­sa­tion. Les peines des deux hommes sont as­sor­ties d’une pé­riode de sû­re­té des deux tiers.

Une peine ju­gée pas suf­fi­sante pour l’ac­cu­sa­tion, qui avait re­quis la per­pé­tui­té contre Ab­del­ka­der Me­rah et 20 ans de ré­clu­sion cri­mi­nelle contre Fet­tah Mal­ki. Et trop lourde pour la dé­fense, qui avait plai­dé l’ac­quit­te­ment.

Sans sur­prise, ven­dre­di 3 no­vembre, le par­quet gé­né­ral a in­di­qué qu’il fai­sait ap­pel de cette dé­ci­sion. Le mi­nis­tère pu­blic a es­ti­mé que la cour « n’avait pas ti­ré toutes les consé­quences ju­ri­diques des faits qui lui étaient sou­mis » , no­tam­ment pour avoir ac­quit­té Ab­del­ka­der Me­rah de la « com­pli­ci­té d’as­sas­si­nats » .

Dans une in­ter­view ac­cor­dée à nos confrères du JDD, l’avo­cat d’Ab­del­ka­der Me­rah in­dique qu’il se­rait « fier » de dé­fendre à nou­veau le frère du « tueur au scoo­ter » , lors du pro­cès en ap­pel. « Évi­dem­ment, s’il me le de­mande, je se­rais fier d’être à ses cô­tés en ap­pel » .

Sur­tout, Éric Du­pond-Mo­ret­ti ex­plique pour­quoi il a choi­si de dé­fendre ce client, en­vers et contre tous : « J’ai ac­cep­té, car je suis ef­fa­ré par la fa­çon dont le ter­ro­risme a dé­jà anes­thé­sié notre so­cié­té. Il nous mange le cer­veau. Le maire de Bé­ziers, Ro­bert Mé­nard, consi­dère que, pour être fran- çais, il faut être blanc et ca­tho­lique, d’autres or­ga­nisent des apé­ros sau­cis­son-pi­nard… Tout passe. » Avant d’ajou­ter. « Le maire de Tou­louse, un cer­tain Mou­denc, se per­met de dé­cla­rer dans un com­mu­ni­qué que Mal­ki et Me­rah ont été condam­nés a mi­ni­ma. Qu’en sait-il ? Je le fe­rai ci­ter en ap­pel pour qu’il vienne ex­pli­quer ses propos » . Et Éric Du­pond-Mo­ret­ti de conclure : « Les po­li­tiques dé­rapent à des fins élec­to­ra­listes, mais aus­si de nom­breux mé­dias, la po­lice, la jus­tice… » .

Qu’avait dit le maire de Tou­louse ?

La veille, l’avo­cat avait dé­jà rha­billé le maire de Tou­louse pour l’hi­ver, avec des propos du même aca­bit dans les co­lonnes de La Voix du Nord. « C’est même le maire de Tou­louse, tiens, qui com­mente la dé­ci­sion de jus­tice, qui dit qu’elle est trop clé­mente… Mais qu’il s’oc­cupe de ses af­faires de maire de Tou­louse ! » .

Ce qu’il re­proche au maire de Tou­louse ? Une ré­ac­tion pu­bliée dans un com­mu­ni­qué de presse, en­voyée par la Ville de Tou­louse une grosse de­mi-heure après le ver­dict du pro­cès d’Ab­del­ka­der Me­rah et Fet­tah Mal­ki. JeanLuc Mou­denc y écri­vait. «À l’heure où la Jus­tice de notre Ré­pu­blique vient de ju­ger de la culpa­bi­li­té d’Ab­del­ka­der Me­rah et Fet­tah Mal­ki en les condam­nant a mi­ni­ma, j’ai une pen­sée très forte et émue pour les neuf vic­times, sept tués dont trois en­fants, et deux bles­sés graves » . Et le pre­mier ma­gis­trat de la Ville rose d’ajou­ter : « Les Tou­lou­sains, qui ont vé­cu 10 jours de ter­reur et d’hor­reur, en mars 2012, n’ou­blie­ront ja­mais » .

Jean-Luc Mou­denc n’est pas le seul élu tou­lou­sain à avoir com­men­té cette dé­ci­sion de jus­tice. Pierre Co­hen, son pré­dé­ces­seur, maire (PS) de la ville à l’époque des faits, avait aus­si ré­agi sur Twit­ter, in­di­quant à de­mi-mot qu’il sou­te­nait une éven­tuelle pro­cé­dure en ap­pel des fa­milles de vic­times.

Éric Du­pond-Mo­ret­ti est très cri­tique vis-à-vis du maire de Tou­louse.

© Sté­phane de Sa­ku­tin

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