Prix lit­té­raire de la SCC

Vos Chiens - - Sommaire - Serge San­chès

LaSo­cié­té Cen­trale Ca­nine a re­mis son Prix Lit­té­raire ré­ser­vé à un ro­man. Cette cé­ré­mo­nie s’est te­nue dans un grand res­tau­rant pa­ri­sien en pré­sence de M. Var­let, di­rec­teur de la SCC. Le ju­ry de ce prix cy­no­phile était com­po­sé d’an­neMa­rie Class (pré­si­dente du ju­ry), Ca­ro­line Gurt­ner (sa­la­riée à la SCC), Ch­ris­tian Eymar-dau­phin (pré­sident de la SCC), Dr Vet. An­dré De­mon­toy, Im­ré Hor­vath (pré­sident de club de race) et Ro­ger Ma­dec (éle­veur et sé­na­teur), sous la res­pon­sa­bi­li­té tech­nique de Ma­rie Ra­tiar­son. Ce prix avait dé­jà ré­com­pen­sé des au­teurs ou des per­sonnes connues comme Gilles Le­roy, An­dré De­mon­toy. Une cin­quan­taine de livres étaient en com­pé­ti­tion cette an­née et le Prix re­vient à un aca­dé­mi­cien, Jean-ch­ris­tophe Ru­fin pour "LE COL­LIER ROUGE", pu­blié aux Edi­tions Gal­li­mard. « Ce livre s’est im­po­sé tout de suite, nous confie Anne-ma­rie Class. Notre prix ré­com­pense le meilleur ro­man fran­co­phone met­tant en exergue la re­la­tion homme-chien. Le Col­lier rouge met en avant la fi­dé­li­té, une qua­li­té très ré­pan­due chez nos com­pa­gnons à quatre pattes. L’ou­vrage est ins­pi­ré d’un fait réel : une his­toire d’hon­neur, de ré­volte et de coeur après la guerre de 14-18. Les per­son­nages sont at­ta­chants et pu­diques. L’écri­ture ma­gni­fique est en adé­qua­tion avec les per­son­nages. Le ré­cit est ber­cé par les aboie­ments du chien et on dé­couvre avec bon­heur un dé­noue­ment in­at­ten­du et op­ti­miste qui contraste avec la ru­desse du su­jet. Le chien s’est choi­si un maître, qui est quelque peu in­grat, comme le sont sou­vent les hu­mains ». L’au­teur, Jean-ch­ris­tophe Ru­fin est un mé­de­cin à la vie tré­pi­dante fa­çon Pierre Lo­ti, puis­qu’il fut un des pion­niers de Mé­de­cins Sans Fron­tières, puis di­rec­teur d’ac­tion Contre la Faim avant d’em­bras­ser une car­rière de di­plo­mate, am­bas­sa- deur dans deux pays d’afrique, conseiller du mi­nistre Fran­çois Léo­tard ; et en 2012 il est au cô­té de Mar­tine Au­bry lors du choix du pré­si­den­tiable. En 2001, son ro­man Rouge Bré­sil est consa­cré par le Prix Gon­court. J. C. Ru­fin est élu à l’aca­dé­mie fran­çaise en 2008. Lors de son al­lo­cu­tion, il dé­clare être « très ho­no­ré par cette re­con­nais­sance car j’ai tou­jours été très en­tou­ré par de grands chiens. Mais je me sens seul comme ama­teur de chiens car dans la lit­té­ra­ture les chats sont plus pri­sés. C’est un ami pho­to­graphe qui m’a ins­pi­ré cette his­toire. Un jour il m’a ra­con­té la vie de son grand-

père, un hé­ros de la guerre de 14. Soixante jeunes sont par­tis de son vil­lage et deux sont ren­trés dont le grand-père cou­vert de bles­sures et de la Lé­gion d’hon­neur, ce qui est rare pour un simple sol­dat. Un jour qu’il avait bu, ce sol­dat met la Lé­gion d’hon­neur au cou du chien et dit « c’est toi qu’on au­rait dû dé­co­rer ». Et il tra­verse le vil­lage avec son chien ain­si dé­co­ré. » L’ami de l’au­teur l’a au­to­ri­sé à ra­con­ter cette his­toire, mais il n’a pu la dé­cou­vrir dans le livre car il est dé­cé­dé. L’au­teur a vou­lu sou­li­gner la par­ti­ci­pa­tion des ani­maux lors de la pre­mière Guerre Mon­diale qui a coû­té la vie à neuf mil­lions de per­sonnes (et vingt mil­lions de bles­sés), et a cau­sé de grandes souf­frances aux ani­maux, prin­ci­pa­le­ment aux che­vaux et aux chiens. Ce livre est donc l’his­toire de cet an­cien poi­lu, Jacques Mor­lac qui se re­trouve en pri­son dans une bour­gade du Ber­ry pour avoir osé un geste blas­phé­ma­toire à l’en­contre de notre grande et belle ar­mée fran­çaise : at­tri­buer la Lé­gion d’hon­neur à son chien Guillaume. Le juge Lan­tier du Grez est char­gé de l’in­ter­ro­ger et il dé­couvre un homme de 28 ans, un pay­san qui a lu les au­teurs ré­vo­lu­tion­naires du 19é siècle, un gar­çon amou­reux, père de fa­mille. Le sus­pens est mé­na­gé jus­qu’aux der­nières pages sur les­quelles le lec­teur connaît en­fin les mo­tifs de cet em­pri­son­ne­ment : « Sol­dat Guillaume, au nom du pré­sident de la ré­pu­blique, je vous ac­cueille dans l’ordre de l’igno­mi­nie qui ré­com­pense la vio­lence aveugle, la sou­mis­sion aux puis­sants et les ins­tincts les plus bes­tiaux, et je vous fais Che­va­lier de la Lé­gion d’hon­neur ». Et sol­dat Jacques, avec son chien dé­co­ré a pré­cé­dé un dé­fi­lé mi­li­taire pas­sant de­vant une tri­bune of­fi­cielle. Comme le di­sait mon père, un ap­pe­lé qui a fait 8 ans d’ar­mée dont 6 ans de guerre (la se­conde), du Ma­roc jus­qu’en Al­le­magne, en pas­sant par la Si­cile, l’ita­lie, la Corse, le dé­bar­que­ment à Tou­lon : « La Lé­gion d’hon­neur (qu’il n’a pas ja­mais de­man­dée) ne ré­com­pense plus que des di­gni­taires-ser­vi­teurs de l’etat et des ar­tistes ou des spor­tifs ré­fu­giés en Suisse ou à Mo­na­co ». Mais en 1919, on ne plai­san­tait pas avec ce sym­bole de sueur, de cou­rage et de sang. LE COL­LIER ROUGE, un ro­man que les pas­sion­nés de chiens se doivent de lire.

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