LE CAR­LIN

Avec le Bou­le­dogue Fran­çais et le Bos­ton Ter­rier, ce ré­jouis­sant pe­tit chien de com­pa­gnie, dont les ori­gines sont pro­ba­ble­ment plus européennes que chi­noises, forme dans le 9è groupe la sec­tion des mo­los­soïdes de pe­tit for­mat. Fri­mousse plate, sil­houette

Vos Chiens - - Spécial Carlin -

Le do­guin

La sub­di­vi­sion de l'es­pèce ca­nine en dif­fé­rents mor­pho­types a été orien­tée, par ses uti­li­sa­teurs, se­lon une re­cherche em­pi­rique d'op­ti­mi­sa­tion de ses fonc­tions. Le chien voué à la com­pa­gnie et dé­pour­vu d'au­cune autre uti­li­té, a donc aus­si sa fonc­tion­na­li­té, ac­com­pa­gnée d'une spé­cia­li­sa­tion mor­pho­lo­gique : c’est une mi­nia­tu­ri­sa­tion de l’un ou l’autre des mor­pho­types an­ces­traux - en l’oc­cur­rence du mo­los­soïde, pour le Car­lin. Le chien nain pré­sente ain­si une ap­pa­rence sé­dui­sante et com­mode pour rem­plir son of­fice fa­mi­lier : sa taille lui per­met une constante proxi­mi­té, sus­cite at­ten­dris­se­ment et amu­se­ment, ren­for­çant la re­la­tion af­fec­tive avec l'homme. Le chien nain, au cours de l’his­toire, a joué aus­si un rôle im­por­tant de marqueur social : sa pe­ti­tesse en a fait un at­tri­but plus rare, donc plus pré­cieux que d’autres su­jets ; ac­com­pa­gnant son maître en tous lieux, il est une des illus­du Shan­xi; le Erh Ya, en­cy­clo­pé­die du IIIÈ siècle avant J.C., cite des chiens

du Shan­xi « à la bouche courte ». La pé­riode Han (256 av. J.C. - 220) four­nit des fi­gu­rines fu­né­raires de chiens de mor­pho­type dif­fé­rents; cer­tains sont de pe­tits su­jets tra­pus, au mu­seau court, à la face large. Il est loi­sible de sup­po­ser en­suite l'in­té­gra­tion à ce pa­tri­moine ca­nin de chiens nains oc­ci­den­taux im­por­tés à par­tir du VIIÈ siècle, comme l’in­dique le Tang Chou (com­pi­la­tion de chro­niques de la dy­nas­tie Tang). D’après les sources, no­tam­ment ico­no­gra­phiques, la sé­lec­tion des chiens nains orien­taux se pour­suit vers les faces apla­ties, por­tées sur des mor­pho­lo­gies plu­tôt mé­dio­lignes, bas­settes, ou mo­los­soïdes; dans la sym­bo­lique re­li­gieuse et folk­lo­rique, ils in­carnent le chien-lion, ani­mal chi­mé­rique du bes­tiaire folk­lo­rique et re­li­gieux, à la fonc­tion pro­tec­trice. Des cy­no­logues du XIXÈ siècle, sur la base de com­pa­rai­sons avec ces témoignages ico­no­gra­phiques - puis avec les chiens im­pé­riaux à face plate rap­por­tés de Pé­kin par les An­glais après le pillage du Pa­lais d’eté en 1860 -, ont ain­si sug­gé­ré que le Car­lin était d’ori­gine chi­noise et qu’il avait pu être in­tro­duit en Eu­rope à par­tir du XVIÈ siècle par les com­pa­gnies com­mer­ciales européennes ( Por­gu­gais, Hol­lan­dais, An­glais). Cette théo­rie, qui a fi­ni par pas­ser pour une vé­ri­té his­to­rique dans la lit­té­ra­ture cy­no­phile, n’est ce­pen­dant qu’une hy­po­thèse, et pas la plus pro­bable. L'éven­tuelle im­por­ta­tion de va­rié­tés naines ex­trême-orien­tales en Eu­rope avant le XIXÈ siècle n'est en ef­fet pas do­cu­men­tée. En re­vanche, aux alen­tours du XVIIÈ siècle, une ver­sion naine du dogue émerge en Eu­rope; il est donc net­te­ment plus plau­sible que les an­cêtres du Car­lin soient au­toch­tones au con­tinent eu­ro­péen. Ce « do­guin », dogue en mi­nia­ture, « porte la queue tout-à-fait re­co­quillée sur le dos; plus ces sortes de chiens sont pe­tits, ca­mus, jouf­flus, mas­qués d'un beau noir ve­lou­té, plus ils sont re­cher­chés pour l'amu­se­ment » men­tionne Dau­ben­ton (L'en­cy­clo­pé­die, 1753), dé­cri­vant ain­si as­sez pré­ci­sé­ment le type qui res­te­ra l’apa­nage du Car­lin. A cette époque, il existe d'autres va­rié­tés naines à chan­frein plus ou moins apla­ti, telles que Buf­fon no­tam­ment les dé­crit, qui jouent les in­ter­mé­diaires entre plu­sieurs mor­pho­types, comme le ro­quet, le chien d’ar­tois, le Lillois, le chien d'ali­cante, le chien de Bur­gos. A l’époque, le do­guin semble ain­si une va­rié­té à face ca­muse par­mi d’autres, au mi­lieu d’un aréo­page as­sez four­ni ; il ne pa­raît pas dé­bar­quer de loin dans un pay­sage cy­no­lo­gique eu­ro­péen dé­pour­vu de chiens de ce genre.

Des hauts et des bas

Le do­guin de­vient très à la mode au XVIIIÈ siècle comme chien de com­pa­gnie au­près des femmes de l’élite so­ciale. Vi­vant au­près de ces clientes pri­vi­lé­giées des por­trai­tistes, qui les re­pré­sentent for­cé­ment pa­rées des signes ex­té­rieurs de leur rang, il fait ain­si par­tie de ces pe­tits chiens dont le par­cours se lit à tra­vers l'art pic­tu­ral ; il est re­pré­sen­té sous un for­mat un peu plus grand ou moins trapu que ce­lui du Car­lin mo­derne. On le nomme aus­si dogue de Hol­lande, d'al­le­magne, de Bo­logne, ces di­verses ap­pel­la­tions confir­mant qu'il est ré­pan­du dans toute l'eu­rope occidentale - on le re­trouve aus­si jus­qu’en Rus­sie. On l’ap­pré­cie sou­vent avec les oreilles taillées. En 1618, dans son ré­cit Ac­tion in the Low Coun­tries (trai­tant de l'aide mi­li­taire of­ferte par Eli­sa­beth Ière aux Hol­lan­dais contre les Es­pa­gnols), l'of­fi­cier an­glais Ro­ger Williams, rap­porte un épi­sode qui se se­rait dé­rou­lé aux Pays-bas en 1573 : le sta­thou­der Guillaume d'orange ‘’Le Ta­ci­turne’’

Le chien sub­stan­tiel

Le Car­lin est de ces races dont l'ap­pa­rence, éloi­gnée des ca­nons clas­siques de l’es­thé­tique ca­nine, peut sus­ci­ter des sen­ti­ments tran­chés, soit an­ti­pa­thie, soit au contraire ad­mi­ra­tion in­con­di­tion­nelle. Les ama­teurs, de plus en plus nom­breux, des pe­tits mo­losses à face plate, ne pour­ront donc qu’être at­ten­dris par cette bouille in­imi­table au grand re­gard fon­dant et ce pe­tit corps ra­mas­sé, tout ron­douillard. Bien que de taille ré­duite (en­vi­ron 30 cm au gar­rot), ce n'est pas une mi­nia­ture, bien au contraire, mais "beau­coup de chien dans un pe­tit es­pace" comme disent les An­glais. De fait, un Car­lin, c’est plein de « sub­stance », se­lon la ter­mi­no­lo­gie cy­no­phile : il loge ses 6 à 9 kg dans un corps car­ré, com­pact, trapu. Le dos est court, droit, la poi­trine très large, le ventre non re­mon­té, les côtes cin­trées. Le cou est épais, pas trop court. Les membres, as­sez longs pour que le chien ne pa­raisse en au­cun cas bas­set, ont une mus­cu­la­ture bien des­si­née, une os­sa­ture forte mais les pieds sont as­sez pe­tits. La queue forme une boucle fer­me­ment ra­bat­tue sur la hanche (voire une double boucle), ce qui ac­cen­tue l'as­pect cob de la sil­houette. Le gar­rot et l'en­co­lure portent quelques plis. Le stan­dard bri­tan­nique, ap­pli­qué dans les pays de la FCI, a été re­vu en 2012, afin d’évi­ter toute ten­dance à un hy­per­type né­faste pour la san­té. Il est donc sti­pu­lé que la sub­stance ne doit pas se confondre avec de l’obé­si­té, et que le mou­ve­ment doit être ré­gu­lier, avec une bonne pro­pul­sion. La sé­lec­tion avait pro­gres­si­ve­ment orien­té le Car­lin vers une face très plate, ac­cen­tuant for­te­ment le rac­cour­cis­se­ment du chan­frein de l’an­cêtre do­guin. Pour lut­ter contre l’hy­per­type, c’est sur la des­crip­tion de la tête que le stan­dard de 2012 a été le plus mo­di­fié et com­plé­té. La tête est ain­si dé­crite comme as­sez large et pro­por­tion­née au corps (et non plus forte), ronde, avec un chan­frein tron­qué, car­ré, non re­trous­sé, et as­sez court (il était dit court dans la pré­cé­dente ver­sion). Le front est or­né de rides clai­re­ment des­si­nées. Autres nou­velles pré­ci­sions, concer­nant le pli de peau sur­mon­tant la truffe : les rides ex­ces­sives sur le nez sont in­ac­cep­tables ; quant aux na­rines, elles ne doivent pas être pin­cées mais as­sez ou­vertes, le but étant de ne pas fa­vo­ri­ser les pro­blèmes res­pi­ra­toires qui peuvent se po­ser chez les bra­chy­cé­phales. Les yeux à l’iris très fon­cé, pla­cés presque à hau­teur du nez, sont de forme glo­bu­leuse, mais plu­tôt grands (et non plus très grands), et ni ex­hor­bi­tés et pro­émi­nents. L'ar­ti­cu­lé den­taire re­cher­ché est un léger prog­na­thisme ; mâ­choire dé­viée, dents ou langue vi­sibles bouche fer­mée, sont pé­na­li­sables. Les pe­tites oreilles, at­ta­chées haut, sont por­tées à plat sur les cô­tés du crâne, ou bien « en rose » (re­pliées en ar­rière en dé­cou­vrant le conduit au­di­tif). Le poil est ras, lisse, et bien doux (tout par­ti­cu­liè­re­ment sur les oreilles). Deux robes sont ad­mises, qui dans les ex­po­si­tions fran­çaises se jugent tou­jours sé­pa­ré­ment. Le beige, du sable clair à l'abri­cot, est ma­jo­ri­taire dans le chep­tel; il s'orne d'un masque et d'oreilles bien noirs; noirs aus­si sont les grains de beau­té qui ornent les joues, telles les mouches des élé­gantes de cour dont le Car­lin fut ja­dis le pro­té­gé. La robe noire uni­forme doit être aus­si pure que pos­sible; sur la poi­trine, un fi­let de poils blancs est to­lé­ré.

2014, à la tête du groupe Toy. L’aus­tra­lie l’ap­pré­cie aus­si, avec 1311 ins­crip­tions. En Ita­lie, il en comp­tait 869 (pour 2013). Pour 2014, on comp­tait en Suède 646 ins­crip­tions, 448 en Al­le­magne, 374 en Fin­lande, 306 en Es­pagne, 251 aux Pays-bas, 208 en Nor­vège, 193 au Da­ne­mark. Aux Etats-unis, il a ré­cem­ment re­cu­lé : de 17è en 2009 (soit en­vi- ron 12 000 naissances, chiffre ap­proxi­ma­titf puisque de­puis quelques an­nées l’ame­ri­can Ken­nel Club ne dé­voile plus le nombre de ses ins­crip­tions par races…), il est à pré­sent 32è. En France, le club est fon­dé par Mme Mes­pou­let en 1952 (le Bos­ton Ter­rier n’y est pas en­core ad­joint), af­fi­lié à la SCC en 1958. Le Car­lin est d'abord ra­ris­sime, mais à par­tir des an­nées 1970, Mme Mor­tal (del Sol Lle­ban) et Mme Mar­gan­tin (de la Brie) im­portent des chiens an­glais, pré­sentent la race en ex­po­si­tions, la sor­tant de l'ano­ny­mat. A par­tir de la fin des an­nées 1980, le Car­lin est bien lan­cé en France, et pro­gresse ré­gu­liè­re­ment de­puis. En 2014, on comp­tait 1292 ins­crip­tions au LOF, loin der­rière le Bou­le­dogue Fran­çais, mais loin de­vant le Bos­ton Ter­rier ; dans la der­nière dé­cen­nie, les ef­fec­tifs ont dou­blé, et la clien­tèle s’est ra­jeu­nie et diversifiée. La qua­li­té du chep­tel fran­çais est glo­ba­le­ment sa­tis­fai­sante. « L’en­semble évo­lue bien ; il y a en­core peu de top chiens, mais la qua­li­té moyenne aug­mente, avec une meilleure construc­tion, de bonnes os­sa­tures », note Ch­ris­tian Kar­cher, pré­sident du Club Fran­çais du Bos­ton Ter­rier et du Car­lin.

in­flé­chir leur sé­lec­tion, ce­la ne se fait pas en un jour. Mais à pré­sent, on en voit les ré­sul­tats », ex­plique M. Kar­cher. La clien­tèle du Car­lin est po­ten­tiel­le­ment vaste, et l’ex­pan­sion des ef­fec­tifs reste pour le mo­ment re­la­ti­ve­ment par­ral­lèle à celle de la de­mande. Le Car­lin semble, au moins en par­tie, ti­ré par la forte po­pu­la­ri­té du Bou­le­dogue Fran­çais ; « beau­coup de gens hé­sitent entre les deux races, et un cer­tain nombre de néo­phytes le confondent avec le Bou­le­dogue » note M. Cor­dier. « Ceux qui fi­na­le­ment optent pour le Car­lin se dé­cident sou­vent en fonc­tion de son ca­rac­tère. On ne fait pas plus tendre qu’un Car­lin. » En lui en­le­vant une pe­tite lettre, on ob­tient d’ailleurs… un bon gros « câ­lin »!

En­tre­tien et san­té

Comme d’autres races à face courte, le Car­lin n’est pas le plus ré­sis­tant face aux fortes cha­leurs. Par temps de ca­ni­cule, on évite de le sor­tir aux heures cri­tiques, on le ra­fraî­chit si on le trans­porte en voi­ture. Le pli sur le chan­frein, les yeux, sont à net­toyer ré­gu­liè­re­ment. Pour faire briller le poil, on peut éven­tuel­le­ment uti­li­ser une peau de cha­mois. La lon­gé­vi­té est d’une dou­zaine d’an­nées. Les por­tées comptent 4 à 5 chiots en moyenne. La re­pro­duc­tion n’est pas la plus dé­li­cate au sens où les saillies se passent bien, et où les cé­sa­riennes ne sont pas très fré­quentes. En re­vanche, la mère doit être se­con­dée au mo­ment de la mise bas car elle est peu ha­bile voire même peu in­té­res­sée pour s’oc­cu­per des nou­veaux-nés :« même après, sauf ex­cep­tions elle ne se montre pas très at­ten­tive en­vers ses chiots, et l’éle­veur doit veiller à ce qu’elle les al­laite bien », pré­cise M. Cor­dier. La po­li­tique sé­lec­tive du club en ma­tière d’af­fec­tions hé­ré­di­taires com­prend le dé­pis­tage, in­té­gré aux co­ta­tions, de la luxa­tion de la ro­tule (à par­tir de la co­ta­tion 3), ano­ma­lie qui peut concer­ner le Car­lin comme d’autres pe­tites races. « Là aus­si, la sé­lec­tion a por­tée ses fruits, et ce pro­blème s’ob­serve net­te­ment moins qu’au­pa­ra­vant », note M. Kar­cher. Quant aux af­fec­tions ocu­laires, elles existent mais semblent as­sez peu pré­gnantes dans le chep­tel.

1200 à 1800

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