Deux ans de pro­cé­dure pour ré­cu­pé­rer 63 chiens

Dans le pe­tit vil­lage de St Mi­chel de Feins, le 13 dé­cembre 2013, l’éle­veur Pa­trick Tru­meau voit ar­ri­ver chez lui deux re­pré­sen­tants des ser­vices vé­té­ri­naires (DDPP), ac­com­pa­gnés par deux gen­darmes qui lui de­mandent de si­gner un pa­pier les au­to­ri­sant à su

Vos Chiens - - Elevage - Serge San­chès

Se­lon maître Pierre Cor­réard, l’avo­cat de l’éle­veur : « Je connais à pré­sent la tech­nique de la SPA de Pa­ris( contre les

1) éle­veurs. Ils font un cour­rier à un ma­gis­trat di­sant qu’ils n’ont rien pu voir mais que les chiens de tel éle­vage sont mal­trai­tés. Le Par­quet com­mande la sai­sie des chiens. Of­fi­ciel­le­ment, c’est à la suite d’un contrôle qui a lieu sou­vent le ma­tin à huit heures que les chiens sont sai­sis et em­bar­qués dans le ca­mion de la SACPA( qui ar­rive presque tout de

2) suite, ce qui laisse à pen­ser que tout est dé­ci­dé d’avance, avant même le contrôle. Un mois après, un cer­ti­fi­cat vé­té­ri­naire-type dé­clare que les chiens sai­sis sont in­aptes à la cap­ti­vi­té et un juge or­donne la ces­sion des chiens. Dans l’af­faire de mon­sieur Tru­meau, je n’ai pu trou­ver un écrit du Par­quet or­don­nant la sai­sie des ani­maux ». Pa­trick Tru­meau n’est ni un im­por­ta­teur ni un tra­fi­quant de chiens ; il élève dans un pe­tit vil­lage de la Mayenne des chiens de pe­tite race, Shih Tzu, Chi­hua­hua, ins­crits au Livre des Ori­gines Fran­çais. Il vend aux par­ti­cu­liers et par l’in­ter­mé­diaire d’ani­ma­lis. Lors du contrôle, il lui est re­pro­ché de ne pas avoir fait de dalle en bé­ton sous sa benne à fu­mier et de pos­sé­der à l’éle­vage 176 chiens adultes, car cet éle­veur a une au­to­ri­sa­tion pour 170 re­pro­duc­teurs. « En fait, ils ont pas­sé en adultes neuf chiots in­ven­dus qui avaient plus de quatre mois, ex­plique l’éle­veur. Mais ils n’ont pas pris les six de trop, mais soixante trois, pour les conduire au Che­nil Ser­vice de Bet­ton à cô­té de Rennes ». Quelques mois plus tard, la "SPA de Pa­ris" de­mande l’au­to­ri­sa­tion de vendre les chiens. Re­fus du tri­bu­nal. L’éle­veur de­mande à son tour au tri­bu­nal de La­val la res­ti­tu­tion des chiens et il gagne ! Face au re­fus de l’as­so­cia­tion, il doit al­ler de­vant le Juge de l’exé­cu­tion de Rennes pour faire ap­pli­quer cette res­ti­tu­tion. La pre­mière fois, la "SPA de Pa­ris" n’est pas pré­sente ; re­port de deux mois. La deuxième fois, l’avo­cat de la "SPA de Pa­ris" ar­rive trois heures en re­tard ; nou­veau re­port de trois mois. Fi­na­le­ment le tri­bu­nal or­donne la res­ti­tu­tion im­mé­diate des chiens, avec une as­treinte de 9 500 eu­ros par mois.

L’ar­ro­seur ar­ro­sé

La re­mise des chiens se passe très mal (voir en­ca­dré), ce 12 jan­vier 2016. L’éle­veur et son avo­cat man­datent un huis­sier et c’est dans la rue, en plein vent, que chaque chien est aus­cul­té par la vé­té­ri­naire de l’éle­veur sur une table pliante ap­por­tée par l’éle­veur. Au­cun cer­ti­fi­cat de bonne san­té n’est pré­sen­té, ni livre de san­té, ni livre d’en­trées et sor­ties. Il au­ra fal­lu deux ans à Pa­trick Tru­meau pour ré­cu­pé­rer ses chiens « dans un état pi­toyable », dit-il. Sur 63 chiens res­ti­tués, il y a 9 chiots de race in­cer­taine qui sont nés à la four­rière. 11 fe­melles étaient en cha­leur lors de la sai­sie. Qu‘est de­ve­nue la cin­quan­taine

de chiots ? « Ils m’ont ren­du 54 adultes ; neuf sont dé­cé­dé là-bas, soi-di­sant de crise car­diaque, mais je sais de source sûre que la Bou­le­dogue est morte dans la nuit avec un chiot en­ga­gé ; c’est leur vé­té­ri­naire qui l’a confié au mien. J’avais pour­tant bien pré­ci­sé qu’il fal­lait la sur­veiller, car le Bou­le­dogue a des pro­blèmes de mise-bas ».Lors de la sai­sie en 2013, les chiens ont été em­por­tés dans un vé­hi­cule Eu­rop­car ; mais pour la res­ti­tu­tion, « la DDPP nous a dit que si nous trans­por­tions les chiens comme l’a fait la SPA, elle fe­rait fer­mer le site ». Deux poids, deux me­sures ? Heu­reu­se­ment deux col­lègues éle­veurs sont ve­nus avec des vé­hi­cules ho­mo­lo­gués. Lors de cette sai­sie, le vé­té­ri­naire avait in­di­qué dans son rap­port RAS à la plu­part des 63 chiens, ex­cep­té quelques "sus­pi­cions de teigne" et "signe de re­pro­duc­tion in­tense". Mais le compte ren­du (que nous avons sous les yeux), à la sor­tie de la four­rière de la SACPA in­dique de mul­tiples pa­tho­lo­gies, comme "otite gauche", "maigre", "otite droite", "gale d’oreille", "ci­ca­trices ul­cères 2 yeux", "KCS non trai­tée", "mâ­choire in­fé­rieure cas­sée", "traces de mor­sures ré­centes", "her­nies in­gui­nales" etc. P. Tru­meau ex­plique que le même jour, « ma vé­té­ri­naire dé­couvre que tous les car­nets sont blancs ; le vé­té­ri­naire de la SACPA a tam­pon­né des car­nets qui sont hors-la-loi. Lors­qu’il s’en aper­çoit, le gars de la SPA re­prend les car­nets, l’huis­sier l’a consta­té, et il marque sur cha­cun le seul nu­mé­ro de la puce. Ce vé­té­ri­naire donne des car­nets vierges, et nous avons dé­po­sé une plainte contre ce­la ». Quel est le préjudice su­bi par cet éle­veur. Maître Cor­réard va le chiffrer. Au cours de ces deux an­nées, Pa­trick Tru­meau a été contraint de vendre 88 re­pro­duc­teurs, car ses fi­nances étaient au plus bas. Beau­coup de chiens res­ti­tués sont dans un tel état qu’il est in­con­ce­vable de les faire re­pro­duire. Pour­vu que la DDPP ne vienne pas dans les pro­chaines se­maines ac­cu­ser l’éle­veur de l’état la­men­table des chiens qu’il a ré­cu­pé­rés. Ce se­rait un comble ! Se­lon Paul Maussion, le maire de St Mi­chel de Feins, « c’est scan­da­leux de voir des ani­maux sor­tir d’un che­nil dans cet état ». La presse ré­gio­nale, comme Ouest France, a fait un large écho à cette af­faire. La jour­na­liste Au­drey Mau­ny du Haut An­jou n’hé­si­tant pas à ti­trer : L’éle­veur ré­cu­père une par­tie de ses chiens dans un « état dé­plo­rable ». Le len­de­main de la res­ti­tu­tion, un chien est mort chez l’éle­veur, puis un deuxième. « Le pre­mier avait une rup­ture de ver­tèbre cer­vi­cale ; le deuxième était bour­ré d’hé­ma­tomes », nous dit P. Tru­meau. « Comme on nous a dit que les chiens vi­vaient en boxes in­di­vi­duels, quelle est donc la cause de ces coups ? », de­mande-t-il. P. Tru­meau est syn­di­qué au SY­NAPSES. Deux autres syn­di­cats, le SIPAC et la FDSEA de la Mayenne, l’ont sou­te­nu et la pré­fec­ture sait à pré­sent que toute in­ter­ven­tion ir­ré­gu­lière dans cet éle­vage se­ra ac­cueillie par les nom­breux membres de la FDSEA qui se­ront im­mé­dia­te­ment ap­pe­lés. Ce qu’a vé­cu cet éle­veur peut ar­ri­ver chez d’autres, et Pa­trick Tru­meau in­vite les éle­veurs à la pru­dence : « Ces gens-là se croient tout per­mis ! »

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