Sti­mu­lez votre peau, elle vous di­ra mer­ci

En­cou­ra­gés par de nou­velles connaissances sur les ef­fets bio­lo­giques du mas­sage, les la­bos ré­in­ves­tissent le sec­teur de la cos­mé­tique ins­tru­men­tale. Ob­jec­tif : re­pro­duire le plus fi­dè­le­ment pos­sible les ef­fets sti­mu­lants et éner­gi­sants d’un mo­de­lage de pr

Votre Beaute - - DOSSIER - Par Char­lène Fa­vry Pho­to Fré­dé­ric Far­ré Réa­li­sa­tion Lauriane Sei­gnier

dDeux pe­tits pin­ce­ments af­fec­tueux pour faire mon­ter le rose aux joues : per­sonne n’a ou­blié ce geste de beau­té hé­ri­té de nos grands-mères… « Une pion­nière de la cos­mé­tique comme He­le­na Ru­bin­stein était convain­cue qu’une sti­mu­la­tion mé­ca­nique op­ti­mi­sait l’ac­tion des crèmes de soin, ra­conte le cos­mé­to­logue Jannick Thi­roux. D’ailleurs, dans les ins­ti­tuts, l’usage d’ob­jets sti­mu­lants, comme les élec­trodes, les sondes à ul­tra­sons ou les ou­tils de mas­sage, a long­temps été la norme. » En Asie, les rou­leaux de jade sont uti­li­sés de­puis des mil­lé­naires pour re­vi­ta­li­ser et to­ni­fier le visage. Sans oublier le meilleur des ou­tils : la main ! Les mo­de­lages ma­nuels à sec, comme les cé­lèbres pin­ce­ments Jac­quet, de­meurent en­core de nos jours une so­lu­tion im­pa­rable, quoi­qu’un peu oné­reuse, pour re­don­ner du peps et du re­bon­di à un visage un peu fa­ti­gué. Pour­tant, plus la cos­mé­tique a pro­gres­sé, plus ces gestes se sont ré­duits. Comme si les crèmes mo­dernes, aux for­mules et aux tex­tures tou­jours plus perfectionnées, se suf­fi­saient à elles-mêmes. Au tour­nant de l’an 2000, les marques ont néan­moins amor­cé un re­tour vers les ins­tru­ments de beau­té : c’était le dé­but des beauty toys et autres home de­vices. Des ver­sions grand pu­blic des ob­jets au­tre­fois ré­ser­vés aux ca­bines d’ins­ti­tut ou de der­ma­to­lo­gie. Où en est-on au­jourd’hui ?

DES BEAUTY TOYS MA­LINS

Pous­sées par un mar­ché ul­tra dy­na­mique, les marques ont lan­cé des di­zaines de ré­fé­rences : brosses à pi­cots four­nies avec le dé­ma­quillant, em­bouts ap­pli­ca­teurs fu­tu­ristes qui roulent, palpent et pi­votent à 360°, ins­tru­ments élec­triques, ou pas, rou­lettes do­tées de pe­tites ai­guilles cen­sées di­mi­nuer les signes de l’âge. Sé­dui­sants sur le mo­ment, ces ob­jets ont pour­tant eu un suc­cès très re­la­tif : comme si cette quête tech­no­lo­gique, très ins­pi­rée par le suc­cès de la mé­de­cine es­thé­tique, était fi­na­le­ment plus ef­frayante que ras­su­rante… « Ou tout sim­ple­ment un peu trop en avance sur son temps, es­time Jean-Claude Le Jo­liff, bio­lo­giste et pro­fes­seur as­so­cié à l’uni­ver­si­té de Ver­sailles SaintQuen­tin. On ne peut pas vrai­ment par­ler d’un re­nou­veau de la cos­mé­tique ins­tru­men­tale, on s’ins­crit dans la conti­nui­té, la tran­si­tion. En 2014, les femmes ont peut-être mieux in­té­gré l’uti­li­té (et le sur­coût as­so­cié) de ces duos cos­mé­tique + ins­tru­ment. » Une fois ti­rées les le­çons de cette pre­mière vague, place donc à la se­conde gé­né­ra­tion. Des ac­ces­soires qui boostent les ef­fets des soins, pour­quoi pas ? À condition qu’ils soient simples à uti­li­ser et sti­mulent la peau en pro­fon­deur, sans la brus­quer. Et, sur­tout, qu’ils s’in­tègrent fa­ci­le­ment aux ri­tuels beau­té des femmes. « Tout l’en­jeu était de créer une in­ter­face convain­cante entre la main et la peau, qui donne en­vie de l’uti­li­ser tous les jours, et pas de fa­çon anec­do­tique, confie Vé­ro­nique Del­vigne, di­rec­trice scien­ti­fique Lancôme. Ce qui est sûr, c’est que la main ne suf­fit pas : non seule­ment les femmes re­pro­duisent ra­re­ment les ges­tuelles d’ap­pli­ca­tion four­nies dans les no­tices, mais en plus elles ont du mal à avoir un geste to­nique, vrai­ment pro­fond, quand elles ap­pliquent leurs soins pour le visage. » Entre le gadget high-tech, aus­si­tôt ache­té, aus­si­tôt dé­lais­sé, et la ges­tuelle trop com­plexe à res­ti­tuer quand on n’a pas un di­plôme de mas­seuse en poche, une troi­sième voie est donc pos­sible : créer le beauty toy ma­lin qui sau­ra re­pro­duire au plus près le geste d’une main ex­perte.

DU SPORT… À LA BEAU­TÉ

Pour­quoi un tel re­gain d’in­té­rêt pour l’ac­tion ma­nuelle ? « Les ver­tus du mas­sage sur l’état gé­né­ral du corps et de la peau ont tou­jours été connues mais de fa­çon em­pi­rique, sou­ligne Vé­ro­nique Del­vigne. C’est dans le sport de haut ni­veau, no­tam­ment dans le rug­by et le cyclisme, que les pre­mières études sur les ef­fets des mas­sages ont été me­nées. » Dans ces dis­ci­plines très éprou­vantes pour l’or­ga­nisme, les ath­lètes sont mas­sés pour amé­lio­rer leur ca­pa­ci­té de ré­cu­pé­ra­tion et di­mi­nuer leurs dou­leurs. Pour com­prendre à quel point une sti­mu­la­tion ex­terne a un im­pact

sur la bio­lo­gie cel­lu­laire in­terne, des biop­sies ont été ef­fec­tuées jus­qu’au ni­veau mus­cu­laire. Elles ont mon­tré que le mas­sage ac­ti­vait plus de deux cents gènes ! Par­mi eux, s’ex­pri­maient les gènes im­pli­qués dans la dé­toxi­fi­ca­tion, la ré­pa­ra­tion et dans la lutte contre l’in­flam­ma­tion. Par ailleurs, cette contrainte mé­ca­nique sur les tis­sus aug­men­te­rait, via une cas­cade de ré­ac­tions, l’ac­ti­vi­té des mi­to­chon­dries, ces « mini usines » char­gées de fa­bri­quer l’éner­gie cel­lu­laire, le fa­meux ATP. « Confor­tés par ces études, nos la­bo­ra­toires ont vou­lu vé­ri­fier si ces ré­ponses bio­lo­giques se pro­dui­saient éga­le­ment au ni­veau de la peau, et no­tam­ment dans la lutte contre le re­lâ­che­ment cu­ta­né, qui de­meure un des plus grands défis de l’an­ti-âge », ex­plique Vé­ro­nique Del­vigne.

UN NOU­VEAU RI­TUEL

Dans une peau jeune, les fi­bro­blastes sont comme des ten­deurs bien an­crés dans la ma­trice ex­tracel­lu­laire. Mais, avec les an­nées, ceux-ci se dé­crochent et leur fonc­tion ra­len­tit. Les échanges éner­gé­tiques entre mi­to­chon­dries, fi­bro­blastes et ma­trice ex­tracel­lu­laire tournent alors au ra­len­ti, et c’est toute l’architecture du derme qui s’af­faisse. « On a pu mon­trer, via des tests sur des peaux re­cons­truites, qu’une contrainte phy­sique as­sez to­nique sur les tis­sus dé­clen­chait une chaîne de ré­ponses bio­lo­giques, fa­vo­ri­sant l’an­crage des fi­bro­blastes », s’en­or­gueillit Vé­ro­nique Del­vigne. Ne res­tait plus qu’à dé­ve­lop­per l’ou­til ca­pable d’une telle sti­mu­la­tion : un disque de si­li­cone bre­ve­té dont la den­si­té et la pré­hen­sion ont été me­su­rées pour être à la fois as­sez doux (pour ne pas brus­quer la peau) et ri­gide (afin d’agrip­per cor­rec­te­ment les tis­sus). Le geste, ef­fec­tué à sec avant d’ap­pli­quer le soin de nuit, est très in­tui­tif et rap­pelle les mou­ve­ments d’un mo­de­lage pra­ti­qué en ins­ti­tut : Réner­gie French Lift de Lancôme.

ET DE­MAIN ?

« Ce type de duo (ou­til plus soin) a pour avan­tage d’of­frir des ré­sul­tats plus ra­pides sur la to­ni­ci­té de la peau, alors qu’une crème seule va mettre au moins un mois à mon­trer ses pre­miers ef­fets, sou­ligne le cos­mé­to­logue Jannick Thi­roux. Un atout non négligeable à l’heure où la cos­mé­tique an­ti-âge doit sans cesse se ré­in­ven­ter, pour ne pas être dis­tan­cée par la mé­de­cine es­thé­tique. » Du cô­té des fa­bri­cants, l’ému­la­tion est clai­re­ment pal­pable : « Notre but est de pro­po­ser une large gamme d’ap­pli­ca­teurs qui ap­portent un vrai plus et mettent en va­leur le pro­duit sans l’éclip­ser, confie My­lène Meu­nier, di­rec­trice com­mer­ciale et mar­ke­ting de la so­cié­té Cos­mo­gen. On re­cherche en per­ma­nence de nou­veaux ma­té­riaux, comme la cé­ra­mique ou le verre dé­po­li, de nou­velles formes er­go­no­miques… » Tout se joue donc sur l’an­ti-âge ? « À mon sens, le corps est sous-ex­ploi­té, il y a beau­coup à faire à ce ni­veau, no­tam­ment au­tour de la min­ceur. Le ma­quillage aus­si est plein de pro­messes, il suf­fit de voir l’ex­ci­ta­tion en Eu­rope au­tour des fa­meux cu­shions co­réens (cous­si­nets im­bi­bés de fond de teint), sou­ligne My­lène Meu­nier. Notre mis­sion consiste à dé­ve­lop­per les ou­tils qui vont s’adap­ter aux tex­tures de de­main. Nous tra­vaillons no­tam­ment sur des éponges qui pro­curent un ef­fet frais à l’ap­pli­ca­tion. » À noter, l’ar­ri­vée de deux pe­tits nou­veaux qui gad­gé­tisent ma­lin dans la min­ceur : le cof­fret An­ti-Cel­lu­lite Zones Re­belles (avec­ven­touse )de Puressentiel, et le Gym-To­ner de Jeanne Piaubert. À quand l’ou­til qui s’af­fran­chit du soin pour ne plus être seule­ment son faire-va­loir ? Pas sûr que les marques soient prêtes à com­mer­cia­li­ser sous leur nom propre, em­preint d’ima­gi­naire gla­mour et sen­so­riel, des ou­tils in­dé­pen­dants d’une crème. À moins que la ten­dance des ob­jets connec­tés et autres ac­ti­vi­ty tra­ckers (cap­teurs d’ac­ti­vi­té), qui car­tonnent dans le monde du fit­ness, n’at­teigne le monde de la beau­té sous peu : « Le pre­mier bra­ce­let d’ex­po­si­tion so­laire, conçu par la so­cié­té Ne­tat­mo, a été pri­mé lors du der­nier Con­su­mer Elec­tro­nics Show de Las Ve­gas », pré­cise Jean-Claude Le Jo­liff. Bap­ti­sé June, il pour­rait être ven­du, d’ici quelques mois, en as­so­cia­tion avec des pro­duits so­laires. Mais quelle marque ose­ra sau­ter le pas ?

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