“iden­ti­té et beau­té”

Votre Beaute - - TRIBUNE - * Consul­tant dans le ser­vice de chi­rur­gie plas­tique de l’hô­pi­tal Saint-An­toine, à Pa­ris. Au­teur de Chi­rur­gie es­thé­tique & fron­tières de l’iden­ti­té (éd. L’Har­mat­tan).

la chi­rur­gie es­thé­tique pose la ques­tion de l’iden­ti­té et de la beau­té, les deux étant liées dans sa de­mande. Ce­la n’a rien de fri­vole, mal­gré les ap­pa­rences et leurs échos. Il a fal­lu un long temps d’ob­ser­va­tions et de ré­flexions dans un ser­vice de chi­rur­gie plas­tique et es­thé­tique pour ten­ter de ré­pondre à cette double ques­tion. « Le mou­ve­ment ini­tial a été une in­ter­ro­ga­tion de­vant les su­jets confron­tés à la chi­rur­gie : une in­ter­ven­tion vi­ta­le­ment né­ces­saire est dé­jà re­dou­tée, et on s’y sou­met avec ré­si­gna­tion ; une in­ter­ven­tion de chi­rur­gie es­thé­tique, ex­clu­si­ve­ment jus­ti­fiée par la de­mande du pa­tient lui-même, pose donc une énigme. Quel que soit le contexte de cette de­mande, c’est l’idée d’une ré­pa­ra­tion qui vient à l’es­prit. Qui dit ré­pa­ra­tion dit dé­faut : par rap­port à quoi ? Pour­quoi ce su­jet et pas un autre qui semble pour­tant pire ? Il y a donc une faille, qui n’est qu’in­cons­ciem­ment res­sen­tie, dans la construc­tion de la per­sonne, de son iden­ti­té, de ce que les psy­cha­na­lystes ap­pellent “le soi”. Le soi est cette ins­tance qui spé­ci­fie un su­jet en tant que per­sonne in­di­vi­duelle et dif­fé­ren­ciée. Le sen­ti­ment stable du soi est en jeu dans l’ex­pé­rience de chi­rur­gie es­thé­tique, dans la me­sure où l’image de soi est en pre­mière ligne. Dans le geste chi­rur­gi­cal, le su­jet de­mande une ré­pa­ra­tion d’une “per­son­na­tion” fragile ou en dan­ger. « Et la beau­té, me di­rez-vous ? Ma beau­té, votre Beau­té ? Là en­core, la ques­tion n’est pas fri­vole. La consti­tu­tion du soi im­plique aus­si, dans sa pré­co­ci­té, l’éblouis­se­ment ré­ci­proque (nous di­rons es­thé­tique) de la mère et de son bé­bé dans les pre­miers jours de la vie. Regardez une femme al­lai­tant son en­fant, regardez leurs yeux. Ce la­bel es­thé­tique fon­da­teur va su­bir chez tout in­di­vi­du un de­ve­nir conflic­tuel dont la ré­so­lu­tion gé­nère les va­ria­tions res­sen­ties du beau, sources de l’art, de l’or­ga­ni­sa­tion des so­cié­tés... et de la chi­rur­gie es­thé­tique. Dans ce do­maine, si tout se passe bien dans le duo pra­ti­cien­pa­tient, l’in­ter­ven­tion peut avoir un ef­fet ré­so­lu­toire iden­tique, com­plé­men­taire de la ré­pa­ra­tion du soi. « À la ques­tion dé­fi­nis­sant la beau­té, la ré­ponse se­rait alors tout sim­ple­ment : la beau­té, c’est ce que j’aime. Mais on en voit la com­plexi­té et, dans notre exemple, les moyens sou­vent lourds à uti­li­ser. Ce qui rend donc né­ces­saire, pour le pa­tient de sa­voir les en­jeux d’une de­mande qui ne doit ja­mais être im­pul­sive, et pour le chi­rur­gien d’en connaître les bases et de ne ja­mais cé­der à cette im­pul­sion, ni celle de son pa­tient, ni la sienne. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.