NOU­VEL ELDORADO DU GRAND MÉKONG ?

CAM­BODGE

Voyages d'Affaires - - SOMMAIRE - Par Luc Ci­tri­not

l flotte dans les rues de Ph­nom Penh comme un air de toute nou­velle pros­pé­ri­té. La ca­pi­tale, ré­pu­tée au­tre­fois comme la ville jar­din de l’In­do­chine, est dé­sor­mais vic­time d’em­bou­teillages qua­si in­ces­sants du­rant la jour­née. Par­tout on dé­truit, on construit, on élar­git. De fait, Ph­nom Penh res­semble à un gi­gan­tesque chan­tier et les pro­jets –cer­tains sans vrai fon­de­ment éco­no­mique, d’autres par­fois sur­di­men­sion­nés – se

mul­ti­plient. “On va construire au nord-ouest de Ph­nom Penh un nou­vel éco­quar­tier au­tour du fu­tur Stade Na­tio­nal où se tien­dront les jeux d’Asie du Sud-Est de 2023, dit le mi­nistre du tou­risme, le doc­teur Thong Khon. Ce quar­tier se­ra re­lié par un mé­tro aé­rien avec le centre-ville.”

Il est vrai que la crois­sance du Cam­bodge est re­mar­quable, le pays comp­tant par­mi les plus dy­na­miques de l’As­so­cia­tion des Pays d’Asie du Sud Est (ASEAN). De­puis le dé­but de la dé­cen­nie, le PIB a cru d’un peu plus de 7 % en moyenne an­nuelle. Et ce n’est pas fi­ni, puisque la Banque Mon­diale s’at­tend à une pro­gres­sion de 6,9 % en 2017 et en 2018, grâce à la hausse des dé­penses pu­bliques et l’es­sor de l’agri­cul­ture et du tou­risme, com­pen­sant le re­pli des sec­teurs du bâ­ti­ment et de l’ha­bille­ment.

Certes, le PIB par ha­bi­tant reste l’un des plus bas de la zone ASEAN avec 1 160 dol­lars par an et par per­sonne. Ce qui est cinq fois moins que la Thaï­lande voisine et deux fois moins que le Viet­nam. Ce­pen­dant, il faut tout de même no­ter que ce PIB a tri­plé en l’espace d’une dé­cen­nie ! La Banque Asia­tique pour le Dé­ve­lop­pe­ment (ADB) re­lève ain­si que le pour­cen­tage de Cam­bod­giens vi­vant sous le seuil de pau­vre­té est pas­sé en 20 ans de 50 % à 20 %. Les signes de l’émer­gence d’une classe moyenne sont d’ailleurs bien vi­sibles dans les rues de la ca­pi­tale cam­bod­gienne. Le ca­bi­net Knight Frank dé­nombre par exemple 72 pro­jets d’im­meubles ré­si­den­tiels pri­vés d’ici 2020, soit une crois­sance de l’offre d’ap­par­te­ments de 641 % ! De la même ma­nière, les res­tau­rants élé­gants se mul­ti­plient, en même temps que les ru­ti­lants centres com­mer­ciaux et leur co­horte ha­bi­tuelle d’en­seignes in­ter­na­tio­nales, la consom­ma­tion de­ve­nant un mo­teur de la crois­sance du royaume.

Cet es­sor s’ap­puie éga­le­ment sur le dé­ve­lop­pe­ment d’in­fra­struc­tures qui per­met­tront de mieux ré­par­tir les fruits de cette ai­sance nou­velle à l’en­semble du pays. Car, pour l’ins­tant, ce sont sur­tout la ca­pi­tale Ph­nom Penh, la ville de Siem Reap, porte d’en­trée des cé­lèbres temples d’Ang­kor, ain­si que la zone cô­tière au­tour de Si­ha­nouk­ville et Kam­pot qui en tirent le plus de bé­né­fices. La mo­der­ni­sa­tion du ré­seau rou­tier, avec voies express vers le Viet­nam et la Thaï­lande, fait par­tie des plans, tan­dis que, sur l’ axe nord-sud c’est le ré­seau fer­ro­viaire qui pro­gresse. Ain­si en 2016, après

La Banque Mon­diale s’at­tend à une pro­gres­sion de 6,9 % en 2017 et en 2018, grâce à la hausse des dé­penses pu­bliques et l’es­sor de l’agri­cul­ture et du tou­risme.

15 ans d’in­ter­rup­tion, des trains ont cir­cu­lé entre Ph­nom Penh et la côte. Dans le trans­port aé­rien, trois aé­ro­ports in­ter­na­tio­naux sont ou­verts, gé­rés par une fi­liale de Vin­ci.

La France a de fait une pré­sence re­la­ti­ve­ment im­por­tante au Cam­bodge. On es­time la com­mu­nau­té d’ex­pa­triés à quelque 7 000 per­sonnes, tan­dis qu’une cin­quan­taine de grandes en­tre­prises et une cen­taine de PME tri­co­lores se sont im­plan­tées dans le pays. Outre Vin­ci et ses aé­ro­ports, Ac­corho­tels est un ac­teur très im­por­tant dans le sec­teur de l’in­dus­trie du tou­risme, avec no­tam­ment deux éta­blis­se­ments So­fi­tel, tan­dis qu’EDF gère le ré­seau élec­trique. Par ailleurs, on ne compte plus à Ph­nom Penh le nombre de bou­lan­ge­ries, de bou­tiques d’ar­ti­sa­nat, d’en­tre­prises dans le do­maine agroa­li­men­taire qui sont des éma­na­tions de l’Hexa­gone. La France a donc un vrai atout à jouer dans le sec­teur des ser­vices, pro­ba­ble­ment plus que dans ce­lui des grosses in­fra­struc­tures, celles-ci étant très sou­vent l’apa­nage des en­tre­prises chi­noises, mas­si­ve­ment ins­tal­lées en rai­son des liens très forts entre gou­ver­ne­ments chi­nois et cam­bod­gien.

Le Cam­bodge est d’ailleurs l’un des pays les plus ac­ces­sibles pour une im­plan­ta­tion au sein de l’ASEAN. Car l’un de ses plus gros atouts, et non des moindres, se trouve dans la pos­si­bi­li­té d’ou­vrir une fi­liale, voire car­ré­ment une en­tre­prise sans avoir obli­ga­toi­re­ment be­soin de s’as­so­cier à une per­sonne ou à une so­cié­té lo­cale. Les for­ma­li­tés sont ré­duites au mi­ni­mum, l’au­to­ri­sa­tion de sé­jour longue du­rée des plus simples, avec la mise en place d’un vi­sa va­lable jus­qu’à trois ans, tan­dis que les droits de douanes et les im­pôts sur les so­cié­tés res­tent re­la­ti­ve­ment faibles. Seule ombre au ta­bleau : une cor­rup­tion pas vrai­ment sys­té­ma­tique, mais sou­vent bien réelle.

Une im­plan­ta­tion au Cam­bodge s’étaye sur une longue tra­di­tion de co­opé­ra­tion avec la France, qui re­monte bien sûr à la pé­riode co­lo­niale et qui a per­du­ré après l’in­dé­pen­dance grâce à la fran­co­phi­lie de la famille royale, no­tam­ment de l’an­cien roi Si­ha­nouk et au­jourd’hui de son fils, le roi Si­ha­mo­ni. Il est vrai que Ph­nom Penh offre en­core une cer­taine dou­ceur de vivre, mé­lange unique de cultures khmère et fran­çaise. Les vieilles villas co­lo­niales – du moins celles qui ne sont pas dé­truites – ont des ré­mi­nis­cences de Pro­vence ou de Normandie. Et l’on ren­contre par­fois de jeunes Kh­mers ra­vis de chan­ter Frère Jacques ou Au clair de la

lune aux vi­si­teurs. Une re­la­tion à culti­ver !

On es­time la com­mu­nau­té fran­çaise à 7 000 per­sonnes. Une cin­quan­taine de grandes en­tre­prises et une cen­taine de PME tri­co­lores sont aus­si im­plan­tées dans le pays.

Le mar­ché cen­tral de Ph­nom Penh

Ri­zières dans les vil­lages proches de Siem Reap

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