LE MONDE EST UNE GOUR­MAN­DISE

PIERRE HER­MÉ

Voyages d'Affaires - - SOMMAIRE - Propos re­cueillis par Serge Bar­ret

À l’étran­ger, je pro­fite de tous mes mo­ments de li­ber­té pour dé­cou­vrir, je­ter un re­gard sur les autres cultures…

Je dé­teste les aé­ro­ports, tous les aé­ro­ports… Trop de gens, trop de stress ; le mien, ce­lui des autres. Trop de bruit, trop de trop. Je suis un vrai ours dans un aé­ro­port. Je me ferme. On me de­mande si je ne les trouve pas un peu plus ac­cueillants main­te­nant, on me dit que des tas d’ef­forts ont été faits… On me dit tout ça. Mais, quant à moi, je me contente de consta­ter qu’ils ont ten­dance à être un peu moins bar­bares, peut-être.

Dès l’en­fance, mes pa­rents m’em­me­naient en va­cances en France et en Eu­rope uni­que­ment, parce que c’est plus fa­cile de voya­ger en voi­ture avec des en­fants. Et j’ai­mais ce­la. Au­jourd’hui, j’ai gar­dé ce goût de l’ailleurs, même si je fais énor­mé­ment de dé­pla­ce­ments dans le cadre de mon mé­tier. En fait, je pro­fite de tous mes mo­ments de li­ber­té pour dé­cou­vrir quelque chose de nou­veau, pour je­ter un re­gard sur les autres cultures, sur l’his­toire et plus gé­né­ra­le­ment sur toutes les formes d’ex­pres­sion ar­tis­tique, l’ar­chi­tec­ture, l’art contem­po­rain. C’est ain­si que j’ai dé­cou­vert, il y a quelques an­nées, un ex­tra­or­di­naire centre d’art contem­po­rain à ciel ou­vert, In­ho­tim, au Bré­sil ou bien en­core et, sur le même prin­cipe, l’île de Te­shi­ma, au Ja­pon.

J’y suis bien al­lé une cin­quan­taine de fois au Ja­pon ; et j’y vais en­core sou­vent. J’adore. On est là-bas dans un autre monde, un uni­vers her­mé­tique où l’on ne com­prend rien à l’écri­ture et où les gens, fi­na­le­ment, ne parlent que très peu l’an­glais. Vrai­ment, ce n’est pas une culture fa­cile à ap­pri­voi­ser. Et, malgré mes dif­fé­rents sé­jours, j’y dé­couvre à chaque fois quelque chose de nou­veau, de sur­pre­nant. Quand mes obli­ga­tions m’en laissent le temps, j’en pro­fite pour pré­pa­rer mon voyage, pour m’or­ga­ni­ser des ren­contres avec des pro­duc­teurs de thé, par exemple, ou de wa­sa­bi, et même de blé.

Tout ce qui concerne la gastronomie m’in­té­resse, et pas qu’au Ja­pon. Le sa­lé, le su­cré, la bou­lan­ge­rie, les in­gré­dients, tout cet en­semble de choses. À l’étran­ger, un tour au su­per­mar­ché m’en ap­prend beau­coup sur les ha­bi­tudes ali­men­taires du pays. Je suis aus­si par­fai­te­ment ca­pable de tra­ver­ser une rue pour voir ce qui est ex­po­sé dans la vitrine d’une pe­tite bou­lan­ge­rie de quar­tier. C’est d’ailleurs comme ça qu’à Sète, j’ai dé­cou­vert em­pi­lées dans la vitrine d’une bou­lan­ge­rie des es­pèces de pe­tites pe­lotes. On au­rait dit des bo­bines de fil, mais c’était de la pâte. Ça s’ap­pelle des pâ­tés de Pé­ze­nas, c’est su­cré sa­lé, et c’est ab­so­lu­ment dé­li­cieux. Du coup, un jour, j’en ai fait.

J’aime bien aus­si voir des confrères. Mais quand je dis des confrères, je prends le mot dans son sens le plus large ; ils peuvent être aus­si bien cui­si­niers que pâ­tis­siers ou char­cu­tiers, que ce soit ici en France, ou à l’étran­ger. On échange, on plai­sante, on se ra­conte nos his­toires et on s’ex­pose nos der­niers dé­fis. Car tra­di­tion­nel­le­ment, on aime bien les dé­fis dans nos mai­sons. Mon der­nier pa­ri ? Trou­ver une re­cette qui nous per­mette d’en­voyer des ma­ca­rons dans l’espace, comme un ca­deau lan­cé de­puis la terre à Tho­mas Pes­quet lors­qu’il était là-haut, seul dans sa sta­tion spa­tiale. Ça n’a pas été fa­cile, mais j’ai ado­ré faire ça. Au fond, j’ai­me­rais bien moi aus­si al­ler dans l’espace. C’est le rêve de tous les hu­mains, non ?

SES DATES CLÉS

20 no­vembre 1961 Nais­sance à Col­mar.

Août 1976

En­trée en ap­pren­tis­sage chez Gas­ton Le­nôtre.

1998

Créa­tion de la Mai­son Her­mé.

22 fé­vrier 2017

Ar­ri­vée des ma­ca­rons Pierre Her­mé dans la sta­tion or­bi­tale in­ter­na­tio­nale.

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