L’INTELLIGENCE SE FAIT ARTIFICIELLE

Voyages d'Affaires - - ÉDITO - SERGE BARRET Ré­dac­teur en chef

L’image de Singapour, c’est avant tout la fi­nance. Une spé­cia­li­sa­tion vé­ri­fiée par tous les pal­ma­rès qui si­tuent la ci­té-État entre le troi­sième et le qua­trième rang dans le clas­se­ment mon­dial, et entre le pre­mier et le deuxième pour ce qui concerne l’Asie. Mais ça, c’était avant. Car Singapour, dé­sor­mais sûre d’elle dans les sec­teurs éco­no­mique et fi­nan­cier, s’ap­pro­prie tout ce qui touche, de près ou de loin, à l’intelligence artificielle : vie quo­ti­dienne, trans­ports, aide à la per­sonne, sé­cu­ri­té, sto­ckage... Clai­re­ment, la ci­té-État veut de­ve­nir pion­nière par­tout où s’im­posent les nou­velles tech­no­lo­gies, vivre en quelque sorte comme une “smart na­tion” dans une “smart ère”. L’af­faire est d’ailleurs bien avan­cée, puisque la ville concentre d’ores et dé­jà 40 % de la pro­duc­tion mon­diale de disques durs et brille dans le big da­ta avec des ap­pli­ca­tions très pré­sentes dans des do­maines aus­si va­riés que la banque, le tou­risme et les loi­sirs, la sé­cu­ri­té ou en­core la pla­ni­fi­ca­tion ur­baine. Les en­tre­prises fran­çaises l’ont bien com­pris, qui sont près de 800 à Singapour à in­ter­ve­nir dans la mo­bi­li­té in­tel­li­gente, la bio­tech, la clean-tech ou la cy­ber­sé­cu­ri­té. En plus mé­dia­tique parce que pal­pable au quo­ti­dien, c’est du cô­té de la ro­bo­tique axée sur l’aide à la per­sonne que les Sin­ga­pou­riens pla­ni­fient leur fu­tur proche. Ce­la donne des Au­ra, des So­fie ou des Zoé qui, pour por­ter de bien jo­lis pré­noms, n’en res­semblent pas moins à des ma­chines à la­ver ou à des as­pi­ra­teurs in­dus­triels. Au­ra, par exemple, est but­ler de pro­fes­sion. Il cir­cule donc à tra­vers les étages d’un hô­tel et se tient à la dis­po­si­tion des clients pour leur ap­por­ter sur de­mande bou­teilles d’eau et ame­ni­ties. De son cô­té, un cer­tain Te­chi, très moche lui aus­si, se charge car­ré­ment du room ser­vice, tan­dis que son cou­sin Ro­bie col­lecte et dis­tri­bue le linge... Reste Zoé, une voi­ture élec­trique sans chauf­feur conçue par Re­nault et qui de­vrait of­fi­cier en tant que taxi dès 2018, et sur­tout Na­dine, un ro­bot presque hu­main – vê­te­ments, che­veux blonds fi­lasses et chou­pette coif­fant un mi­nois comme bo­toxé – conçu pour as­sis­ter les per­sonnes âgées. Au fond, avec ses airs de nurse at­ten­tion­née, elle fait peur, Na­dine. Et sou­lève bien des in­ter­ro­ga­tions – tout comme ses com­plices d’ailleurs –quant à l’iso­le­ment des per­sonnes, aux risques fu­turs d’ab­so­lue so­li­tude. Même si, a prio­ri, les ro­bots ne sont là que pour ai­der les vi­vants et non les rem­pla­cer. On n’en de­mande d’ailleurs pas plus. Sur­tout pas plus.

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