UTRECHT L’IN­TEL­LI­GENCE SANS AR­TI­FICES

Sous ses airs non­cha­lants, à l’ombre du plus haut clo­cher des Pays-Bas, la jo­lie ci­té mé­dié­vale de 340 000 ha­bi­tants pos­sède une vraie force de frappe en ma­tière d’in­no­va­tion : son uni­ver­si­té, par­mi les plus ré­pu­tées d’Eu­rope.

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Àflâ­ner par­mi les ca­naux, les ruelles mé­dié­vales, les bé­gui­nages et les parcs d’Utrecht, rien ne lais­se­rait soup­çon­ner qu’entre 2010 et 2013, la ré­gion a été re­con­nue comme la plus com­pé­ti­tive d’Eu­rope. De­vant Londres et Pa­ris ! Et pour ce faire, Utrecht a pu comp­ter sur son atout par­ti­cu­lier : son uni­ver­si­té, fon­dée en 1636 et qui fi­gure dans le top 10 des meilleures ins­ti­tu­tions d’en­sei­gne­ment su­pé­rieur eu­ro­péennes. Si­tuée sur un cam­pus ver­doyant de plus de 300 hec­tares, à une ving­taine de mi­nutes de bus du centre-ville – fin 2018, un tram ex­press les re­lie­ra en trois fois moins de temps –, l’uni­ver­si­té d’Utrecht est un vé­ri­table pôle d’in­no­va­tion. En tout, elle em­ploie 7 000 sa­la­riés, gé­nère plus de 800 mil­lions d’eu­ros de re­ve­nus an­nuels, compte près de 30 000 étu­diants et dé­livre chaque an­née 9 000 di­plômes. Mais sur­tout, elle ac­cueille des la­bo­ra­toires du fu­tur.

Le pro­fes­seur Bert van der Zwaan, rec­teur de l’uni­ver­si­té et pa­léon­to­logue de for­ma­tion, est un pion­nier en ma­tière d’in­ter­ac­tion entre le monde aca­dé­mique, la re­cherche et les en­tre­prises. À son ar­ri­vée à la tête de l’ins­ti­tu­tion, en 2011, ce­lui qui est aus­si l’au­teur d’un texte consa­cré à l’ave­nir des uni­ver­si­tés, Hi­gher Edu­ca­tion

in 2040, met un point d’hon­neur à créer un im­pact sur la so­cié­té, sur le bien-être

ur­bain. “L’uni­ver­si­té n’est pas une tour d’ivoire. C’est un lieu de réflexion qui doit amé­lio­rer la vie, ap­por­ter de l’ex­cel­lence, et ce de ma­nière très concrète”, ex­plique-t-il.

IN­CU­BA­TEURS SUR LE CAM­PUS

Cette in­ter­ac­tion entre le monde de l’es­prit et ce­lui du tra­vail se ma­té­ria­lise par la pré­sence, sur le cam­pus, de près de 160

start-up. “On compte dé­jà cinq in­cu­ba­teurs sur le cam­pus, et nous of­frons des es­paces de tra­vail, des conseils, du sui­vi et toutes sortes d’op­por­tu­ni­tés aux étu­diants qui veulent se lan­cer dans l’entrepreneuriat”, pour­suit le rec­teur. Cercle ver­tueux : ces start-up es­tu­dian­tines, re­pré­sen­tant près de 1 200 em­plois, créent de la ri­chesse pour l’uni­ver­si­té qui en est ac­tion­naire.

“Les in­cu­ba­teurs ins­tal­lés sur le site de l’uni­ver­si­té ac­cueillent tout aus­si bien de mi­nus­cules struc­tures que de grandes en­tre­prises. C’est aus­si cette di­ver­si­té qui rend notre ins­ti­tu­tion et notre ré­gion aus­si

com­pé­ti­tives”, af­firme Bert van der Zwaan. D’ailleurs, 70 % des jeunes di­plô­més de l’uni­ver­si­té d’Utrecht trouvent un em­ploi dans les deux ans qui suivent la fin de leurs

études. “Ce qui nous dif­fé­ren­cie un peu des autres uni­ver­si­tés, c’est que nous es­sayons non seule­ment d’at­ti­rer les grandes en­tre­prises, mais aus­si les grandes ins­ti­tu­tions de re­cherche comme, par exemple, Da­none Nu­tri­cia, l’ins­ti­tut spé­cia­li­sé dans le do­maine de l’eau Del­tares ou en­core TNO, qui se consacre au dé­ve­lop­pe­ment du­rable. L’es­sen­tiel est d’in­té­grer des start-up tech­no­lo­giques à un éco­sys­tème riche d’un sa­voir di­ver­si­fié”, dé­crit le rec­teur. Ce­pen­dant, les sciences hu­maines ne sont en rien né­gli­gées. “Nous ve­nons

L’in­ter­ac­tion entre le monde de l’es­prit et ce­lui du tra­vail se ma­té­ria­lise par la pré­sence, sur le cam­pus de l’uni­ver­si­té d’Utrecht, de près de 160 start-up.

d’or­ga­ni­ser une belle ex­po­si­tion sur la lit­té­ra­ture du Moyen-Âge”, sou­ligne-t-il. Comme beau­coup d’uni­ver­si­tés hol­lan­daises, celle d’Utrecht se base sur

un sys­tème ou­vert et créa­tif. “Il faut re­con­naître que l’édu­ca­tion pri­maire et se­con­daire en Hol­lande est glo­ba­le­ment très bonne. Les jeunes parlent très tôt l’an­glais et sont pour la plu­part très au fait de ce qui se passe dans le monde,

conti­nue Bert van der Swaan. C’est un atout lors­qu’ils ar­rivent dans l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur.” Cet état d’es­prit per­met aus­si de tis­ser de nom­breuses pas­se­relles entre l’am­phi­théâtre et la vraie vie.

Ac­tuel­le­ment, l’uni­ver­si­té a ins­tal­lé quatre “li­ving labs” en ville où les cher­cheurs planchent en si­tua­tion réelle. “Ils tra­vaillent dans les écoles sur un pro­jet concer­nant l’im­pact du ter­ro­risme sur la jeu­nesse, d’autres s’in­té­ressent à l’éner­gie et à la fa­çon de rendre une ville plus du­rable, d’autres en­core étu­dient des ques­tions concer­nant la vieillesse”, conclut le rec­teur de l’uni­ver­si­té. Pour ce der­nier pro­jet, une mai­son de re­traite où les pa­tients sont très âgés et/ou dé­ments a ou­vert ses portes à la po­pu­la­tion grâce à un ca­fé et un ci­né­ma. Au­tour d’une bière ou d’un film, les uni­vers se croisent, les fron­tières so­ciales de­viennent de plus en plus po­reuses. Pa­ral­lè­le­ment, le dé­par­te­ment IT étu­die un sys­tème qui per­met­trait aux pen­sion­naires âgés privés de leurs fonc­tions cog­ni­tives de pou­voir conti­nuer à se pro­me­ner en ville sans ris­quer de se perdre.

Mais l’uni­ver­si­té d’Utrecht n’est pas la seule ins­ti­tu­tion pré­sente sur le cam­pus, qui compte aus­si un ins­ti­tut de sciences ap­pli­quées et cinq hô­pi­taux uni­ver­si­taires. En outre, le Prin­cess Maxi­ma, hôpital d’on­co­lo­gie pé­dia­trique, de­vrait ou­vrir avant l’été 2018.

Au to­tal, toutes ins­ti­tu­tions confon­dues, la ville comp­te­rait près de 60 000 étu­diants. “Un cer­tain nombre d’ins­ti­tu­tions et de start-up du cam­pus sont ins­tal­lées sur

Science Park, créé en 2012”, ex­plique Tom Strae­ter, porte-pa­role du Science Park. Entre les bâ­ti­ments ul­tra-contem­po­rains, 100 % verts, dont cer­tains sont en­core en construc­tion, des bancs mu­nis de pan­neaux solaires per­mettent de re­char­ger un té­lé­phone ou un or­di­na­teur en toute “green at­ti­tude”. Or­ga­ni­sa­tion à but non lu­cra­tif fon­dé sous l’égide de l’uni­ver­si­té d’Utrecht, de l’Ins­ti­tut des Sciences Ap­pli­quées, du Centre mé­di­cal, de la ville et de la pro­vince, le Science Park a pour ob­jec­tif de faire se ren­con­trer les ta­lents et de mettre en avant deux do­maines éco­no­miques spé­ci­fiques à Utrecht : les sciences de la vie et le dé­ve­lop­pe­ment du­rable. “Nous en­ten

dons créer de l’in­no­va­tion so­ciale”, af­firme Tom Strae­ter. Car la qua­li­té de vie prime dans cet Eden éco­no­mi­co-in­tel­lec­tuel.

Le Science Park a pour ob­jec­tif de faire se ren­con­trer les ta­lents et de mettre en avant deux do­maines spé­ci­fiques à Utrecht : les sciences de la vie et le dé­ve­lop­pe­ment du­rable.

1 — De­puis la gare cen­trale, Utrecht est re­liée en une de­mi-heure aux autres villes de la Rand­stad.

2 — In­ven­tif et du­rable : conçu par Rem Kool­haas pour ac­cueillir des salles d’études et de confé­rences, l’Edu­ca­to­rium ré­sume les va­leurs fortes de l’uni­ver­si­té d’Utrecht.

Sillon­née par presque au­tant de ca­naux qu’Am­ster­dam sa voi­sine, douce à vivre, Utrecht compte sur la force de la jeu­nesse de­puis 1634, avec son uni­ver­si­té pres­ti­gieuse qui fait d’elle la tête pen­sante de la Rans­tad.

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