JEAN-MARIE PÉRIER MILLE ET UN TOURS DU MONDE

Pho­to­graphe, ci­néaste, écri­vain… ren­du cé­lèbre par ses cli­chés des yéyés des an­nées 60, JeanMa­rie Périer a tout vu, tout vé­cu et fait les plus beaux voyages du monde. Au­jourd’hui, il ne se dé­place pra­ti­que­ment plus qu’en voi­ture à tra­vers la France à l’oc

Voyages d'Affaires - - CARNET DE VOYAGES - Pro­pos re­cueillis par Serge Bar­ret

Évi­dem­ment que j’ai de la nos­tal­gie ! Tous ceux qui disent qu’ils n’ont pas la nos­tal­gie des an­nées 60 sont des men­teurs ! Je me mar­rais beau­coup plus à 25 ans qu’à 78, ça c’est sûr ! Mon pre­mier grand voyage, c’est à 16 ans que je l’ai fait. C’était avec mon père qui, comme je ne fai­sais rien à l’école, m’a em­me­né à Rome sur un tour­nage de Fel­li­ni, Les nuits de Ca­bi­ria, avec lui et Giu­liet­ta Mas­si­na dans les rôles prin­ci­paux. C’était hal­lu­ci­nant ; le bruit, les lu­mières, la ren­contre avec Fel­li­ni, tout… C’est à par­tir de là que tout s’est en­chaî­né. On m’a pré­sen­té Da­niel Fi­li­pac­chi qui avait un ma­ga­zine de jazz et qui m’a de­man­dé “tu veux par­tir en tour­née avec El­la Fitz­ge­rald ?” Et je me suis re­trou­vé, à 16 ans, au fes­ti­val de Juan-les-Pins avec El­la Fitz­ge­rald et Miles Da­vis.

Un peu plus tard, à 22 ans, ça a été l’aven­ture Sa­lut les Co­pains où je n’avais au­cune li­mite, ni dans les moyens, ni dans l’ima­gi­na­tion. J’ai fait le tour du monde je ne sais com­bien de fois, j’em­me­nais les ar­tistes en Amé­rique, en Inde, au Ma­roc ou au Da­ne­mark… C’est comme ça que j’ai ren­con­tré les Beatles, les Rol­ling Stones, James Brown et tous les autres dans une vraie fo­lie. C’était vrai­ment une autre époque. J’ai car­ré­ment connu les Su­per Constel­la­tion, avec les hô­tesses qui vous ac­cueillent en bas de la pas­se­relle. Ou bien en­core des vols avec moi tout seul comme pas­sa­ger et huit hô­tesses à ma dis­po­si­tion. Main­te­nant, c’est sûr, les avions sont confor­tables, mais à condi­tion de voya­ger en bu­si­ness. Parce qu’en fond de ca­bine, c’est pas la même mu­sique. Et c’est pa­reil pour les aé­ro­ports : trop de monde, trop de foule, trop de fouilles…

Je connais bien les États-Unis. J’y ai même vé­cu pen­dant 10 ans, entre Los An­geles et New York, à faire des films de pu­bli­ci­té. Mais il y a plein de pays où je n’ai rien vu. L’Inde par exemple, avec Jacques Du­tronc : j’ai rien vu de l’Inde, je n’ai vu que Du­tronc. Ex­tra­or­di­naire ! Cet homme est com­plè­te­ment fou. C’est bien simple, il arrive quelque part et deux heures plus tard, c’est tout le lieu qui est de­ve­nu dingue. De même, la tour­née des Rol­ling Stones en 1969 à sillon­ner les États-Unis dans leur avion pri­vé, avec un Keith Ri­chards n’ayant ja­mais la moindre idée du lieu où il se trou­vait.

Je n’ai ja­mais voya­gé pour faire du tou­risme. Je voyage pour tra­vailler, c’est ça qui m’amuse. Je crois qu’on ne connaît vrai­ment un pays que lors­qu’on y tra­vaille ; pas quand on le visite en pho­to­gra­phiant tout et n’im­porte quoi en ou­bliant de le re­gar­der. Moi, c’était dif­fé­rent, je ne fai­sais que des photos mises en scène. Le reste du temps, je le pas­sais avec les ar­tistes, je vi­vais leur quo­ti­dien pour mieux les com­prendre et donc mieux tra­vailler.

J’ai hor­reur du grand luxe. Pour moi, le luxe, c’est tout, sauf les res­tau­rants où on te sert une es­pèce de Mon­drian avec deux poi­reaux et trois traits de vi­naigre en te sou­hai­tant bonne conti­nua­tion. Pa­reil pour les hô­tels ; pas de pa­lace, sur­tout pas de pa­lace, avec des gens qui te portent tes va­lises dès lors que tu as trois mètres à faire. Ça me rend fou. Je pré­fère de loin les en­droits re­cu­lés, des lieux qu’on ne trouve qu’avec le guide du Rou­tard. J’adore le Guide du Rou­tard. Même si je suis un peu gê­né par le mot. Rou­tard ! C’est pas tout à fait mon truc. »

Je n’ai ja­mais voya­gé pour faire du tou­risme. Je voyage pour tra­vailler, c’est ça qui m’amuse.

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