HÔ­TEL­LE­RIE UN GOÛT PLUS OCCIDENTALISÉ

L’hô­tel­le­rie pékinoise joue de plus en plus la so­brié­té, dé­lais­sant les grands lob­bys do­rés pour la clar­té et la dou­ceur d’une es­thé­tique ré­so­lu­ment contem­po­raine.

Voyages d'Affaires - - SOMMAIRE - E ven­dre­di soir, les voi­tures roulent au pas sur San­li­tun Road. Des jeunes gens ul­tra loo­kés se font dé­po­ser de­vant les nou­veaux res­tau­rants ou­vrant les uns après les autres dans le quar­tier le plus pri­sé du mo­ment. Voi­ci l’épi­centre du Pé­kin mo­derne, là

Le ven­dre­di soir, les voi­tures roulent au pas sur San­li­tun Road. Des jeunes gens ul­tra loo­kés se font dé­po­ser de­vant les nou­veaux res­tau­rants ou­vrant les uns après les autres dans le quar­tier le plus pri­sé du mo­ment. Voi­ci l’épi­centre du Pé­kin mo­derne, là où a ou­vert l’In­ter­Con­ti­nen­tal San­li­tun fin 2016, dans une tour ex­tra­va­gante aux al­lures de ruche fu­tu­riste. Le beau lob­by par­fu­mé au thé vert at­tire aus­si bien les voya­geurs que la clien­tèle lo­cale, cu­rieuse des cinq res­tau­rants qu’offre l’éta­blis­se­ment. L’at­mo­sphère est d’une grande fraîcheur, do­mi­née par le bois, le cuir, le marbre clair et le lai­ton. Des plantes et des ta­pis aux cou­leurs pleines de peps donnent une note fa­cé­tieuse à l’en­droit, ten­dance ré­tro chic à la­quelle ré­pond la bri­gade de jeunes but­lers et concierges, prêts à ai­der les voya­geurs à toute heure du jour et de la nuit.

SI­LENCE BIENFAISANT

Cô­té chambres, 299 au to­tal, ce sont des lits pro­fonds po­sés contre des têtes en cuir beige, tra­vaillé pour fi­ler la mé­ta­phore de la ruche. Tout ici re­pose sur la tech­no­lo­gie : sys­tème au­dio de der­nière gé­né­ra­tion, TV in­ter­ac­tive, éclai­rage conçu pour éli­mi­ner la fa­tigue des dé­ca­lages ho­raires. Cette re­cherche et ce sens du dé­tail se re­trouvent au 22 e étage, dans le su­blime bu­si­ness lounge où sont ser­vis pe­tits re­pas et bois­sons tout au long de la jour­née. Dans ce co­con de cou­leurs douces, on sur­plombe San­li­tun, et c’est un si­lence bienfaisant après les jour­nées ha­ras­santes que gé­nère la ca­pi­tale de 23 mil­lions d’âmes…

On le sent, cette sé­ré­ni­té, cette beau­té à la fois poé­tique et très contem­po­raine man­quait cruel­le­ment à Pé­kin, où le clin­quant était jus­qu’ici de mise dans l’hô­tel­le­rie de luxe. C’est ain­si qu’après l’In­ter­Con­ti­nen­tal San­li­tun, a été inau­gu­ré en 2017 un Bvl­ga­ri Ho­tel, qua­trième de la marque dans le monde à l’époque et pre­mier hô­tel en Chine conti­nen­tale avant d’être re­joint en juin der­nier par un éta­blis­se­ment à Shan­ghai. Là aus­si, l’at­mo­sphère est d’une grande so­brié­té, nette et re­haus­sée d’im­menses pho­tos en noir et blanc dans le vaste lob­by aux ca­na­pés de cuir sombre. 119 chambres seule­ment, te­nues de main de maître par des but­lers pré­sents 24h/24. On est très loin des hô­tels pa­que­bots des an­nées 1990 et 2000. Le sen­ti­ment d’ex­clu­si­vi­té n’en est que plus ai­gu. Et, pe­tit joyau de cette cou­ronne ita­lienne, un jar­din pri­vé don­nant sur une ri­vière en pleine ville. Du luxe à l’état épu­ré.

Un peu plus foi­son­nant, quoique jouant sur une cer­taine sim­pli­ci­té, le Four Sea­sons, ou­vert en 2013 dans le quar­tier des am­bas­sades, est aus­si un bel ajout à la pa­lette des hô­tels de Pé­kin. Tout est feu­tré, dé­co­ré d’oeuvres d’art contem­po­rain chi­nois dans une dé­co ce­pen­dant ins­pi­rée de la dy­nas­tie Tang. Très en vogue dans l’uni­vers hô­te­lier d’au­jourd’hui, le Four Sea­sons pro­pose un ser­vice VIP à l’aé­ro­port per­met­tant aux voya­geurs d’af­faires un pas­sage ex­press à la sé­cu­ri­té, mais aus­si, comme il se doit, un ser­vice de but­ler around the clock.

Comme une confir­ma­tion de cette ten­dance, le très cé­lèbre Pe­nin­su­la de Pé­kin, inau­gu­ré en 1989, vient de faire en­tiè­re­ment peau neuve et est pas­sé au 100 % suites. Ain­si, les 525 chambres qu’il comp­tait au­tre­fois se sont trans­for­mées en 230 ap­par­te­ments, tous somp­tueux, cer­tains agen­cés en lofts. La trans­for­ma­tion de cet éta­blis­se­ment que les Chi­nois sur­nomment tout sim­ple­ment “le pa­lace” est aus­si une ma­nière de cé­lé­brer les trente an­nées d’exis­tence du Pe­nin­su­la Beijing et d’en ac­croître en­core le ni­veau d’ex­cel­lence et d’ex­clu­si­vi­té. Il faut sa­voir que pas moins de 600 em­ployés s’im­pliquent chaque

Cette beau­té à la fois poé­tique et très contem­po­raine man­quait cruel­le­ment à Pé­kin, où le clin­quant était jus­qu’ici de mise dans l’hô­tel­le­rie de luxe.

>>> jour pour rendre l’ex­pé­rience du client mé­mo­rable. Comme dans tous les Pe­nin­su­la du monde, ce­lui de Pé­kin est fait de clar­té et de ma­té­riaux nobles. Dans le grand lob­by très pur, un pan­neau de jade sculp­té s’élance du sol au pla­fond. L’hô­tel ayant pour adresse la rue “Gold­fish” – ou pois­son rouge –, des cal­li­gra­phies sur cé­ra­mique re­pré­sen­tant ces ani­maux sym­boles de pros­pé­ri­té s’af­fichent ici et là dans les chambres.

AU LOIN, LA GRANDE MU­RAILLE

De­puis cet été, ajout fes­tif, le toit de l’hô­tel a été amé­na­gé pour de­ve­nir un très beau bar ex­té­rieur, le Yun, “le nuage”. De­puis ce point de vue sur­éle­vé, l’on aper­çoit les rem­parts de la Ci­té In­ter­dite dis­tante de quelques mi­nutes à pied, mais aus­si, au loin et par temps clair, les mon­tagnes ro­sées dans le cou­chant, celles sur les­quelles court la fa­meuse mu­raille de Chine, à en­vi­ron une heure et de­mie de route. Rares sont les hô­tels à pou­voir se tar­guer d’une telle vue…

Par­mi les ou­ver­tures très at­ten­dues, pré­vues pour le prin­temps 2019, celles de deux Man­da­rin Orien­tal. Le pre­mier, très ur­bain, oc­cu­pe­ra les deux der­niers étages du pres­ti­gieux WF Cen­tral, au coeur d’un pa­ra­dis du shop­ping haut de gamme axé sur le li­fe­style dans le dis­trict de Dong­cheng. Conçu par Kohn Pe­der­sen Fox, l’un des ca­bi­nets d’ar­chi­tectes les plus re­nom­més au monde, l’hô­tel se­ra do­té de ter­rasses ar­bo­rées et d’une belle cour in­té­rieure. Les 74 chambres et suites of­fri­ront elles aus­si des vues sur la Ci­té In­ter­dite. Autre ca­rac­té­ris­tique : le Man­da­rin Orien­tal Wang­fu­jing en­tend se po­si­tion­ner comme haut lieu de la gas­tro­no­mie.

Quant à son ju­meau, le Man­da­rin Orien­tal Qian­men, à proxi­mi­té de la place Tian’an­men, il s’in­té­gre­ra dans le Qian­men East Hu­tong, un quar­tier tra­di­tion­nel du XIII e siècle for­mé de ruelles étroites et de cours in­té­rieures. Belle nou­velle, cet hô­tel s’in­té­gre­ra dans le pro­gramme de pré­ser­va­tion de ces mai­sons an­ciennes qui ont su­bi mal­heu­reu­se­ment de nom­breuses des­truc­tions. Pour que les hôtes puissent dé­cou­vrir un peu de l’art de vivre an­ces­tral pé­ki­nois…

Avec ses jar­dinspen­sés par le pay­sa­giste En­zo Enea, le Bvl­ga­ri Ho­tel se dé­crit comme un re­sort ur­bain, ni­ché dans le quar­tier des am­bas­sades.

Les chambres de l’In­ter­Con­ti­nen­tal San­li­tun as­so­cient un dé­cor sobre et élé­gant aux der­nières nou­veau­tés high-tech, no­tam­ment un éclai­rage des­ti­né à at­té­nuer la fa­tigue due aux dé­ca­lages ho­raires.

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