TIAN­JIN PÉ­KIN-SUR-MER

Du pai­sible port d’au­tre­fois à la mé­ga­lo­pole de 13 mil­lions d’ha­bi­tants, Tian­jin est peu à peu de­ve­nue l’un des mo­teurs éco­no­miques de la Chine du Nord.

Voyages d'Affaires - - SOMMAIRE - Ituée à 120 km au Sud-Est de Pé­kin, Tian­jin n’en a long­temps été que le port, quelque peu ex­cen­tré au bord de la mer Jaune. Au­jourd’hui, on re­joint en à peine 35 mi­nutes de train cette an­cienne et pai­sible bour­gade scin­dée par le fleuve Hai He que les ate

Si­tuée à 120 km au Sud-Est de Pé­kin, Tian­jin n’en a long­temps été que le port, quelque peu ex­cen­tré au bord de la mer Jaune. Au­jourd’hui, on re­joint en à peine 35 mi­nutes de train cette an­cienne et pai­sible bour­gade scin­dée par le fleuve Hai He que les ate­liers de Gus­tave Eif­fel, à l’époque de la Conces­sion fran­çaise, avaient or­née d’un beau pont mé­tal­lique bleu. Ex­ten­sible, la ville ne cesse dé­sor­mais de s’étendre, en lar­geur comme en hau­teur. “À l’ins­tar de Pé­kin, Shan­ghai et Chong­qing, Tian­jin a le sta­tut de mu­ni­ci­pa­li­té et, à ce titre, est di­rec­te­ment ad­mi­nis­trée par le pou­voir cen­tral qui veut en faire un mo­teur éco­no­mique pour la ré­gion Pé­kin-He­bei, en s’ap­puyant en par­ti­cu­lier sur l’in­no­va­tion, ex­plique Shi Chun, di­rec­trice de la Tian­jin Com­mis­sion of Com­merce. À mon sens, pour connaître l’his­toire de la Chine contem­po­raine, il faut connaître celle de Tian­jin.”

Une his­toire tour­née vers le fu­tur sans au­cun doute, et vers la nou­velle zone de dé­ve­lop­pe­ment in­dus­triel high-tech de Bin­hai, si­tuée à en­vi­ron une heure de voi­ture à l’est du centre-ville. Nou­vel­le­ment dé­ve­lop­pée sur plus de 300 km 2 , cette zone re­cense dé­jà une po­pu­la­tion de trois mil­lions d’ha­bi­tants. Of­fi­ciel­le­ment éta­blie en 1994, mais vé­ri­ta­ble­ment lan­cée en 2006, à l’oc­ca­sion du 11 e plan quin­quen­nal, la zone s’ap­plique à contrer le dés­équi­libre entre le sud de la Chine, au dé­ve­loppe- ment ra­pide, et le nord, plus fleg­ma­tique. Au­jourd’hui, Bin­hai s’af­firme comme troi­sième hub éco­no­mique du pays, après Shenz­hen et Shan­ghai Pu­dong. Les ré­sul­tats, s’ils sont à la hau­teur des at­tentes gou­ver­ne­men­tales, n’en sont pas moins dé­rou­tants. De part et d’autre du Bin­hai Mass Tran­sit – un sys­tème de mé­tro aé­rien ou­vert en 2004, cou­rant sur près de 60 km et pou­vant at­teindre une vi­tesse de 100 km/ h –, se suc­cèdent des grappes de tours d’ha­bi­ta­tions, toutes iden­tiques, éton­nam­ment hautes et to­ta­le­ment dé­nuées d’âme.

BI­BLIO­THÈQUE HIGH-TECH

Au loin, tel un phare dans une brume de bé­ton, s’élève au-des­sus de la mê­lée mi­né­rale le Chow Tai Fook Fi­nan­cial Cen­ter, culmi­nant à 530 mètres, pré­vu pour de­ve­nir la Mecque de la fi­nance dès la fin de l’an­née 2018. Alen­tour, des ave­nues im­pra­ti­cables à pied tant elles sont longues et larges mènent au Bin­hai Cul­tu­ral Cen­ter, un centre cultu­rel, mais aus­si com­mer­cial en­core peu fré­quen­té, qui a vu l’ou­ver­ture, à l’au­tomne 2017, de sa cé­lèbre bi­blio­thèque… sans livres. L’en­trée ma­jes­tueuse et spec­ta­cu­laire de ce temple du sa­voir, tout en ron­deur et conçu par le ca­bi­net d’ar­chi­tectes hol­lan­dais MVRDV, a été sur­nom­mée The Eye. Au vu du nombre de ca­mé­ras sur­veillant les vi­si­teurs, on peut le com­prendre. Tout même, der­rière cette en­trée clin­quante, dont les vo­lumes sont en trompe-l’oeil, ré­side ef­fec­ti­ve­ment une vraie bi­blio­thèque, où at­tendent de vrais livres…

Ces der­nières an­nées, l’éco­no­mie de la ville a connu une crois­sance en flèche – au­tour des 10 % – due es­sen­tiel­le­ment aux ac­ti­vi­tés de la nou­velle zone high­tech et aux sec­teurs de l’aé­ro­nau­tique, des té­lé­com­mu­ni­ca­tions et des in­dus­tries chi­mique et phar­ma­ceu­tique. “Tian­jin est une source im­por­tante de ta­lents, car c’est l’une des plus an­ciennes villes uni­ver­si­taires du pays”, pré­cise Shin Chun.

En tout, 55 uni­ver­si­tés, 159 ins­ti­tuts de re­cherche, huit la­bo­ra­toires et 10 centres tech­no­lo­giques où se concentrent en­vi­ron 500 000 étu­diants. “Si l’on im­plante son en­tre­prise à Tian­jin, on peut être cer­tain de trou­ver une main-d’oeuvre ex­trê­me­ment qua­li­fiée, pour­suit-elle. D’ailleurs, la ville as­sure une coo­pé­ra­tion uni­ver­si­taire ren­for­cée entre la zone de Bin­hai et Zhong­guan­cun, le pôle tech­no­lo­gique de Pé­kin. Les pi­liers de >>>

L’éco­no­mie de la ville a connu une crois­sance en flèche due no­tam­ment aux ac­ti­vi­tés de la zone high-tech et aux sec­teurs aé­ro­nau­tique, chi­mique et phar­ma­ceu­tique.

>>> l’in­dus­trie de Tian­jin que sont l’aé­ro­nau­tique et l’aé­ro­spa­tiale, l’élec­tro­nique, l’au­to­mo­bile, la mé­tal­lur­gie, la pé­tro­chi­mie et les nou­velles tech­no­lo­gies ont été por­tés par la re­cherche”. Et d’ajou­ter que “par­mi les sec­teurs par­ti­cu­liè­re­ment dy­na­miques ces der­nières an­nées, les nou­velles éner­gies fi­gurent aus­si en pre­mière ligne”. Car le gou­ver­ne­ment, pro­fi­tant de la pré­sence dans la ré­gion de plu­sieurs fa­bri­cants d’éo­liennes, a pris la dé­ci­sion de faire des éner­gies propres un nou­veau che­val de ba­taille.

VERS 400 PORTS DU MONDE

En ma­tière de lo­gis­tique, Tian­jin fait éga­le­ment fi­gure de bonne élève : en tant que plus grand port com­mer­cial de Chine du Nord, elle as­sure des liai­sons vers 400 ports dans plus de 200 pays et ré­gions du monde. En 2016, le port de Tian­jin a ma­ni­pu­lé 551 mil­lions de tonnes de fret. La nou­velle zone de Bin­hai est éga­le­ment di­rec­te­ment re­liée à Pé­kin de­puis l’ou­ver­ture, en 2015, de la gare TGV de Yu­jia­pu. Quant à l’aé­ro­port in­ter­na­tio­nal, il s’im­pose comme l’un des prin­ci­paux centres du fret aé­rien en Chine tout en ac­cueillant en­vi­ron 13 mil­lions de pas­sa­gers par an.

Ces ex­cel­lentes in­fra­struc­tures, ain­si que la pré­sence de la zone franche, ont eu pour consé­quence une forte pré­sence d’en­tre­prises in­ter­na­tio­nales, fa­vo­rables au dé­ve­lop­pe­ment ra­pide d’une éco­no­mie tour­née vers l’in­dus­trie des hautes et des nou­velles tech­no­lo­gies. Les en­tre­prises étran­gères ont lar­ge­ment contri­bué à la crois­sance. 32 % des re­ve­nus liés à l’in­dus­trie pro­ve­nait en 2016 d’in­ves­tis­se­ments étran­gers, chiffre qui com­prend éga­le­ment ceux pro­ve­nant de Hong Kong. Par ailleurs, les pro­duits des hautes et nou­velles tech­no­lo­gies re­pré­sentent près de 40 % du to­tal des ex­por­ta­tions de la ville, no­tam­ment vers les États-Unis, la Co­rée du Sud, le Ja­pon, le Viet­nam et Hong Kong.

Par­mi les en­tre­prises de ré­fé­rence dont le siège est à Tian­jin, on peut no­ter Te­woo Group (ma­tières pre­mières, mi­ne­rais, mais aus­si lo­gis­tique), Bo­hai Steel Group (acier), GMCC ( hautes tech­no­lo­gies), Tian­jin Chase Sun Phar­ma­ceu­ti­cal, Zhongxin Phar­ma et Tas­ly (phar­ma­cie et mé­de­cine chi­noise). Plus d’une cen­taine d’en­tre­prises étran­gères clas­sées For­tune Glo­bal 500 y sont éga­le­ment pré­sentes, de Ca­non à Volkswagen en pas­sant par Bosch, Ch­rys­ler, Hyun­dai, Mi­cro­soft, Exxon Mo­bil, Thys­sen Krupp, Ge­ne­ral Mo­tors, LG In­ter­na­tio­nal, Mo­to­ro­la, Nest­lé, Sam­sung, Sa­nyo ou en­core Al­ca­tel, La­farge, Sch­nei­der et Veo­lia. Mais c’est prin­ci­pa­le­ment à Air­bus que l’on doit une pré­sence fran­çaise ac­crue ces der­nières an­nées, ma­ni­fes­tée no­tam­ment par l’ou­ver­ture d’une Al­liance fran­çaise en 2010.

Pour Pierre Dijks­tra, jeune en­tre­pre­neur fran­çais ins­tal­lé de­puis treize ans à Tian­jin – il y a ou­vert un res­tau­rant, mais aus­si une en­tre­prise de conseil –, la Chine

Plus d’une cen­taine d’en­tre­prises clas­sées For­tune Glo­bal 500 sont pré­sentes à Tian­jin, no­tam­ment Air­bus à qui l’on doit une pré­sence fran­çaise ac­crue ces der­nières an­nées.

est avant tout une terre d’op­por­tu­ni­tés. “Tian­jin est une ville en pleine ex­pan­sion où les prix sont moins éle­vés qu’à Pé­kin, donc plus fa­vo­rables aux en­tre­pre­neurs étran­gers”, ex­plique-t-il. Au fil des ans, Pierre Dijks­tra a pu ob­ser­ver l’évo­lu­tion de sa ville d’adop­tion et reste per­sua­dé qu’elle se­ra ra­pi­de­ment en­glo­bée dans l’ag­glo­mé­ra­tion de Pé­kin, pour ne plus for­mer avec elle qu’une sorte de su­per-mé­ga­lo­pole. Autre atout de Tian­jin se­lon lui, la zone franche. “En Chine, les frais de douane sont très éle­vés, on peut donc pro­fi­ter d’une maind’oeuvre chi­noise sans taxe”, sou­ligne-t-il. De­puis quelques mois, l’ex­pan­sion de la zone de dé­ve­lop­pe­ment in­dus­triel high-tech de Bin­hai conti­nue et l’on parle à voix basse de l’éla­bo­ra­tion d’une nou­velle zone franche com­mer­ciale, consa­crée au… ci­né­ma. Il s’agi­rait d’at­ti­rer des pro­duc­tions étran­gères in­té­res­sées par la réa­li­sa­tion de films ba­sés sur l’his­toire et la culture chi­noises. Se­lon le co­mi­té de ges­tion de la zone, l’in­dus­trie ci­né­ma­to­gra­phique se­rait trop concen­trée sur la culture oc­ci­den­tale. Une zone franche élu­de­rait les ques­tions de droits de douane, de vi­sas ou de ma­té­riel né­ces­saire aux tour­nages tout en fa­vo­ri­sant la pro­duc­tion de films au conte­nu tour­né vers la Chine. Une vo­lon­té, sans doute, de ne pas ou­blier la culture dans ce grand bouillon bu­si­ness. À l’heure ac­tuelle, la culture contri­bue à 6 % du PIB de la ré­gion, et pro­ba­ble­ment à 10 % d’ici 2020. Alors, place à la créa­tion… mais à fort po­ten­tiel éco­no­mique, bien sûr.

En pa­ral­lèle du quar­tier de He­ping en centre-ville (ici en pho­to), Tian­jin a dé­ve­lop­pé un nou­veau pôle bu­si­ness dans la zone por­tuaire de Bin­hai.

Phare ar­chi­tec­tu­ral de la nou­velle zonede Bin­hai, la bi­blio­thèque conçue par le ca­bi­net MVRDV sur­prend par ses lignes in­ven­tives et… son art du trompe-l’oeil. Sur les 1,3 mil­lion d’ou­vrages at­ten­dus, seuls 200 000 sont dé­jà pré­sents sur les éta­gères.

Avec près de 13,5 mil­lions d’ha­bi­tants, Tian­jin est la sixième mé­tro­pole la plus peu­plée de Chine.

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