LA PE­TITE VOIX IN­TÉ­RIEURE

Wider - - ÉDITO - Jo­ce­lyn Cha­vy

Quel est le point com­mun entre Vincent Mu­nier, les soldats des Forces Spé­ciales, et les couples qui vivent et par­tagent l’aven­ture avec un grand A au quo­ti­dien ? Et hor­mis le fait que tous fi­gurent au som­maire de ce nu­mé­ro ? Tous vivent, et ce n’est pas si cou­rant, leurs rêves. Tous ont fait, et font en­core, cer­tains choix dif­fi­ciles. Des risques fi­nan­ciers, des sa­cri­fices par­fois. Ils ont choi­si de vivre leurs rêves au lieu de rê­ver leur vie. Au­to­di­dacte, Vincent Mu­nier a de­puis long­temps pla­qué son job sa­la­rié pour vivre sa pas­sion pour le Grand Nord, la na­ture et les ani­maux sau­vages. Au mo­ment où vous li­rez ces lignes, il se­ra peut- être là où tout ama­teur d’aven­ture rêve d’al­ler : l’An­tarc­tique – où il fe­ra ce qu’il fait le mieux, de la pho­to en mi­lieu ex­trême. Ex­trême aus­si, l’idée d’al­ler se battre – pour des idées, jus­te­ment – en Af­gha­nis­tan ou ailleurs, d’être un sol­dat et la vie qui va avec. À l’heure où la moindre ex­pé entre potes est dix fois mieux équi­pée en moyens de com­mu­ni­ca­tion et de lo­ca­li­sa­tion que les mis­sions Apol­lo, ris­quer sa peau à l’autre bout de la pla­nète vous classe plus sû­re­ment par­mi les der­niers vrais aven­tu­riers. À l’op­po­sé du sol­dat qui laisse pru­dem­ment sa moi­tié à la mai­son, voi­ci nos aven­tu­riers en couple : je les admire sin­cè­re­ment. Su­per­po­ser l’aven­ture du couple à celle du de­hors, comme l’écrit J- M Porte, n’est pas une mince af­faire. Mais pro­ba­ble­ment l’aven­ture a- t- elle alors une autre saveur. Le point com­mun, di­sais- je, de ces té­moins, est d’avoir sui­vi leur pe­tite voix in­té­rieure. Et de ne pas tran­si­ger, ni avec leurs rêves, ni avec leur mo­ti­va­tion. À Cha­mo­nix, nom­breux sont ceux qui ont écou­té cette pe­tite voix et se sont ins­crits à une course UTMB. Lors du dé­part de la TDS, un cou­reur a per­du une po­chette. Pris en pho­to par un jour­na­liste de Trails En­du­rance, le conte­nu de la po­chette était, ô sur­prise, ins­truc­tif : entre autres an­ti- dou­leurs et anal­gé­siques se trou­vait une bonne poi­gnée de cor­ti­coïdes ( sept com­pri­més de So­lu­pred et deux de Pred­ni­so­lone), qui sont clas­sés comme pro­duits do­pants par l’Agence mon­diale an­ti- do­page. Une phar­ma­co­pée apte à fi­nir cloué par terre pour in­suf­fi­sance ré­nale. Alors qui, dans les rangs de l’UTMB, peut pré­tendre que le trail run­ning est com­plè­te­ment propre ? Au­tant ne pas s’éton­ner de l’éblouis­sante forme de la na­ta­tion fran­çaise. Si même le trai­leur moyen, au dé­part de la TDS, se charge comme une mule avec du do­page sur or­don­nance, où va- t- on ? Re­ve­nons à notre point de dé­part. Vivre son rêve plu­tôt que rê­ver sa vie, d’ac­cord, mais pas en se rui­nant la san­té. L’ul­tra- trail, ou di­sons les dis­tances bien su­pé­rieures à 100 ki­lo­mètres ne sont pas à la por­tée de beau­coup en moins de 24 heures. Alors pour­quoi ne pas ( ré-) in­ven­ter l’ul­tra- trail, par étapes, et pour­quoi pas par équipe sur le mo­dèle du Gore- Tex Trans­al­pine Run ? À Gre­noble, l’UT4M se re­po­se­rait chaque nuit entre chaque mas­sif. À Cha­mo­nix aus­si : ce ne sont pas les com­mer­çants des vil­lages au­tour du mont Blanc qui se plain­draient ( ni les bé­né­voles). Au lieu de cou­rir la nuit entre Saint- Ger­vais et Cour­mayeur sous des trombes d’eau, ou de tra­ver­ser Bel­le­donne, on ad­mi­re­rait les pay­sages – ils sont splen­dides. On ne vo­mi­rait pas après les ra­vi­tos. On dor­mi­rait la nuit, après s’être ra­con­té la jour­née de dingue – la pre­mière sur les trois ou quatre de l’épreuve. On ne s’ima­gi­ne­rait pas aven­tu­rier au long cours – ceux- là sont en Af­gha­nis­tan, pas sur Li­veT­rail. net. On mar­che­rait moins et on cour­rait plus. Ce­rise sur le gâ­teau : en ayant moins mal aux ar­ti­cu­la­tions, plus be­soin de po­chette sur­prise.

Vivre son rêve, pour un nombre im­pres­sion­nant de Ja­po­nais, c’est l’UTMB. © JC

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