TAÏ­WAN À VÉ­LO

VOYAGE AU COEUR DE L’ASIE.

Wider - - COACHINGVÉLO -

Le cy­clisme est très po­pu­laire à Taï­wan, qui es­père dé­ve­lop­per la des­ti­na­tion pour les cy­clo­tou­ristes in­ter­na­tio­naux. Le tra­cé du tour de l’île est pour l’ins­tant le plus po­pu­laire. Nous l’avons tes­té pour une plon­gée au coeur de cette île mon­tagne.

Je relance en dan­seuse dans un des mul­tiples la­cets du col de Shou­ka, le plus haut de mon par­cours au­tour de Taï­wan à vé­lo. Des nom­breux vé­hi­cules mo­to­ri­sés qui me dé­passent dans les épingles pro­viennent des en­cou­ra­ge­ments en­thou­siastes. Pour un peu, je pour­rais me prendre pour un hé­ros du sport cy­cliste en train de réa­li­ser un ex­ploit ho­mé­rique. Ce n’est pas que la mon­tée soit si fa­cile, mais à vrai dire mon ex­ploit est quand même re­la­tif. Certes, je roule à bonne al­lure et mon étape — 150 ki­lo­mètres bien val­lon­nés — ne fe­rait pas rire un bon nombre de cy­clistes confir­més, mais mon al­lure n’est ce­pen­dant pas vrai­ment celle d’un com­pé­ti­teur, même si ce par­cours au­tour de Taï­wan s’est ré­vé­lé plus spor­tif que je ne le pen­sais. Peut- être aus­si moins pen­sé pour le tou­riste à vé­lo que pour le cy­cliste dé­si­reux de dé­cou­vrir un spot d’en­traî­ne­ment au­tour de l’île. J’au­rai dû me mé­fier : le loueur de vé­lo à Tai­pei m’a confié un bo­lide taillé pour la route, juste équi­pé de deux fines sa­coches où j’ai pu ca­ser le né­ces­saire pour cette se­maine de vé­lo. Il m’avait aus­si par­lé de la France en me de­man­dant si je connais­sais le tour de France, une épreuve qui le fait rê­ver. Je ne lui ai pas ex­pli­qué que le Tour, en France, pas un ci­toyen âgé de plus de sept ans et même al­ler­gique au vé­lo n’en ignore l’exis­tence, mais j’avais en tout cas la convic­tion que sur Taï­wan, le vé­lo reste avant tout un sport, même lors­qu’il per­met de se ba­la­der au­tour du pays.

UN PAR­COURS SPOR­TIF ET DES EN­COU­RA­GE­MENTS !

La convic­tion de mes « spec­ta­teurs » à m’en­cou­ra­ger me fait ce­pen­dant un ins­tant ou­blier les désa­gré­ments du tra­fic rou­tier as­sez in­tense avec le­quel je dois com­po­ser depuis mon départ ce ma­tin. Les conduc­teurs sont plu­tôt res­pec­tueux de toute fa­çon ici, mais faire du vé­lo sur une voie aus­si fré­quen­tée, même à l’abri, n’est pas très sa­tis­fai­sant. Taï­wan à vé­lo n’a heu­reu­se­ment pas que ce mau­vais as­pect. Même si le par­cours « of­fi­ciel » de la Cy­cling Road 1 de­vrait sans doute être re­vu dans un es­prit plus tour­né cy­clo­tou­risme que cy­clisme, en tout cas pour les étran­gers dé­si­reux de dé­cou­vrir le charme du pays en pé­da­lant, il pré­sente quand même beau­coup d’at­traits. En pre­mier lieu, ce­lui de dé­cou­vrir en pro­fon­deur un pays en­core peu vi­si­té et plein de sur­prises. Ain­si, j’avais quatre jours au­pa­ra­vant quit­té sans trop de pro­blèmes l’ag­glo­mé­ra­tion de Tai­pei, la ca­pi­tale, pour me re­trou­ver tout de suite sur de toutes pe­tites routes de mon­tagnes qui sillon­naient de tran­quilles vil­lages. J’avais certes dû por­ter mon vé­lo sur un sen­tier pen­dant trois ki­lo­mètres et en mon­tée avant de re­joindre le par­cours of­fi­ciel sur la route na­tio­nale 9, mais ce­la m’avait plon­gé di­rec­te­ment dans l’am­biance. Et bien fait chauf­fer les muscles : les pentes étaient très raides et la cha­leur in­tense. Taï­wan est si­tué sur le tro­pique du Can­cer, rap­pe­lons- le. La suite de ma pre­mière étape m’avait conduit à tra­vers les mon­tagnes jus­qu’à la côte est. Le der­nier col, at­teint presque en dé­but de soi­rée, me per­met­tait d’ad­mi­rer une pre­mière vue sur la mer. Le temps de dé­grin­go­ler vers la ville, j’étais ar­ri­vé au terme de ma pre­mière jour­née de vé­lo. Une bonne chambre d’hô­tel dans un éta­blis­se­ment de « Hot sprints » m’at­ten­dait là. C’est d’ailleurs sou­vent dans des villes ther­males que j’al­lais m’ar­rê­ter : les sources chaudes sont très ap­pré­ciées ici, rap­pe­lant la na­ture vol­ca­nique de Taï­wan et

l’in­fluence des Ja­po­nais, qui oc­cu­pèrent le pays pen­dant 40 ans et ont lais­sé no­tam­ment le goût pour les on­sens et les sa­shi­mis.

AU COEUR DE TAÏ­WAN, SUR LA CÔTE PA­CI­FIQUE

Les jours sui­vants, j’ai pé­da­lé à bonne al­lure grâce à mon vé­lo de rou­tier avec le­quel 30 km/ h semblent être un jeu d’en­fant sur le plat, à tra­vers la côte est. C’est la moins peu­plée du pays et donc la plus in­té­res­sante pour rou­ler. La cul­ture abo­ri­gène ( on dé­signe ain­si les peuples pre­miers de l’île, ve­nus de Chine éga­le­ment, mais bien avant les autres ha­bi­tants ac­tuels de Taï­wan) y est très pré­sente. Cultures tra­di­tion­nelles et ar­ti­sa­nats sont ain­si bien en vue au bord de la route. Le par­cours est alors plu­tôt dans les terres. J’ap­pré­cie le calme et l’au­then­ti­ci­té de mon étape à Rui­sui, au pied des mon­tagnes, mal­heu­reu­se­ment sou­vent ca­chées par les brumes. Le luxe d’un éta­blis­se­ment de bains chauds m’at­tend en­suite une cen­taine de ki­lo­mètres plus loin. Comme toujours, l’ac­cueil est très ai­mable, les Taï­wa­nais se montrent ser­viables et sou­cieux que leur pays me plaise. Je re­pense à tout ce­la au mo­ment de parve- nir au som­met de ce fa­meux col de Shou­ka. Là, une sta­tion d’aide aux cy­clistes est cé­lèbre dans tout le pays. D’ailleurs, de nom­breux spor­tifs sont là, ayant abor­dés le col de l’autre cô­té, se pre­nant en pho­to de­vant ce mo­nu­ment du vé­lo na­tio­nal. Je vais les imi­ter, pour im­mor­ta­li­ser l’ins­tant. Pour­tant, c’est sur­tout la des­cente que je vais ap­pré­cier : elle prend une route beau­coup plus calme, sillon­nant une belle na­ture de mon­tagne tro­pi­cale à tra­vers les vil­lages abo­ri­gènes. Une belle des­cente jus­qu’à la mer, qui me per­met d’ap­pré­cier une nou­velle fois Taï­wan. Par­ve­nu sur les bords de l’océan, à l’ouest, je vais de­voir en af­fron­ter un autre as­pect. Si les points de vue sur la mer sont beaux, je vais de­voir me frayer un pas­sage à tra­vers un lit­to­ral très cons­truit et sur une route beau­coup trop fré­quen­tée. Il me fau­dra quelques litres de sueur et une concen­tra­tion de tous les ins­tants pour re­joindre mon ar­ri­vée fi­nale à Kaoh­siung, une ville qui me fait l’ef­fet d’être presque aus­si grande que la ca­pi­tale et dont les gratte- ciels ap­portent une touche fi­nale très ur­baine à mon par­cours. Mais avec la bonne hu­meur et la sé­ré­ni­té qui émane de Taï­wan et de ses ha­bi­tants, ça passe très bien.

Du pied de la tour 101 à Tai­pei jus­qu'aux mon­tagnes et aux ri­zières de la côte est, les contrastes sont forts sur ce tour de Taï­wan.

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