CHAR­TREUSE TER­MI­NO­RUM UNE COURSE IN­TER­MI­NABLE ?

Avec zé­ro fi­ni­sher, la Char­treuse Ter­mi­no­rum, qui avait lieu dé­but juin, s’ins­crit dans la li­gnée de la Bark­ley, dont elle double qua­si­ment le ki­lo­mé­trage ( 300 ki­lo­mètres et 22 000 mètres de dé­ni­ve­lé à par­cou­rir en 80 heures). Un ren­ché­ris­se­ment ab­surde

Wider - - ACTUS -

L’ul­tra- trail tel que dé­fi­nit par les ré­fé­rences de l’UTMB ou de la Dia­go­nale des fous se­rai­til dé­pas­sé ? Loin des hordes de cou­reurs lan­cés par mil­liers dans les rues de Cha­mo­nix, la Bark­ley, course à 1,6 dol­lars per­due au fin fond du Ten­nes­see, bou­le­verse l’or­ga­ni­sa­tion ha­bi­tuelle de ces grands messes mé­dia­tiques et mar­ke­tés. Bien sûr, on parle d’une niche mi­nus­cule. Seuls 40 cou­reurs peuvent y concou­rir, une goutte d’eau dans l’offre plé­tho­rique de trails. Pour­tant, l’évé­ne­ment s’est fait une pe­tite no­to­rié­té en France après des re­por­tages à In­té­rieur sport ou dans Stade 2. Ayant par­ti­ci­pé à la Bark­ley ces deux der­nières an­nées, Be­noît La­val, le pré­sident et fon­da­teur de Raid­light, a vou­lu en trans­po­ser le concept au­tour des Ter­mi­no­rum, ces bornes qui dé­li­mitent l’es­pace mo­nas­tique de la Grande Char­treuse. Une boucle ( non ba­li­sée et dé­voi­lée au der­nier mo­ment), de­puis un camp de base, à par­cou­rir 5 fois, sans as­sis­tance, sans GPS, sans ho­raire de dé­part pré- cise, où les points de contrôle sont des livres ca­chés dont il faut ar­ra­cher les pages… Au­tant de consignes étranges qui ap­portent un folk­lore, un es­prit par­ti­cu­lier, et at­tirent des cu­rieux en quête de dé­fis.

DES RÈGLES BI­ZARRES

« C’est vrai que ça peut sem­bler un peu fou » , concède Gaë­tan Jans­sens, ce­lui qui est al­lé le plus loin sur la Ter­mi­no­rum 2017, avec un peu plus de 2 boucles par­cou­rues ( 130 km) en 29 heures. « On voit plein d’ul­tra- trails de la dis­tance de la Bark­ley, alors on se de­mande pour­quoi si peu réus­sissent, c’est ce qui donne en­vie de s’y frot­ter » . Pour Laz ( de son vrai nom Ga­ry Can­trell), le père de la Bark­ley, ve­nu en France bap­ti­ser la Ter­mi­no­rum, le dé­fi s’avère au­tant phy­sique que men­tal. Toutes les règles bi­zarres is­sues de son ima­gi­na­tion servent, se­lon lui, à dé­gra­der l’état psy­chique du cou­reur. « La plu­part des courses sont faites pour que les par­ti­ci­pants aillent au bout, pointe- t- il. Il y a des ra­vi­taille­ments, du ba­li­sage, toutes sortes d’aides qui es­ca­motent la réelle dif­fi­cul­té d’évoluer en pleine na­ture. Le but de la Bark­ley ou de la Ter­mi­no­rum est qu’il y ait le moins de fi­ni­shers pos­sible » . Ain­si, il au­ra fal­lu 10 ans pour que l’ul­tra ma­ra­thon de Fro­zen Head, créé en 1986, soit bien avant les ul­tra trails ac­tuels pa­ra­doxa­le­ment, tienne son pre­mier vain­queur. On en dé­nombre 15 de­puis, même si le mode d’inscription éso­té­rique, le cô­té bur­lesque de la course et la forte pro­ba­bi­li­té de ne pas réus­sir n’at­tirent pas le go­tha mon­dial.

80 HEURES MAXI­MUM

En dou­blant la dis­tance, la ver­sion fran­çaise n’est- elle pas al­lée trop loin ? « Le ter­rain est plus rou­lant que dans le Ten­nes­see, puis­qu'on em­prunte plus de che­mins, jus­ti­fie Be­noit La­val. La dis­tance a donc été ral­lon­gée pour conser­ver le même ni­veau de dif­fi­cul­té. Je suis sûr que c’est pos­sible vu ce qu’a fait Gae­tan Jans­sens, qui était juste ve­nu pour voir. Et puis 300 km, ce n’est pas plus que le Tor des Géants » nuance- t- il. No­tons en ef­fet que d'autres courses ri­va­lisent lar­ge­ment au ni­veau de la dis­tance. Outre le Tor, la Dra­gon Back Race, au Pays de Galles, pro­pose aus­si 315 km sans ba­li­sage. Dans une lo­gique en­core plus ex­trême, la 555+ en Egypte im­pose de cou­rir 564 km. Que dire de la Mon­tane Yu­kon Arc­tic Ul­tra et de ses 700 km dans le gla­cial Grand Nord ca­na­dien ! La Bark­ley et la Ter­mi­no­rum ne sont donc pas hors- normes. Ce qui corse l'af­faire reste donc le temps im­par­ti, res­pec­ti­ve­ment 60 et 80 heures. Quant au peu d’in­té­rêt de tour­ner en rond, l’amé­ri­cain Laz es­quive la cri­tique. « La boucle se fait de jour, de nuit, à l’en­vers, dans des états de fa­tigue dif­fé­rents. Au­cune boucle ne se res­semble » phi­lo­sophe- t- il. C’est ain­si qu’à la der­nière Bark­ley, le po­ten­tiel 16e fi­ni­sher s’était trom­pé de tra­cé à deux miles de la fin, après son cin­quième pas­sage, ré­dui­sant à néant 60 heures de course au bout de lui- même...

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.