LE MA­RA­THON EN ( PRESQUE) MOINS DE DEUX HEURES

Dans la ba­taille de la course à moins de deux heures au ma­ra­thon, Nike a dé­jà ga­gné. Certes, sans en­core ame­ner un cou­reur sous cette bar­rière my­thique, mais en rem­por­tant la ba­taille du buzz avec son opé­ra­tion Brea­king 2. Grâce à un temps ex­tra­or­di­naire

Wider - - ENQUÊTE -

Deux heures au ma­ra­thon. Un temps im­pos­sible, sur­hu­main ? Quelques an­nées en ar­rière en­core, une telle per­for­mance res­tait im­pen­sable. De la pure science- fic­tion. Mais les pro­grès im­pres­sion­nants du re­cord du monde du ma­ra­thon ont fi­ni par égre­ner les mi­nutes et les se­condes pour com­men­cer à faire rê­ver à cette per­for­mance ab­so­lu­ment dingue. Au dé­part, seuls quelques en­traî­neurs en mal de pu­bli­ci­té avan­çaient l’idée d’em­me­ner un cou- reur sous ces deux heures. Et puis des pro­jets plus concrets et sé­rieux ont vu le jour. Avec cette ten­ta­tive d’Eliud Kip­choge qui ne passe pas la bar­rière des deux heures pour seule­ment vingt- cinq se­condes, Nike a bri­sé la bar­rière du mar­ke­ting… et a mis les pieds dans le plat. Fai­sons un pe­tit re­tour en ar­rière. Dans les an­nées 90, à une époque où le ma­ra­thon mon­dial était en­core le plus sou­vent do­mi­né par des ath­lètes eu­ro­péens et asia­tiques, les Afri­cains ayant alors du mal à maî­tri­ser la dis­tance, no­tam­ment en grands cham­pion­nats, c’était la bar­rière des 20 km/ h qui ap­pa­rais­sait dif­fi­cile à fran­chir. La meilleure per­for­mance mon­diale ( on ne par­lait pas en­core de re­cord du monde pour les épreuves hors stade) res­tait ac­cro­chée à 2 h 06’ 50” de­puis 1988 et la per­for­mance de l’éphé­mère Éthio­pien Be­lay­nai Din­sa­mo. Cette per­for­mance sem­blait dif­fi­cile à battre. L’Es­pa­gnol Ma­nuel

Ron­ce­ro s’en ap­pro­chait, mais pris de crampes sur la fin de course, échouait dans une ten­ta­tive en 1997. Bref, le ma­ra­thon mon­dial stag­nait de­puis plus de dix ans. Et puis sou­dain, tout change. Un Bré­si­lien, par­fai­te­ment in­con­nu et qui al­lait re­tom­ber dans l’ano­ny­mat quelques mois après son ex­ploit contro­ver­sé, bat à la sur­prise gé­né­rale ce re­cord, à Ber­lin, en 1998. En 2 h 06’ 5”, Ro­nal­do Da Cos­ta de­vient même le pre­mier à cou­rir un ma­ra­thon à 20 km/ h. Dès lors, la brèche est ou­verte et tout va s’ac­cé­lé­rer. Quelques stars de la piste réus­sissent leur pas­sage sur ma­ra­thon : Paul Ter­gat et Haile Ge­bres­se­la­sie portent le re­cord à des hau­teurs stra­to­sphé­riques, presque in­ima­gi- nables seule­ment quelques an­nées au­pa­ra­vant : les bar­rières des 2 h 06, des 2 h 05, des 2 h 04 sont fran­chies. Puis sur­tout, preuve de cette nou­velle ère pour la dis­ci­pline, des cen­taines de cou­reurs, qua­si­ment ex­clu­si­ve­ment ve­nus des hauts pla­teaux de l’Afrique de l’Est, réa­lisent des per­for­mances su­pé­rieures aux grands cou­reurs des an­nées 70 à 90. Un temps de 2 h 08 est ba­nal, la per­for­mance long­temps en­viée des 2 h 10 ne cor­res­pond plus aux stan­dards in­ter­na­tio­naux. En­fin, en 2014, le Ke­nyan Denis Ki­met­to, pour­tant iso­lé sur les dix der­niers ki­lo­mètres, amène le re­cord à 2 h 02’ 57” dans une course folle à Ber­lin. Dès lors, l’idée que les deux heures sont proches com­mence à ger­mer dans l’es­prit de cer­tains en­traî­neurs. De cer­tains mar­ke­teurs aus­si.

Nike n’a pas été le pre­mier à dé­gai­ner pour an­non­cer mettre en place un pro­gramme d’ac­tion pour per­mettre à un cou­reur de bri­ser la dé­sor­mais « presque » ac­ces­sible bar­rière. Un pro­jet bap­ti­sé Sub 2 est ain­si mon­té par un pro­fes­seur de phy­sio­lo­gie an­glais au­tour d’ath­lètes de re­nom, no­tam­ment Ke­ne­ni­sa Be­kele. Le re­cord­man du monde du 5 et 10 000 m est certes un des can­di­dats plus que sé­rieux dans cette conquête des cimes chro­no­mé­triques. Le pro­jet cons­truit au­tour de lui semble sé­rieux, même si cer­tains n’y voient que des ef­fets d’an­nonces. Il se vante ain­si d’avoir mis au point une bois­son de l’ef­fort qui per­met­trait de sup­pri­mer to­ta­le­ment la panne de gly­co­gène qui contraint le ma­ra­tho­nien à ra­len­tir. Il af­firme aus­si étu­dier cer­tains nou­veaux pa­ra­mètres de l’en­traî­ne­ment qui pour­raient chan­ger la donne. Mais la plu­part des ex­perts res­tent scep­tiques. D’une part, de tels pro­jets ne cachent- ils pas en creux un do­page or­ga­ni­sé, alors même que l’en­traî­ne­ment est au plus haut point scien­ti­fique de­puis dé­jà des an­nées et que tout semble avoir été ex­plo­ré dans ce do­maine ? De l’autre, même si Be­kele est un cou­reur hors- norme, com­ment pour­rait- il amé­lio­rer en­core, dans des condi­tions de courses nor­males, son re­cord per­son­nel de plus de trois mi­nutes ? À ce ni­veau- là, c’est un gouffre.

Un gouffre que d’autres ac­teurs en­tendent bien­tôt com­bler. Adi­das, spon­sor du re­cord­man Ki­met­to, an­nonce ain­si bien­tôt qu’elle en­tend de­ve­nir la pre­mière marque « sous les deux heures » . Elle sou­haite que cet ex­ploit soit ac­com­pli sur une course of­fi­cielle. Com­ment

COM­MENT AMÉ­LIO­RER DE TROIS MI­NUTES LE RE­CORD DU MA­RA­THON ? À CE NI­VEAU, 180 SE­CONDES C’EST UN GOUFFRE

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