Swift

Wind Magazine - - BIG WAVE -

Au cours de la jour­née, nous avons tous eu l ’oc­ca­sion de nous payer quelques ma­gni­fiques « bomb waves » mais j’at­ten­dais tou­jours la vraie bom­basse du jour. Par­fois, seule une sé­rie pas­sait de toute la jour­née. Je la vou­lais. Elle est ar­ri­vée vers 17h.

RDV AVEC UNE BOM­BASSE

J’étais le der­nier wind­sur­feur au line- up. J’ai pas­sé plus d’une de­mi- heure à es­sayer de prendre l a plus grosse vague. Je m’ap­pro­chais pe­tit à pe­tit du groupe de 50 sur­feurs. Le vent était si lé­ger et off­shore que j’avais de l’eau jus­qu’à la taille. Du coin de l’oeil, j’ai vu un énorme set ar­ri­ver. J’ai cher­ché à prendre le large mais je ne bou­geais pas d’un cen­ti­mètre. Je pas­sais la pre­mière vague avec fa­ci­li­té mais la sui­vante était mas­sive. Elle ve­nait de si loin, je pen­sais pou­voir dire adieu. Der­rière moi, les sur­feurs ra­maient comme des dé­ra­tés vers l e chan­nel. Moi, j ’ étais scot­ché. Mon seul es­poir ré­si­dait dans ma po­si­tion, plus au large que les sur­feurs, priant que ce soit suf­fi­sant pour me sau­ver d’un dé­sastre. À la base de ce monstre, j’en­vi­sa­geais de plon­ger quand le vent off­shore re­prit. J’ai fait fort de tout mon sa­voir pour me mou­voir vers le large et gra­vir ce géant. Comme la lèvre com­men­çait à dé­fer­ler, j’ai fait en sorte de his­ser ma voile en l’air et me suis agrip­pé au wi­sh­bone pour être pro­pul­sé dans le dos de la vague. Là, le bout de mon wish a lâ­ché prise et la poi­gnée s’est dé­so­li­da­ri­sée du mât. Je n’en re­ve­nais pas mais j ’ étais heu­reux que ce­la ar­rive à ce mo­ment- là, et non quelques se­condes plus tôt, ni en ri­dant une vague. S’en était as­sez pour au­jourd’hui et je me di­ri­geais vers le chan­nel pour me mettre hors de dan­ger.

RO­TA­TION À 180

Le len­de­main ma­tin, le té­lé­phone son­na, Ke­vin Prit­chard me fit sa­voir que Lanes fonc­tion­nait à plus d’un mât et que le vent souf­flait à 20 noeuds du sud. Du­rant la nuit, le vent avait tour­né. Un quart d’heure plus tard, Rob­by, Mor­gan et moi gréions sur les rocks de Lanes. En 30 ans de vie à Maui, je n’ai ja­mais vu ça sur un gros swell : na­vi­guer Jaws en tri­bord un jour puis Lanes en bâ­bord le len­de­main, sur la même houle, c’était ir­réel. Nous avons sur­fé sur cette gauche par­faite jus­qu’à ce que le vent bas­cule à l’ouest, mar­quant la fin de notre jour­née. Nous nous sommes dé­ra­ci­nés de nos ori­gines pour ve­nir vivre de telles jour­nées. Dès ma pre­mière ex­pé­rience à Jaws, il y a 20 ans, j’ai su que je vou­lais vivre à Maui et ri­der cette vague au­tant que pos­sible. Ce genre de jour­née me per­met de réa­li­ser à quel point j’aime le wind­surf et la chance que nous avons d’avoir de telles vagues sur notre pa­lier. « J’ai réa­li­sé l’un de mes meilleurs aé­rials ce jour- là. J’ai croi­sé Ja­son qui par­tait au large. Me voyant sur cette vague gi­gan­tesque, Ja­son me criait « Va ta­per, va ta­per ! » . J’ai fait mon bot­tom turn et me suis en­ga­gé pour un aé­rial. Quand j’ai frap­pé la lèvre, le vent m’a pro­pul­sé si haut dans les airs que j’ai du ré­ajus­ter mon as­siette plu­sieurs fois au gré des ra­fales en fai­sant gi­go­ter ma planche pour at­ter­rir dans la vague sans me faire souf­fler dans son dos. J’ai en­vi­sa­gé de tout lâ­cher mais je me suis sou­ve­nu de toutes ces vi­déos où je me suis vu le faire et re­ce­voir co­pieu­se­ment. J’ai pré­fé­ré m’ac­cro­cher et po­ser cet air sur la fin d’une mousse d’une taille de mât et réus­sir, je ne sais com­ment, à li­bé­rer ma voile pour re­joindre la par­tie lisse de la vague » .

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