— ALESSANDRO — MUSSOLINI IL A TOUT D’UN GRAND

Du style à re­vendre, un ta­lent in­né dans les vagues qui font pa­raître cha­cune de ses navs fa­ciles, l’Es­pa­gnol fait par­tie des gros clients de la PWA vagues de­puis ses dé­buts en 2003. En 2016, il était le seul à in­quié­ter Vic­tor Fer­nan­dez sur le tour et te

Wind Magazine - - INTERVIEW - Texte : Jean Sou­ville - Pho­tos : voir men­tion

En 2016, tu es en­core pas­sé as­sez près d’un titre de cham­pion du monde, est-ce un des buts de ta car­rière ?

Eh bien, c’est un de mes ob­jec­tifs de­puis que j’ai com­men­cé le World Tour. Dans ma tête j’y étais presque en 2009 quand j’ai ga­gné ma pre­mière étape à Sylt. Après ce­la, j’ai fait plu­sieurs po­diums, mais je n’étais pas si près du titre. Nous n’avions pas as­sez d’épreuves pour mon­trer que je sa­vais bien na­vi­guer sur dif­fé­rents spots de la pla­nète. Dès que nous nous bat­tons dans des condi­tions dif­fé­rentes des spots ha­bi­tuels, j’ai plus de chances de faire la dif­fé­rence avec les autres ri­deurs. Au­jourd’hui, un titre est tou­jours un ob­jec­tif, mais ce n’est pas une ob­ses­sion. Main­te­nant, mon gros chal­lenge c’est avant tout d’être re­con­nu comme un grand wa­ve­ri­deur comme un cer­tain nombre d’autres qui n’ont ja­mais eu la chance de de­ve­nir cham­pions du monde.

Tu as des ob­jec­tifs par­ti­cu­liers quand la sai­son dé­bute ?

Quand je com­mence, j’ai tou­jours en tête l’en­traî­ne­ment que j’ai fait tout l’hi­ver et les ad­ver­saires que je vais de­voir af­fron­ter. Le ni­veau est in­croya­ble­ment haut… Être ca­pable d’en­trer dans le top8, c’est dé­jà une mis­sion. Alors pour être cham­pion du monde je te laisse ima­gi­ner quel ni­veau il faut at­teindre. Après mon bon ré­sul­tat de l’an­née der­nière, je suis plus mo­ti­vé que ja­mais pour re­faire une an­née aus­si bonne et, pour­quoi pas, être cham­pion du monde. Mais ça va être ex­trê­me­ment dif­fi­cile. Je vais me concen­trer dé­jà pour avan­cer heat après heat et ne pas être ri­di­cule dans l’eau. Après, j’au­rai un peu plus de re­cul pour voir ce qu’il peut se pas­ser.

Tu suis le tour PWA de­puis plus d’une dé­cen­nie, qu’est-ce qui a chan­gé ?

J’ai com­men­cé en 2003, à cette époque il fal­lait se battre contre Björn Dun­ker­beck, Ja­son Po­la­kow, Ke­vin et Matt Prit­chard, etc. Faire un bon ré­sul­tat était su­per dif­fi­cile. Mais je pense que la dif­fi­cul­té est la même au­jourd’hui pour un jeune com­pé­ti­teur. Main­te­nant, un nou­vel ar­ri­vant doit af­fron­ter Vic­tor Fer­nan­dez, Tho­mas Tra­ver­sa, Mar­cillio Browne… Donc au fond les choses n’ont pas trop chan­gé, le ni­veau est tou­jours su­per haut, c’est juste les époques qui changent. Ce qui est dif­fé­rent, en bien, c’est que main­te­nant les heats sont plus longs et nous avons plus de com­pé­ti­tions qu’en 2003.

Vous êtes une poi­gnée de ri­deurs à pou­voir être cham­pion, à quoi ce­la va se jouer cette an­née ?

Je crois que ce qui fait la dif­fé­rence, c’est l’ex­pé­rience. Le top 8 ou 10 est là de­puis tel­le­ment d’an­nées qu’il peut uti­li­ser cette ex­pé­rience pour se battre et être de­vant. Ce qui me frappe, c’est qu’ac­tuel­le­ment les 10 pre­miers peuvent ga­gner une épreuve ou de­ve­nir cham­pion du monde. Après ce qui peut faire la dif­fé­rence, c’est juste la chance. Par­fois, tu peux avoir le meilleur ma­tos, le men­tal le plus fort, la pré­pa­ra­tion la plus com­plète, mais il faut juste que la chance soit avec toi pour rem­por­ter le titre.

Que te manque-t-il pour de­ve­nir cham­pion du monde ?

Il faut que je fasse des doubles…

Tu en­vi­sages de faire des doubles un jour, comme Vic­tor Fer­nan­dez ou Philipp Kös­ter ?

Ces deux der­nières an­nées, je me suis beau­coup en­traî­né et ap­pli­qué à ne pas me bles­ser. Si à un mo­ment je sens qu’il faut y al­ler, que je me sens pous­sé, je le fe­rai. Mais de toute fa­çon, je pense que le wa­ve­ri­ding est mon point fort. Je vais me fo­ca­li­ser sur ça, mais si j’ai une chance d’en­voyer un double, je le fe­rai à fond.

Tu crains un ri­deur en par­ti­cu­lier ?

Tout le monde est bon, il n’y a pas un ri­deur qui ne me fait pas peur. Du 32e au cham­pion du monde, tout le monde peut à un mo­ment te battre fa­ci­le­ment. Ce­ci dit, se­lon les condi­tions, tu as plus de chances de battre cer­taines per­sonnes. On va dire que Philipp Kös­ter est un monstre à Po­zo tout comme Mar­cillio Browne à Maui. Donc en fait se­lon le spot et les condi­tions tu as plus ou moins de chances de ga­gner.

Comment ex­pliques-tu que tu gagnes à Sylt dans des condi­tions on­shore que tu n’aimes pas vrai­ment ?

Comme je le di­sais, les gens qui sont sur le tour de­puis plus de 10 ans ont ac­cu­mu­lé de l’ex­pé­rience. Ils ont plus de chances de ga­gner sur ce spot com­pli­qué que des gens qui ont peu na­vi­gué là. Bien sûr, je n’aime pas na­vi­guer dans du on­shore comme ça, mais si pour quelques rai­sons je m’amuse un tant soit peu, je peux me dé­brouiller pour bien na­vi­guer. Je le ré­pète, une vic­toire, c’est 80 % d’ex­pé­rience et 20% parce que tu na­vigues bien.

Tu as pas­sé beau­coup de temps à Maui, moins ces der­nières an­nées, c’est tou­jours un en­droit qui compte pour un com­pé­ti­teur ?

C’est tou­jours im­por­tant de bien na­vi­guer à Maui. Mais si on fait nos trois com­pé­ti­tions bâ­bord en Eu­rope, ce­la ne sert plus à grand­chose de faire une bonne place à Maui. Per­son­nel­le­ment, c’est im­por­tant pour moi de bien na­vi­guer à Ha­waï, ce­la fait 17 ans que je na­vigue là-bas, j’aime Maui et j’aime pou­voir ba­tailler là-bas. Mais avec 75% de com­pé­ti­tions bâ­bord, le clas­se­ment fi­nal a peu de chance de chan­ger à Maui.

Il y a des choses à faire pour amé­lio­rer le tour ?

Je pense que c’est es­sen­tiel­le­ment une his­toire d’ar­gent. Si nous avions les moyens de cer­tains autres sports, on au­rait plus d’étapes, plus de vi­si­bi­li­té au­près d’un large pu­blic. L’ar­gent, c’est le nerf de la guerre. Ce se­rait bien d’avoir plus d’étapes, mais si elles se trouvent dans des des­ti­na­tions trop coû­teuses, ce­la per­drait son sens pour les ri­deurs. Le plus im­por­tant au­jourd’hui, c’est de main­te­nir les étapes que nous avons. Et c’est d’es­sayer d’avoir le plus d’ex­po­si­tion pos­sible afin d’at­ti­rer un gros spon­sor ca­pable de nous sou­te­nir.

J’ima­gine que tu as un cer­tain nombre d’obli­ga­tions vis-à-vis de RRD, quelles sont-elles ?

On teste, on dé­ve­loppe, on se montre sur les ré­seaux so­ciaux, il faut pro­po­ser des images et des idées aux ma­ga­zines, et bien sûr on fait les com­pé­ti­tions. Être spon­so­ri­sé, ce­la ne consiste pas juste à être sur l’eau, il faut aus­si être à l’écoute des gens, des autres plan­chistes, ré­pondre à des mails, prendre des pho­tos… À la fin, tout est im­por­tant !

En de­hors du wind­surf, tu fais pas mal de pré­pa­ra­tion phy­sique (cross fit, run­ning) tu peux nous en par­ler ?

J’ai com­men­cé à cou­rir beau­coup, j’ai tou­jours ai­mé ça. Mais à un mo­ment, au­de­là de 10 km de course, j’avais trop mal aux ge­noux. Avec le cross fit, tu fais au maxi­mum 6 km. J’ai ac­com­pa­gné ma femme qui est une adepte pour me bou­ger quand il n’y a ni vent ni vagues. Ce­la fait deux ans que j’en fais et j’aime de plus en plus ce­la, et je vais même par­ti­ci­per à un contest ama­teur avec ma femme. En fait, je n’aime pas beau­coup faire de l’exer­cice, je fais un peu de mus­cu­la­tion, mais aus­si beau­coup de gym­nas­tique. Quand on met tout bout à bout, ça m’aide pas mal dans le wind­surf.

La ma­nière de com­mu­ni­quer a beau­coup chan­gé de­puis que tu es pro, ça a été fa­cile de s’adap­ter ?

Oui, ça n’a plus rien à voir. Lorsque je suis al­lé à Maui en 1999 pour la pre­mière fois, la seule fa­çon de se faire connaître était d’ap­pa­raître dans les ma­ga­zines spé­cia­li­sés. Il n’y avait ni Fa­ce­book ni Ins­ta­gram… Pour être spon­so­ri­sé, il fal­lait sa­voir faire un cer­tain nombre de ma­noeuvres des deux cô­tés pour im­pres­sion­ner les team ma­na­gers. Main­te­nant, si tu as 1 000 fol­lo­wers c’est suf­fi­sant…

Tu es père de deux en­fants, qu’est-ce que ce­la a chan­gé dans ta vie de wind­sur­feur ?

Ce­la l’a amé­lio­ré. Je veux dire que je m’en­traîne plus, je me pousse à être en­core plus ra­di­cal dans l’eau parce que je sais que j’ai une fa­mille qui me sup­porte. En gé­né­ral, je na­vigue ou je m’en­traîne le ma­tin et l’après-mi­di, je passe mon temps avec mes en­fants. Si ma femme ne tra­vaille pas et que c’est très ven­té, alors elle me donne un coup de main pour les en­fants.

Pas mal d’autres ri­deurs ont fon­dé aus­si une fa­mille, ce­la a-t-il chan­gé l’am­biance du tour ?

Oui, je pense. On de­vient plus ma­ture et l’état d’es­prit a chan­gé. J’ai été le pre­mier de notre gé­né­ra­tion, je crois, à avoir des en­fants et les autres gars ont em­boî­té le pas. C’est vrai­ment su­per d’avoir des en­fants as­sez jeunes, tu as l’éner­gie pour na­vi­guer et être pa­rent à la fois.

Séance pho­tos pen­dant l’en­traî­ne­ment hi­ver­nal à Cap Town. © Dave White/RRD

Ae­rial twea­ké à Hoo­ki­pa pour l'es­pa­gnol du­rant l'épreuve de la Alo­ha Clas­sic. ©John Car­ter/PWA

Ci-des­sus : Alex est un des ri­deurs les plus po­ly­va­lent du tour, bâ­bord, tri­bord, il sait tout faire ou presque. Il ne lui manque que le double propre sur cer­taines étapes. ©John Car­ter/PWA

En com­pa­gnie de ses en­fants, Alex re­çoit le titre de vice cham­pion du monde vagues 2016. ©John Car­ter/PWA

Sor­tie de l'eau vic­to­rieuse lors de l'épreuve de Sylt. ©John Car­ter/PWA

Alex at­taque une grosse sec­tion à Hoo­ki­pa. Il man­quait d’en­traî­ne­ment pour ri­va­li­ser avec les meilleurs lo­caux pen­dant la Alo­ha Clas­sic. ©John Car­ter/PWA

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