UZIVAJ UNE ODYS­SÉE DALMATE

L’au­tomne der­nier, Fred Buet a em­bar­qué sur un voi­lier de croi­sière di­rec­tion la Croa­tie avec des scien­ti­fiques, spor­tifs et ar­tistes pour se ques­tion­ner sur notre rap­port à la na­ture, et pro­fi­ter des plus beaux spots de wind­surf, pa­ra­pente et es­ca­lade de

Wind Magazine - - TRIP - par Fré­dé­ric Buet / pho­tos DR/Ex­pé2M

Tro­gir, au sud de la Croa­tie, quelques heures d’at­tente pour lais­ser pas­ser un gros grain, et nous quit­tons le port à bord de notre Sun Odys­sey 469. Huit membres d’équi­page : scien­ti­fiques, spor­tifs, ar­tistes pour une na­vi­ga­tion de 500 miles en mer Adria­tique. Chaque membre d’équi­page a sa mis­sion : ren­con­trer les ac­teurs lo­caux du tou­risme, éva­luer la res­source en pois­son, pro­mou­voir les ac­ti­vi­tés de pleine na­ture. Entre dé­cou­verte du pa­tri­moine et consom­ma­tion, jouis­sance et conscience… Les ré­flexions sont vastes lorsque l’on veut pra­ti­quer un tou­risme res­pon­sable et du­rable. J’ai em­bar­qué sur le ba­teau avec une planche, une voile et deux paddles. J’avais en tête de réa­li­ser des longues dis­tances et le pro­jet phare de tra­ver­ser le parc na­tu­rel des Kor­na­ti, un ar­chi­pel ma­gni­fique au large de la Croa­tie.

LE WIND­SURF, UN EXEMPLE DE PRA­TIQUE ?

Je suis très heu­reux que le wind­surf ait eu sa place dans un tel pro­jet ; quel bon­heur de pou­voir contri­buer à un mes­sage éco­lo à tra­vers le wind­surf ! La «planche» est pour moi et pour beau­coup d’entre nous bien plus qu’une simple pra­tique spor­tive, da­van­tage un mode de vie. La re­la­tion à la na­ture est fu­sion­nelle tant notre corps vibre pro­por­tion­nel­le­ment à l’in­ten­si­té du vent et/ou des vagues, tant le pre­mier pla­ning de la ses­sion ré­sonne comme une li­bé­ra­tion et un pro­fond sen­ti­ment d’exis­tence. Le wind­sur­feur ne cherche pas à s’im­po­ser à la na­ture, il prend ce qu’elle lui donne au rythme des ca­prices du vent. La planche à voile sym­bo­lise la li­ber­té, et une pra­tique na­ture par ex­cel­lence. En ef­fet, le plan­chiste capte le vent dans sa voile et trans­met cette éner­gie di­rec­te­ment par son corps à la planche. Sorte d’élec­tri­sa­tion, de lien char­nel entre l’élé­ment na­tu­rel et son en­gin (la planche bien sûr… même si la di­men­sion éro­tique n’au­ra échap­pé à per­sonne…).

LE WIND­SURF, UNE PRA­TIQUE ÉCO­LO ?

Certes, le wind­surf n’émet pas de dé­chets, ne né­ces­site pas d’in­fra­struc­tures par­ti­cu­lières, et son im­pact à la pra­tique de­meure très faible. Mais sommes-nous si exem­plaires? Nous sommes sou­vent pris par une course à la per­for­mance, en­gen­drant une sur­en­chère ma­té­rielle et fi­nan­cière dif­fi­cile à te­nir pour tous. Il de­meure éga­le­ment des failles dans le re­cy­clage des ma­té­riaux de construc­tion dé­ri­vés du pé­trole, dans nos nom­breux dé­pla­ce­ments en quête de spots et de vent. Per­fec­tible donc, et s’il est une dif­fi­cul­té consta­tée lors de cette na­vi­ga­tion, c’est bien celle de la co­hé­rence, com­pli­qué d’être ir­ré­pro­chable. Sur le ba­teau, les dé­bats fusent et cha­cun ap­porte sa vi­sion, cer­tains ne prennent plus l’avion, d’autres évitent la viande, pour d’autres en­core c’est co­voi­tu­rage, éco ha­bi­tat… Il est bon de s’in­ter­ro­ger sur nos propres ac­tions, nous qui en pro­fi­tons tant et sa­vons com­bien la mer est belle et pré­cieuse. Des idées? Pour­quoi ne pas par­ta­ger nos ini­tia­tives sur les fo­rums wind­surf. Cô­té trans­port, le co­voi­tu­rage avec l’uti­li­sa­tion d’une re­morque ap­porte une bonne so­lu­tion à moindre coût fi­nan­cier et éner­gé­tique. L’avion est mal­heu­reu­se­ment un des plus gros pol­lueurs de la pla­nète, à évi­ter au maxi­mum si vous ne vou­lez pas plom­ber dé­fi­ni­ti­ve­ment votre bi­lan car­bone. Cô­té ma­té­riel, il existe dif­fé­rentes fa­çons de sou­la­ger notre im­pact: ache­ter d’oc­caz, re­vendre son vieux ma­tos, ou le par­ta­ger. Ache­ter lo­cal, ils ne sont pas nom­breux, mais des sha­peurs lo­caux existent, à l’image de Yan­naël Col­let avec sa marque ZEFFAEL qui nous a mis à dis­po­si­tion une ma­gni­fique planche made in Saint Ma­lo. Ga­soil, notre par­te­naire ai­le­rons, pro­duit éga­le­ment ses ai­le­rons en France, et c’est de plus en plus un ar­gu­ment pour dé­ci­der d’un achat. Les tech­no­lo­gies vertes évo­luent très vite en ce mo­ment et peut-être au­rons-nous bien­tôt des planches en lin avec des ré­sines bio­sour­cées, des voiles en plas­tique re­cy­clé…

WIND­SURF À PAR­TIR D’UN VOI­LIER

C’est un pa­ri un peu am­bi­tieux d’em­bar­quer du ma­tos de planche sur un voi­lier, il faut faire des choix, pas ques­tion de par­tir avec tout le qui­ver du sla­lo­meur. L’idée était de pou­voir faire des na­vi­ga­tions pa­ral­lèles avec le ba­teau. J’ai donc em­por­té du ma­té­riel de pe­tit temps très po­ly­va­lent et fa­cile à mettre en oeuvre, une voile 7.9 Ra­pid GUNSAILS et une planche ZEFFAEL de 80 cm de large, m’as­su­rant ain­si de pla­ner de 10 à 20 noeuds. Pe­tit re­gret de ne pas avoir eu une planche et un grée­ment de bas­ton, car en Croa­tie, la bo­ra peut souf­fler très fort, à l’image du mis­tral ou de la tra­mon­tane en France.

LE PRO­GRAMME WIND­SURF

Mal­gré un vent un peu faible ou car­ré­ment violent et un ma­té­riel res­treint, j’ai réa­li­sé de belles na­vi­ga­tions, de grands cross entre les îles ou des na­vi­ga­tions ty­pées sla­lom. Fin octobre, la sai­son tou­ris­tique est ter­mi­née, mais les tem­pé­ra­tures sont en­core bonnes (entre 15° et 25°), les plages sont dé­sertes à l’ex­cep­tion de la cé­lèbre plage de Bol sur l’île de Brac où j’ai croi­sé un ou deux

plan­chistes. Si­non, pas un wind­sur­feur à l’ho­ri­zon, seule­ment des pay­sages vierges et l’au­then­ti­ci­té de ce pays ac­cueillant. Par­mi les plus belles na­vi­ga­tions, la pre­mière sur l’île de Zla­rin, une mer tur­quoise et 15 noeuds ré­gu­liers pen­dant deux heures, en short et tee-shirt… au mois d’octobre ça change de la Bre­tagne. Puis di­rec­tion les Kor­na­ti, un parc na­tu­rel consti­tué d’in­nom­brables îles que je vou­lais tra­ver­ser en al­ler­re­tour, soit 80 miles de na­vi­ga­tion. Mais faute de vent suf­fi­sant, c’est au ra­len­ti que je passe au pied des ma­gni­fiques re­liefs ar­ron­dis et arides de cet ar­chi­pel. Très belle ba­lade, ac­com­pa­gné un mo­ment par Fran­çois en paddle de race. L’île de Brac à quelques miles de Split offre sur ses faces est et ouest des spots ma­gni­fiques, à no­ter par­ti­cu­liè­re­ment la langue de sable de Bol à l’ouest et le spot de Su­pe­tar à l’est qui per­met de ti­rer des bords jus­qu’à Split. Le lit­to­ral est très dé­cou­pé et truf­fé d’îles. Il offre des zones bien pro­té­gées de la houle, fai­sant de la Croa­tie un ter­rain de jeu par­fait pour le sla­lom et la longue dis­tance. Les vents sont bien mé­di­ter­ra­néens, sou­vent as­sez faibles, mais par­fois ca­pri­cieux et vio­lents, ac­cen­tués par d’im­por­tants ef­fets de côtes. Cô­té sé­cu­ri­té, j’ai uti­li­sé une VHF pour res­ter en contact avec le ba­teau, bien utile no­tam­ment lors de ce cross au­tour de l’île de Brac. Après quatre heures de na­vi­ga­tion, dont deux à pom­per pour re­joindre le ba­teau avant la nuit, le vent a fi­ni par tom­ber com­plè­te­ment, im­pos­sible d’avan­cer. Mer­ci la VHF et l’ar­ri­vée pro­vi­den­tielle de Na­tha­lie en mis­sion sau­ve­tage. Fin du pé­riple, cha­cun re­gagne son uni­vers, le pre­mier su­per­mar­ché ébloui un peu. Que l’on était bien sur notre ba­teau, pe­tit pa­ra­dis où ont ré­gné pen­dant quinze jours la bien­veillance, l’écoute et le par­tage! Mo­ments de vie in­tenses où l’exal­ta­tion des sens confron­tés à la puis­sance des élé­ments re­joint la fra­gi­li­té de nos exis­tences. Le wind­surf pos­sède ce point com­mun avec le voyage : al­ler à la ren­contre de la na­ture, des autres et de soi­même. Mer­ci à nos par­te­naires sans qui nous n’au­rions pu réa­li­ser cette na­vi­ga­tion, dont ceux liés au wind­surf: Zeffael, GUN SAILS, Ga­soil.

Ci-des­sus : gréer une voile de wind­surf sur un voi­lier, tou­jours une pe­tite mis­sion.

Ci-des­sus : mal­gré un vent sou­vent trop faible ou trop puis­sant, Fred s'est of­fert quelques ses­sions de free­ride sym­pa­thiques.

Ci-contre : pe­tite nav en pa­ral­lèle du ba­teau du cô­té de Split ! Sym­pa !

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