PWA sla­lom

Épique Da­ne­mark

Wind Magazine - - SOMMAIRE - Texte : Franck Ro­guet - Pho­tos : PWA/John Car­ter

L’épreuve de sla­lom du Da­ne­mark a en­fin mon­tré ce que la Scan­di­na­vie pou­vait of­frir lors du pas­sage des dépressions d’au­tomne. Light wind en 2016 sur deux pe­tites manches, Hvide Sande est de­ve­nu une ré­fé­rence de ra­cing en cinq jours. Tous les as­pects du ra­cing ont été dis­sé­qués pour of­frir un clas­se­ment des plus justes sur 7 manches et 2 dis­cards.

PLUIE, BASCULES DE VENT, UN VRAI TEMPS DE CADDY !

À Hvide Sande, il fal­lait être vi­sion­naire au gré de chaque averse, avoir du ma­té­riel po­ly­va­lent et cou­vrant une vaste plage d’uti­li­sa­tion : le vent pou­vait va­rier de 15 noeuds en fonc­tion du pas­sage d’un nuage. An­toine Al­beau connaît ce genre de mé­téo : « J’ai tou­jours su que l’on pou­vait avoir ce type de condi­tions. On connaît les dépressions que l’on peut avoir dans les pays du nord de l’Eu­rope, comme au Da­ne­mark ou à Sylt. Sauf qu’à Sylt, free­sty­leurs et wa­ve­ri­deurs ont la prio­ri­té dès que ça souffle. Ici, j’ai tout uti­li­sé sauf la 9.4. En ré­si­dant à l’île de Ré, j’ai une connais­sance des sys­tèmes dé­pres­sion­naires et de la lec­ture des nuages. Mais à Hvide Sande, c’était hy­per dur, il y avait de grosses masses nua­geuses et de gros grains. C’était très chaud, tu ne pou­vais pas sa­voir quel ma­tos prendre. Au fi­nal, on avait qua­si­ment tous un caddy ». Ia­chi­no confirme : « Tu dois être prêt sur la plage avec beau­coup de ma­tos. Et si tu as un caddy, c’est beau­coup mieux. J’ai de la chance avec les jeunes du team Point 7, une fois qu’ils en ont fi­ni avec leur heat, ils sont heu­reux de me fi­ler un coup de main. C’était un point clé à Hvide Sande. Je n’en ai pas eu re­cours, mais c’est un gros confort de sa­voir qu’ils sont là si be­soin. À la fin, je n’ai pas chan­gé pour plus gros ou plus pe­tit, j’ai tou­jours fait le bon choix. Mais men­ta­le­ment, tu es se­rein ».

LE MEDIUM-LIGHT POUR IA­CHI­NO, LE BAS­TON POUR AL­BEAU

En se par­ta­geant les 7 vic­toires, Al­beau et Ia­chi­no n’ont lais­sé au­cune chance à la concur­rence. De 10 à 20 noeuds, Mat­teo Ia­chi­no était in­tou­chable. Vain­queur de 3 des 7 sla­loms, ITA 140 dé­cor­tique sa com­pé­ti­tion : « Je n’ai ja­mais sor­ti la 9.2, je suis de toute

fa­çon plus ra­pide en 8.6. J’ai uti­li­sé dif­fé­rents types de com­bi­nai­sons: 8.6 sur la grosse planche, 7.8 et 7.1 avec la mé­dium, et 6.2 et 5.6 avec la pe­tite. J’étais par­fai­te­ment équi­pé. J’ai de très bons ré­glages, le même mât, le même ai­le­ron qu’en Cos­ta Bra­va, mais j’ai trou­vé un meilleur ajus­te­ment à l’amure qui me per­met­tait d’être très ef­fi­cace en 8.6 dans le cla­pot court de Hvide Sande. J’étais très fa­cile et confiant. C’est une bonne chose pour Sylt où l’on pour­rait avoir des manches si­mi­laires. Dans le vent fort, je de­vais me mettre dans le rouge et être à la li­mite quand An­toine était à l’aise. C’est là que l’épreuve s’est jouée, sur la pre­mière manche bas­ton, au pre­mier jibe avec Williams et An­toine. J’étais compétitif dans le vent fort, mais An­toine a cet avan­tage ». De son cô­té, même s’il a du mal à l’ad­mettre avec un signe d’ir­ri­ta­tion dans la voix, Al­beau re­con­naît la su­pré­ma­tie de l’Ita­lien en gros ma­tos: « Mat­teo bé­né­fi­cie d’une meilleure glisse en sor­tie de jibe en 8.4 ». De 20 à 40 noeuds, An­toine Al­beau était in­tou­chable. Vain­queur de 4 des 7 ta­bleaux, F 192 se rap­pelle au bon temps de Fuer­te­ven­tu­ra, le filtre tur­quoise en moins, de grosses gouttes en plus. Au fi­nal, seul 0,3 point sé­pare Al­beau et Ia­chi­no, au bé­né­fice du Fran­çais, en route pour un nou­veau titre de cham­pion du monde PWA. 7 Fran­çais fi­gurent dans les 10 pre­miers au clas­se­ment pro­vi­soire!

APRÈS LES AVERSES, IMPAIRS ET PÉPINS

Le sché­ma s’est mon­tré qua­si iden­tique chez les de­moi­selles : Of­frin­ga prend le light wind avec son ga­ba­rit puis­sant, Cou­sinQues­tel s’ac­ca­pare du vent fort, en maî­trise du bas­ton. Le­na Er­dil et Ma­rion Mor­te­fon ar­bitrent le duel à dis­tance avec les manches d’ou­ver­ture et de clô­ture. Mais le clou du spec­tacle est à nou­veau l’oeuvre du duo Cou­sin-Ques­tel et Of­frin­ga. Ama­teur de psy­cho­drames et de fi­nales à sus­pens, le consul­tant PWA Ben Prof­fitt n’au­rait même pas osé ima­gi­ner un tel scé­na­rio pour la manche fi­nale femme, pour le suc­cès à l’épreuve, et pour le titre mon­dial 2017. Tel un pe­nal­ty ca­ta­pul­té dans le ciel, une double faute sur une balle de match, l’as­pect psy­cho­lo­gique de la vic­toire (ou de la dé­faite, c’est se­lon) a pris le des­sus pour le dé­noue­ment du clas­se­ment fé­mi­nin. Del­phine Cou­sin-Ques­tel doit ga­gner l’ul­time sla­lom pour em­po­cher l’épreuve et faire du­rer le sus­pense jus­qu’à Nou­méa pour le titre mon­dial. Tout com­mence par la bou­lette mo­nu­men­tale d’Of­frin­ga qui se trompe de par­cours et en­traîne toute la flotte der­rière elle. Toutes les par­ti­ci­pantes de cette de­mi­fi­nale sont dis­qua­li­fiées. D’ha­bi­tude tou­jours jo­viale, la dé­tresse se lit dans le re­gard de Sa­rah-Qui­ta qui ne com­prend pas comment elle a pu réa­li­ser une telle er­reur. Elle qui mène tant de sla­loms n’a ja­mais eu ce genre de mésa­ven­tures lors de manches sans en­jeu. Dé­jà à Fuer­te­ven­tu­ra, SQO avait mon­tré des signes de fai­blesses psy­cho­lo­giques à l’ap­proche de son 10e titre consé­cu­tif de cham­pionne du monde de free­style, où sa su­pré­ma­tie ne fait au­cun doute. En sla­lom, les dé­bats sont net­te­ment plus ser­rés. Of­frin­ga est en pleurs. Du coup, elles ne sont que 5 à par­ti­ci­per à la fi­nale! Del­phine Cou­sin-Ques­tel pos­sède alors les clés de la vic­toire, jus­qu’à ce jibe où son grée­ment et ses es­poirs tombent à l’eau. C’est sa co­pine Mor­te­fon qui prend la place tant convoi­tée. Del­phine ré­cu­père les larmes de Sa­rah-Qui­ta qui em­poche l’épreuve et un nou­veau titre mon­dial sans pa­voi­ser.

En haut : Al­beau peut souf­fler, le bas­ton da­nois lui per­met de de­van­cer Ia­chi­no d’une courte tête.

Au-de­là de toutes es­pé­rances, c’est dans le bas­ton et en 5 m² que la vic­toire s’est dé­ci­dée sur le fjord de Hvide Sande, avec Al­beau aux com­mandes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.