A meet with... Gi van­ny B na­my

Zen et bien dans ma vie - - Sommaire -

Un ange nous est tom­bé du ciel. Mus­cu­la­ture de Dieu grec, che­veux blonds à la mode ca­li­for­nienne, vi­sage cé­leste et re­gard per­çant à en faire même tom­ber les da­naïdes. Du haut de ses 1.88m, Gio­van­ni Bo­na­my conti­nue de faire par­ler de lui dans le mi­lieu de la mode... et ce n’est pas près de s’ar­rê­ter ! D’abord égé­rie de la cé­lèbre marque amé­ri­caine Aber­crom­bie & Fitch, ré­pu­tée pour ses col­lec­tions ten­dances et ul­tra-mo­dernes, le man­ne­quin fran­çais par­court au­jourd’hui le monde et en­chaîne les shoo­tings pho­tos et les dé­fi­lés.

Son as­cen­sion est ful­gu­rante, en at­teste la grande po­pu­la­ri­té qu’il connaît sur les ré­seaux so­ciaux, où il draine der­rière son sillage des mil­liers de fol­lo­wers. Mal­gré son suc­cès, le fren­chie garde la tête sur les épaules. Dans une grande et belle in­ter­view sans langue de bois, Gio­van­ni re­trace son évo­lu­tion dans l’uni­vers de la mode, tout en nous fai­sant ré­flé­chir sur cer­tains su­jets prio­ri­taires tels que l’évo­lu­tion des moeurs ou en­core la cé­lé­bri­té et ce qui en dé­coule. Al­ler au de­là des ap­pa­rences et des faux-sem­blants, tel a été mon sou­hait du­rant cet en­tre­tien. Qui se cache donc der­rière ce gent­le­man au­quel rien ne ré­siste ?

Bon­jour Gio­van­ni, com­ment vas-tu ?

Bon­jour. Je vais très bien. Mer­ci.

Dans un pre­mier temps, pour celles et ceux qui ne te connaissent pas très bien, peux-tu te pré­sen­ter, briè­ve­ment ?

J’ai 27 ans. Je suis man­ne­quin de­puis main­te­nant 6 ans. J’ai com­men­cé ma car­rière en tra­vaillant pour la marque amé­ri­caine Aber­crom­bie and Fitch. En tant qu’égé­rie, j’ai été pré­sent aux ou­ver­tures des nou­veaux ma­ga­sins de la marque, en Eu­rope comme aux Etats-Unis. De­puis, tout est al­lé très vite.

Com­ment te dé­cri­rais-tu en seule­ment trois mots ?

C’est dif­fi­cile de ré­pondre, mais je di­rais : « mar­rant », « heu­reux » et « spor­tif ».

En de­hors de ton mé­tier, quelles sont tes pas­sions dans la vie ?

Qu’aimes-tu faire au quo­ti­dien ?

J’ap­pré­cie beau­coup la mu­sique, no­tam­ment le Jazz. J’en écoute sou­vent. Et puis, j’aime le sport car j’en pra­tique ré­gu­liè­re­ment. Il m’ar­rive sou­vent de re­gar­der des co­mé­dies mu­si­cales ou les grands spec­tacles de ca­ba­ret. En­fin, je suis un grand pas­sion­né de street pho­to­gra­phy.

Si tu de­vais choi­sir l’ex­pres­sion qui te ca­rac­té­rise le mieux, quelle se­rait-elle ?

Fa­cile. « Un ar­tiste n’ar­rive ja­mais à l’heure ». Pour­quoi ? Parce que je suis tou­jours en re­tard (rires).

Si tu étais un ani­mal, le­quel se­rais-tu ?

Un loup.

Si tu étais un ob­jet ?

Une balle de ba­se­ball (rires).

Quel est ton plus grand rêve ?

L’une de mes de­vises pré­fé­rées est « Fa­mi­ly first ». J’ai tou­jours rê­vé de pos­sé­der une grande mai­son pour l’en­semble de ma fa­mille. Plus qu’un rêve, j’es­time que ça doit être une prio­ri­té.

Es-tu une per­sonne en­ga­gée au quo­ti­dien ? Dé­fends-tu cer­taines causes en par­ti­cu­lier ?

Je suis très en­ga­gé en fa­veur de la lutte contre la mal­trai­tance des ani­maux.

Je suis contre la cap­ti­vi­té des « orques et dau­phins » contre l’exis­tence des parcs ma­rins. C’est une po­si­tion que j’as­sume en­tiè­re­ment. Je pro­fite des ré­seaux so­ciaux pour sen­si­bi­li­ser au

maxi­mum mes fol­lo­wers. D’une ma­nière en­core plus gé­né­rale, je pense que c’est très im­por­tant d’être im­pli­qué dans des com­bats qui nous tiennent à coeur, et de dé­fendre des causes qu’on es­time justes.

Quelle est ta vi­sion de la vie ?

Ça, c’est une ques­tion très com­pli­quée (rires). Di­sons que j’ap­par­tiens à deux mondes, le pas­sé et l’ave­nir. Par chance, j’ai été très heu­reux du­rant ma jeu­nesse, donc j’ai ten­dance à être par­fois un grand nos­tal­gique de cette époque. Mais d’un autre cô­té, les pro­jets que je pré­pare m’obligent à me pro­je­ter dans le fu­tur. En fait, je suis sur­tout de na­ture op­ti­miste et je pense qu’avec beau­coup de per­sé­vé­rance, cha­cun peut as­pi­rer vers ce qu’il veut faire ou être.

Au­jourd’hui, tu es man­ne­quin pro­fes­sion­nel.

Que penses-tu de ton tra­vail ?

Trouves-tu ce­la in­té­res­sant ? Est-ce le mé­tier dont tu rê­vais ?

Pour la pe­tite his­toire, je n’ai ja­mais rê­vé d’être man­ne­quin. C’est juste ve­nu, comme ça, tout seul. Au dé­part, je vou­lais être pom­pier de

Pa­ris, comme mon père et mon oncle. C’est mar­rant, puisque c’est au mo­ment où je pas­sais les tests pour de­ve­nir « jeune sa­peur pom­pier », que je me suis fait re­pé­rer dans la rue par cer­tains in­ter­mé­diaires de la marque Aber­crom­bie and Fitch. J’ai dé­ci­dé de ten­ter ma chance. Avant de pou­voir être en­ga­gé en tant que sa­peur pom­pier de Pa­ris, il fal­lait at­tendre une pé­riode de 6 mois, alors je me suis dit « pour­quoi ne pas faire un peu de man­ne­qui­nat en at­ten­dant ». En gros, j’ai su sai­sir ma chance. Au­jourd’hui, j’aime beau­coup mon mé­tier. Je m’éclate. Je fais des ren­contres ex­tra­or­di­naires. Même si ce n’est pas vrai­ment mon uni­vers de base, je trouve très in­té­res­sant de voir ça de l’in­té­rieur.

Com­ment as-tu dé­bu­té ta car­rière ?

Comme je l’ai dé­jà ex­pli­qué, c’est grâce à des per­sonnes d’Aber­crom­bie and Fitch. Tout a com­men­cé comme ça, ils m’ont re­pé­ré et m’ont don­né ma chance. Je n’étais pas le même qu’au­jourd’hui. Je ve­nais de ma ban­lieue, j’avais les che­veux ra­sés de près et j’étais ex­trê­me­ment mus­clé. J’étais mé­con­nais­sable (rires). Ce sont eux qui m’ont conseillé au ni­veau du look. Alors j’ai lais­sé pous­ser mes che­veux et j’ai dû perdre du poids. Pe­tit à pe­tit, j’ai fait toutes les cou­ver­tures des bou­tiques de la marque, que ce soit à Ma­drid, en Al­le­magne ou à Hong Kong. C’est comme ça que je me suis fait re­pé­rer en­suite par des agences et que ma car­rière a dé­bu­té. Il faut que les gens com­prennent que tout n’a pas été rose non plus. Les dé­buts ont été un peu dif­fi­ciles, no­tam­ment quand il fal­lait com­plé­ter son book ou faire ce qu’on ap­pelle « les mar­chés se­conds » (en Chine ou en Tur­quie no­tam­ment). Et puis, il y a beau­coup de concur­rence pour peu de re­con­nais­sance. Comme d’autres, j’ai dû faire preuve de per­sé­vé­rance pour y ar­ri­ver.

As-tu des pro­jets autres que ceux dans le cadre de ta pro­fes­sion ?

Oui, bien sûr. Après le man­ne­qui­nat, j’ai­me­rai bien de­ve­nir ac­teur. Pas for­cé­ment pour la cé­lé­bri­té. La cé­lé­bri­té ne m’a ja­mais vrai­ment at­ti­ré. Tout ce que je veux c’est qu’on me dise que je brille dans ce que je fais, que ce soit dans ma pro­fes­sion de man­ne­quin, quand je fais du sport, dans tout. Comme le dit mon père faire les choses mais les faire bien ! J’en­vi­sage de prendre des cours de co­mé­die pour amé­lio­rer ma dic­tion et ga­gner en confiance. Je ne suis pas très à l’aise quand il faut par­ler. Faut dire que dans mon mé­tier, c’est plus « sois beau et tais-toi » (rires).

Au­jourd’hui, tu es une idole, un mo­dèle, pour pas mal de jeunes. Mais qu’en est-il de toi, as-tu des mo­dèles ?

Dans le do­maine mu­si­cal, j’ad­mire beau­coup Rob­bie Williams pour son talent mais sur­tout pour sa po­ly­va­lence. Il fait du rock, de la pop, du jazz... il s’est exer­cé à tous les styles. En plus, c’est un vrai per­son­nage qui pos­sède une vraie his­toire. Concer­nant le ci­né­ma, j’ap­pré­cie Alain De­lon car il re­pré­sente, à mes yeux, la vé­ri­table classe à la fran­çaise. Sans ou­blier Brad Pitt, qui du simple point de vue phy­sique, reste une ins­pi­ra­tion. Et puis, ça fait tou­jours plai­sir lorsque cer­taines per­sonnes vous com­parent à lui (rires).

Tu es man­ne­quin, tes ins­tru­ments de tra­vail sont ton corps et ton vi­sage.

Trouves-tu nor­mal que des gens puissent réus­sir leur vie grâce à leur « belle gueule » ? Ou trouves-tu ce­la in­juste ?

Je ne trouve pas ça in­juste. Je m’ex­plique : il existe des gens très in­tel­li­gents qui ne comptent ab­so­lu­ment pas sur leur phy­sique pour réus­sir. Ils réus­sissent à faire de très belles choses, comme créer des en­tre­prises, de­ve­nir cher­cheurs ou scien­ti­fiques...vous sa­vez, par­fois j’en­vie ces per­sonnes qui ont des fonc­tions dont je suis in­ca­pable de rem­plir. Il faut de tout pour faire un monde. Mais la bonne nou­velle, c’est que per­sonne n’est con et moche à la fois, on a tous au moins un talent (rires). Je pense que les per­sonnes qui voient une in­jus­tice là-de­dans ne per­çoivent pas les choses de la bonne fa­çon. Ça ne sert à rien de se com­pa­rer aux autres. Il faut juste se fo­ca­li­ser sur ce que l’on est.

En­cou­rages-tu les dik­tats de la mode, no­tam­ment les dis­cri­mi­na­tions qu’il peut y avoir par rap­port à la taille ou au poids ?

Alors là, vous vous adres­sez à la mau­vaise per­sonne ! Je suis to­ta­le­ment contre ces dik­tats. Met­tons en­fin des femmes avec des formes ! Je suis heu­reux de consta­ter qu’il existe de plus en plus de shoo­tings avec des man­ne­quins size plus. Je suis contre cette idée de « mai­greur van­tée ». Mal­heu­reu­se­ment, les dik­tats per­sistent car cer­tains grands de la mode pré­fèrent tou­jours payer des amendes chères plu­tôt que d’em­ployer des man­ne­quins qui ont un IMC (in­dice de masse cor­po­relle) nor­mal.

Je trouve ça vrai­ment scan­da­leux.

Du coup, se­rais-tu pour une re­cons­ti­tu­tion des cri­tères de beau­té dans ce mi­lieu ?

Au­jourd’hui, dans ce mi­lieu du moins, il n’y a plus vrai­ment de beau­té à pro­pre­ment par­ler. Tout le monde peut être man­ne­quin. Le mec ra­sé va cor­res­pondre à une re­cherche par­ti­cu­lière, et le mec ta­toué à une autre. Puis on va trou­ver que le mec avec les oreilles dé­col­lées est ori­gi­nal, alors on va le prendre. En fait, on prend tous les phy­siques, sur­tout en France. Et des phy­siques aty­piques, qui font la dif­fé­rence. Le suc­cès de la man­ne­quin Win­nie Har­low en té­moigne. En France, le mi­lieu de la mode n’ap­pré­cie pas ce qui est « trop beau » ou « trop par­fait », con­trai­re­ment aux Etats-Unis, en Italie ou en Al­le­magne. C’est juste une ques­tion cultu­relle.

À l’évo­ca­tion du terme « ré­seaux so­ciaux », quelle est la pre­mière idée qui te passe par la tête ?

Ins­ta­gram. Le Ha­sh­tag style ! (rires).

Pour ré­pondre sé­rieu­se­ment, je di­rais que je pense tout de suite à la com­mu­ni­ca­tion et au par­tage.

Penses-tu que les ré­seaux so­ciaux soient le re­flet de notre exis­tence ?

Pas du tout, c’est que du Fake ! Par exemple, un in­fluen­ceur ou un blo­gueur qui va al­ler dans un su­per bel hô­tel étoi­lé, il va pas for­cé­ment pro­fi­ter du mo­ment. Il va pas s’as­seoir , kif­fer, prendre son ca­fé. Non, il va faire « style », comme je le dis sou­vent. Ce que je veux dire, c’est qu’il ne va pas ap­pré­cier le mo­ment en lui même, mais ap­pré­cier que les gens sachent qu’il est en train de, ou cen­sé en tout cas, pas­ser un bon mo­ment. Vous sai­sis­sez la nuance ? (rires) C’est que du fake, pas la réa­li­té !

On te connait no­tam­ment grâce à la cé­lèbre re­prise de la chan­son « Call me maybe » qui a cir­cu­lé sur le web et sur les ré­seaux so­ciaux, dans la­quelle on te voit beau­coup. Penses tu que les ré­seaux so­ciaux ont leur part de res­pon­sa­bi­li­té dans ta réus­site ?

Bien sûr ! On va pas se le ca­cher, c’est cette vi­déo qui m’a vrai­ment lan­cé. Par­tout dans la rue, quand on me croi­sait, on me di­sait : « Gio­van­ni, call me maybe ! » C’était gé­nial, ça m’a don­né de la sé­cu­ri­té et de la confiance, je voyais que les gens m’ap­pré­ciaient et que j’avais un bon contact avec eux.

On le voit bien, dans ton cas, les ré­seaux so­ciaux ont beau­coup ai­dé. Trouves-tu nor­mal que des gens « co­tés » sur les ré­seaux so­ciaux (snap­chat­teurs, ins­ta­gra­meurs) pos­sèdent plus de no­to­rié­té que des per­sonnes ayant un « vrai » talent, mais dont per­sonne ne se sou­cie ?

À mon grand déses­poir, les jeunes pré­fèrent suivre ou avoir comme idole des per­sonnes qui n’ont pas de talent par­ti­cu­lier, mais qui s’af­fichent et font les « beaux-gosses » sur les ré­seaux so­ciaux, plu­tôt que de s’in­té­res­ser à des per­sonnes qui ont un vrai talent. Et je ne trouve pas ça nor­mal, loin de là ! Per­son­nel­le­ment, j’aime les vrais ar­tistes et si j’en suis là, c’est aus­si parce que j’ai de réelles ins­pi­ra­tions ve­nant de vrais per­son­na­li­tés. Je n’ai ja­mais sui­vi les pe­tits blo­gueurs sans trop d’in­té­rêt.

As­so­cies-tu les ré­seaux so­ciaux à une idée de pro­grès ou bien à une sorte de dé­ca­dence ?

J’op­te­rai plus pour la dé­ca­dence. Il s’agit d’un pro­grès tech­no­lo­gique, certes, mais à cause de ça les jeunes de­viennent de plus en plus stu­pides. C’est un peu le grand drame de notre siècle.

Il n’y a qu’à voir : ils al­lument la té­lé, et sur quatre chaines dif­fé­rentes, c’est de la té­lé-réa­li­té.

On ne com­prend plus rien. Ce n’est que des dé­biles qui ne savent même pas par­ler fran­çais (rires). Evi­dem­ment, il y en a qui sortent du lot, comme mon ami Adrien Laurent (rires). Deuxio, tu ouvres Ins­ta­gram ou n’im­porte quelle autre ap­pli­ca­tion et t’ap­prends quoi ? Rien ! Tout est su­per­fi­ciel et vir­tuel et tu n’as rien ap­pris de ta jour­née si ce n’est des conne­ries. À l’époque, on n’avait pas tout ça, on fai­sait des jeux de so­cié­té, on ap­pre­nait et on par­ta­geait des choses en­semble, en fa­mille.

Je cri­tique ces com­por­te­ments mais je suis le pre­mier à m’iso­ler sur mon té­lé­phone. C’est une sorte de dé­ca­dence. Re­gar­dez com­ment on par­lait bien notre belle langue fran­çaise avant. Com­pa­ré à la ma­nière dont nous la par­lons au­jourd’hui, c’est triste. J’es­père qu’un jour, le « bien par­ler » re­vien­dra ! En toute sin­cé­ri­té, je pense que les ré­seaux so­ciaux ont joué leur rôle dans l’ap­pau­vris­se­ment de notre vo­ca­bu­laire, même si ce n’est pas le seul fac­teur.

Penses-tu que les ré­seaux so­ciaux soient à l’ori­gine de cer­tains fléaux de notre so­cié­té, comme ce­lui de l’ap­pau­vris­se­ment des re­la­tions hu­maines, la mon­tée de l’in­di­vi­dua­lisme ou en­core de la presse ?

Clai­re­ment ! On le voit très bien, avant il y avait beau­coup plus de ma­ga­zines im­pri­més, ce qui est moins le cas au­jourd’hui. Même le ma­ga­zine Vogue, clas­sique de l’uni­vers de la mode, voit ses ventes bais­ser. Pour ce qui est de leur éven­tuelle par­ti­ci­pa­tion à l’ap­pau­vris­se­ment des re­la­tions hu­maines, je m’en rends pas bien compte vu que j’ai plus ou moins gran­di avec.

Penses-tu que d’une ma­nière gé­né­rale, les gens fassent un bon usage des ré­seaux so­ciaux ? Ou que ceux- ci sont trop sou­vent mal uti­li­sés ?

Dans la ma­jo­ri­té des cas, je pense qu’ils sont bien uti­li­sés, même si on par­tage par­fois tout et n’im­porte quoi... L’un des plus grands avan­tages que nous offre les ré­seaux so­ciaux est la vi­tesse à la­quelle cir­cule l’in­for­ma­tion. Dès qu’il se passe quelque chose dans le monde, où que tu sois, tu es di­rec­te­ment mis au cou­rant. J’ai un autre exemple en tête : tu perds ta carte bleue, ce qui m’ar­rive sou­vent (rires), en une mi­nute, tu peux faire op­po­si­tion, et trois jours après tu en ré­cu­pères une autre. C’est le cô­té pra­tique. Après oui, des gens se servent des ré­seaux so­ciaux à des fins per­verses mais, heu­reu­se­ment, ça reste en­core une mi­no­ri­té.

Pour­rais-tu vivre sans les ré­seaux so­ciaux ou te sont-ils, au­jourd’hui, in­dis­pen­sables ?

J’ai­me­rai vivre sans des fois (rires). J’es­saye d’avoir tout le temps du conte­nu pour mo­ti­ver mes abon­nés, leur par­ta­ger de la bonne hu­meur. Ca fait parti de mon per­son­nage.

Si on de­vait m’en­le­ver mon té­lé­phone por­table, ça m’em­bê­te­rait un peu, mais je ne se­rais pas du tout mal­heu­reux. Je ne suis pas du genre à être ac­cro. Par exemple, je n’ai ja­mais joué à la Ga­me­boy ou à la Plays­ta­tion, je ne suis pas ac­cro à tous ces trucs nu­mé­riques. La seule chose qui pour­rait vrai­ment me rendre mal­heu­reux, c’est m’en­le­ver Net­flix, le soir (rires).

Beau­coup de star­lettes de té­lé-réa­li­té sont sui­vies par beau­coup de per­sonnes sur les ré­seaux so­ciaux. Leurs sto­ries Snap­chat font même par­fois plus d’au­diences que cer­tains pro­grammes dif­fu­sés sur TF1. Que penses-tu des té­lé-réa­li­tés et des va­leurs qui y sont vé­hi­cu­lées ?

Ou­la­la, Je vais me faire des en­ne­mis (rires).

Même quand j’avais 16 ou 17 ans, je n’ai ja­mais re­gar­dé plus de deux mi­nutes ces pro­grammes. J’ai tou­jours fait un blo­cage sur ce genre d’émis­sion. Non seule­ment, je trouve que les can­di­dats mas­sacrent notre belle langue fran­çaise, mais en plus les na­nas qui par­ti­cipent dé­gagent très sou­vent une mau­vaise image de la femme. Presque toutes res­semblent à des bim­bos too-much. Pa­reil pour les gar­çons. Ils re­pré­sentent tous le même sté­réo­type : grand, mus­clé, ta­toué, ac­cent pro­non­cé... Mal­gré tout, je ne veux pas faire une gé­né­ra­li­té, j’ai des amis qui font de la té­lé réa­li­té, et ils sont su­per in­tel­li­gents et ont de vrais pro­jets.

Es­sayes-tu à tra­vers les ré­seaux so­ciaux de don­ner à tes fol­lo­wers une image par­faite de toi ? Ou au contraire, es­sayes-tu de leur mon­trer qui tu es réel­le­ment ?

J’es­saye tout sim­ple­ment de don­ner aux gens de la bonne hu­meur. Don­ner et par­ta­ger ma bonne hu­meur, non pas pour me la jouer « m’as-tu vu » ou me la ra­con­ter, mais juste pour faire plai­sir à mes fol­lo­wers et les re­mer­cier de me suivre. Une phrase me re­vient en tête : construis ton bon­heur et tu construi­ras ce­lui des autres. Je construis mon bon­heur et j’es­saye, comme je peux, de contri­buer à ce­lui des gens qui me sou­tiennent.

Beau­coup de jeunes s’iden­ti­fient à toi et te consi­dèrent comme un mo­dèle en es­sayant de te res­sem­bler. On en­tend sou­vent que les ré­seaux so­ciaux et ce qui cir­cule des­sus peuvent être à l’ori­gine de com­plexes pour beau­coup. Qu’au­rais-tu à dire à pro­pos de ça ?

Tout d’abord, il faut ap­prendre à ne plus être com­plexé. Cha­cun est comme il est et cha­cun pos­sède sa propre vie, donc il faut suivre son propre che­min. Par exemple, mes meilleurs potes ont tous un bou­lot, de 8h à 18h, en­suite ils vont à la salle de sport et suivent leur pe­tite rou­tine. Ce­la les rend très heu­reux. Pas be­soin d’être à Mia­mi ou à New York pour tou­cher au bon­heur. Cha­cun voit les choses à sa ma­nière.

Quelque part, je suis moi-même un par­ti­san de la sim­pli­ci­té : quand je suis le plus heu­reux c’est pas quand je suis à Los An­geles mais à la salle de sport avec mes amis ou en train de man­ger ja­po­nais à cô­té de chez moi (rires).

Trouves-tu nor­mal que des gens soient « fans » de toi ? Et est-il fa­cile de prendre la grosse tête quand on est quel­qu’un de « po­pu­laire » ?

Pour com­men­cer, je pense que mes fol­lo­wers ne sont pas « fans » de moi. Ils me suivent parce qu’ils m’ap­pré­cient, mais ils ne peuvent pas être vrai­ment des « fans », car je ne suis pas un ar­tiste. Concer­nant les per­sonnes qui m’ar­rêtent dans la rue pour me sa­luer ou me glis­ser un mot sym­pa, ça fait ex­trê­me­ment plai­sir, mais je n’ai pas l’ha­bi­tude de prendre la grosse tête.

Au contraire, ça me mo­tive à faire mieux.

Que penses-tu de toutes ces you­tu­beuses « beau­té » ? Penses-tu que leur car­rière est juste éphé­mère ou bien pour­ront-elles faire ça toute leur vie ?

Alors là, je vais avouer l’in­avouable, je n’ai ja­mais re­gar­dé une seule vi­déo d’une you­tu­beuse beau­té. Je n’y ar­rive pas (rires). Pour­tant, j’en connais bien une cen­taine, j’en ai d’ailleurs en­core ren­con­tré il y a deux se­maines...mais je n’y ar­rive pas (rires). Sin­cè­re­ment, je pense qu’elles ne pour­ront pas faire ça toute leur vie, car ce concept va fi­nir par s’es­souf­fler. Mais je ne m’in­quiète pas non plus pour elles car les meilleures gagnent tel­le­ment bien leur vie qu’elles peuvent dé­jà s’ache­ter au moins deux mai­sons (rires).

Est-ce que ce­la te fait plai­sir de voir que tu es sui­vi par beau­coup de gens sur les ré­seaux et que tu as beau­coup de likes etc ? Est-ce une sa­tis­fac­tion, une fier­té per­son­nelle ? Et, trouves -tu jus­ti­fiée ta dé­ci­sion d’avoir adop­té le sta­tut de per­son­nage pu­blic sur Ins­ta­gram ?

Je ne vais pas vous le ca­cher, j’en suis as­sez fier, car je pense que c’est mé­ri­té. Une chance s’est pré­sen­tée à moi, avec la firme Aber­crom­bie, et j’ai su la sai­sir. Concer­nant le sta­tut de per­son­nage pu­blic, je trouve ça tout à fait nor­mal dans la me­sure où je fais parti des 20 man­ne­quins les plus sui­vis au monde.J’ai eu la chance de col­la­bo­rer avec les plus grandes en­seignes, en France ou à l’in­ter­na­tio­nale. Je ne dis pas ça pour me la « ra­con­ter », vrai­ment pas. Mais c’est un fait.

Es-tu en concur­rence avec les autres Ins­ta­gra­meurs ?

Pas du tout ! Bien au contraire. Je suis le pre­mier à tout par­ta­ger, à faire des Ins­tas­to­ries, à ta­guer des gens que je ne connais pas. J’ai plu­sieurs amis qui sont aus­si man­ne­quins et qui sont éga­le­ment très sui­vis. Et je suis tou­jours aus­si content de les re­voir, lorsque l’oc­ca­sion se pré­sente. Et je ne peux pas être en concur­rence avec les blo­gueurs ou les in­fluen­ceurs car je n’en suis pas un.

Cer­tains scien­ti­fiques ont as­si­mi­lé les ré­seaux so­ciaux à une drogue et af­fir­mé que cer­taines per­sonnes se « shoo­taient » aux likes et aux com­men­taires. Qu’en penses-tu ? Te re­con­nais-tu dans ce constat ?

Pour ma part, pas du tout. Mais c’est vrai que pour cer­taines de mes fré­quen­ta­tions, les ré­seaux so­ciaux sont réel­le­ment de­ve­nus une drogue.

J’ai même vu des gens qui com­men­çaient vrai­ment à de­ve­nir fous. Toute la jour­née, les ré­seaux so­ciaux étaient pré­sents dans leur es­prit. Ils ne pen­saient plus qu’à ça ! Moi, c’est ve­nu pro­gres­si­ve­ment. Même si je suis sui­vi par des mil­liers de fol­lo­wers, j’es­saye quand même de gar­der une dis­tance. Pour tout vous dire, c’était ma soeur qui gé­rait mon compte Ins­ta­gram à mes dé­buts et qui pu­bliait mes pho­tos. Je me ren­dais pas compte à quel point la po­pu­la­ri­té aug­men­tait. Ça me fait sim­ple­ment plai­sir.

Rien de plus.

Penses-tu que pour « réus­sir » sur les ré­seaux so­ciaux il faille né­ces­sai­re­ment être beau ou belle ? Penses-tu qu’ils par­ti­cipent in­di­rec­te­ment à une sorte de dis­cri­mi­na­tion ?

Non, je ne crois pas, car il y a bien des gens qui sont loin d’avoir un phy­sique avan­ta­geux et qui sont énor­mé­ment sui­vis. Il n’y pas que la beau­té qui in­té­resse. Par exemple, un type pas for­cé­ment beau, mais qui voyage beau­coup et qui pu­blie des pho­tos in­té­res­santes, va tout de même être sui­vi par des fol­lo­wers. Donc la beau­té n’est pas for­cé­ment le seul cri­tère. Après, c’est vrai que dans cer­tains cas, ça aide pas mal. C’est sur, que quand t’es une na­na qui se pré­tend « fit­ness girl » ou un mec man­ne­quin de pro­fes­sion, na­tu­rel­le­ment les gens vont avoir ten­dance à te suivre pour la beau­té et ce que tu dé­gages au pre­mier abord. Dans mon cas, oui, j’ima­gine que c’est mon phy­sique qui in­cite les gens à me suivre.

Pour ré­pondre à la ques­tion sui­vante, je ne per­çois pas ça comme de la dis­cri­mi­na­tion puisque per­sonne n’est mis à l’écart. On peut très bien avoir des mil­liers de fol­lo­wers sans avoir une belle gueule.

Penses-tu que c’était mieux avant ? Que toutes ces nou­velles tech­no­lo­gies, tous ces nou­veaux moyens de dif­fu­sion et de com­mu­ni­ca­tion dé­na­turent l’homme ?

Je n’irais pas ju­qu’à af­fir­mer que ce­la « dé­na­ture » l’homme. Mais c’est vrai qu’on note quelques pe­tits chan­ge­ments. Avant, quand j’étais en­fant, je n’avais pas de Gam­boy ou ce genre de gad­gets, et tout se pas­sait très bien pour­tant.

Tous les week-end on se re­trou­vait en fa­mille. Au­jourd’hui, quand je vois ma fa­mille, tous et sans for­cé­ment s’en rendre compte, on est ri­vé sur nos por­tables res­pec­tifs. Il n’y a plus de vrai par­tage ou de vrai contact, comme avant. C’est de­ve­nu nor­mal. Je pense que le trop plein de tech­no­lo­gie nous en­combre la vie et l’es­prit.

Penses-tu que les ré­seaux puissent être dan­ge­reux men­ta­le­ment pour cer­tains in­di­vi­dus, et que cette gé­né­ra­tion Z comme on l’ap­pelle, puisse souf­frir de l’im­pact des ré­seaux so­ciaux sans s’en rendre compte ?

Le pro­blème c’est qu’entre l’âge de 12 et 18 ans, tu construis ta per­son­na­li­té et c’est à ce mo­ment que tu dé­cides de qui tu veux être, le mé­tier que tu veux faire...et la plu­part de ces jeunes passent leur vie sur les ré­seaux so­ciaux. A cause de ça, ils ne construisent pas leur vé­ri­table per­son­na­li­té. Cer­tains de­viennent même su­per­fi­ciels.

Penses-tu que ce phé­no­mène puisse être à l’ori­gine d’un éveillem­ment trop grand et donc un risque pour l’en­fant, ou l’ado­les­cent, de ne pas être en phase avec leur âge ?

Oui, je le crois. Les en­fants d’au­jourd’hui n’ont pas la même in­no­cence que les en­fants d’au­tre­fois. À 12 – 13 ans, la plu­part pos­sède dé­jà un té­lé­phone por­table, par exemple. Après, l’édu­ca­tion in­cul­quée par les pa­rents reste la chose pri­mor­diale. Mais c’est plu­tôt vé­ri­dique, les ré­seaux so­ciaux re­pré­sentent un risque pour les en­fants.

Penses-tu qu’il se­rait ju­di­cieux de sen­si­bi­li­ser les jeunes dès leur plus jeune âge à l’école et leur in­cul­quer une sorte de code de « bonne conduite » à adop­ter ?

Oui, très bonne idée, ça pour­rait être ju­di­cieux de mar­quer le coup par des gestes de pré­ven­tion. Mais pas trop tôt. Di­sons qu’on pour­rait mettre en place un truc dans le genre à par­tir de la sixième.

Concrè­te­ment, est-il pos­sible de réus­sir sans être pré­sent sur les ré­seaux so­ciaux ?

(rires) Mais bien sûr ! Même si c’est vrai, qu’il est im­por­tant d’être pré­sent sur cer­tains ré­seaux so­ciaux, et ce peu im­porte la pro­fes­sion que tu exerces, pour des ques­tions de vi­si­bi­li­té ou de com­mu­ni­ca­tion. Après, tout dé­pend des per­sonnes. Si un spor­tif est bon dans son do­maine, il n’au­ra pas be­soin d’une pré­sence sur les ré­seaux pour ex­plo­ser, pa­reil pour le mec qui ar­rive à créer une so­cié­té...

La nou­velle mise à jour de Snap­chat per­met main­te­nant à tes amis de pou­voir vi­sua­li­ser l’en­droit où tu te trouves. De plus en plus, les ré­seaux so­ciaux cherchent à s’in­fil­trer dans la vie pri­vée et l’in­ti­mi­té des gens ?

Que penses-tu de ce­la ?

C’est to­ta­le­ment abu­sé, ce sont des fous fu­rieux ! Je me suis di­rec­te­ment mis en mode « fan­tôme », lorsque mon en­tou­rage m’en a par­lé. Cette fa­çon de géo­lo­ca­li­ser en live les per­sonnes est as­sez dan­ge­reuse. Ima­gi­nez les pe­tites meufs de 16 ans qui mettent sur les ré­seaux des pho­tos un peu dé­nu­dées, comme c’est la norme au­jourd’hui, il suf­fit d’un seul per­vers pour les géo­lo­ca­li­ser, et c’est le drame. Ca va trop loin !

Quel est ton ré­seau so­cial pré­fé­ré ?

Uber ! (rires). Non, je plai­sante. Je di­rais Ins­ta­gram, puisque c’est le ré­seau sur le­quel les gens sont le plus ac­tifs. Et puis, on ne va pas se le ca­cher, ça fait tou­jours plai­sir de lire des com­men­taires po­si­tifs lorsque je poste des pho­tos de dé­fi­lés ou autres.

Si au­jourd’hui, tu de­vrais créer un nou­veau ré­seau so­cial, com­ment s’ap­pel­le­rait-il et en quoi consis­te­rait-il ?

J’ai tou­jours vou­lu créer une ap­pli­ca­tion, mais je ne vous di­rais rien, car vous al­lez me pi­quer l’idée (rires). Bon, comme je suis sym­pa, je vais vous confier mon idée (rires). J’ai tou­jours vou­lu créer une ap­pli­ca­tion re­la­tive au coa­ching spor­tif. Par exemple : tu cherches un coach de yo­ga pour sa­me­di 13h. Tu tapes tous ces cri­tères dans la barre de re­cherche de l’ap­pli­ca­tion et ins­tan­ta­né­ment, tu trouves le coach de yo­ga le plus proche de chez toi. Un peu comme Uber, mais avec un coach spor­tif (rires).

Si tu avais un mes­sage à faire pas­ser, ce se­rait le­quel ?

Res­tez vous-même !

Si tu de­vais chan­ger quelque chose dans le monde, ce se­rait quoi ?

Je fe­rais tout mon pos­sible pour amé­lio­rer la con­di­tion des ani­maux et lut­ter contre leur mal­trai­tance. Il existe en­core au­jourd’hui trop de tor­tures in­fli­gées aux ani­maux. Stop ! Quand il y a eu la grippe aviaire et que les au­to­ri­tés sa­ni­taires de­vaient abattre les oi­seaux conta­mi­nés, ils les ont mis dans une grande ma­chine et ils les ont tor­tu­ré jus­qu’à leur mort. C’est ab­so­lu­ment dé­gueu­lasse. In­qua­li­fiable. Scan­da­leux. Il faut en fi­nir avec ces cou­tumes bar­bares !

Si tu avais un pou­voir ?

Ce­lui de pou­voir vo­ler. J’irais de New-York à Mi­lan gra­tui­te­ment, comme Cap­tain Ame­ri­ca ! (rires).

Pour conclure, as-tu quelque chose à ajou­ter ? Un point que tu ai­me­rais mettre en lu­mière, sur le­quel nous n’avons pas eu l’oc­ca­sion de nous ar­rê­ter ?

Je veux sim­ple­ment dire aux gens qui lisent cette in­ter­view : « ne bais­sez ja­mais les bras ». Quand j’étais pe­tit, j’avais un pe­tit sou­ci de san­té qui m’em­pê­chait de faire du sport et qui au­rait dû m’em­pê­cher de gran­dir. Mais je n’ai ja­mais bais­sé les bras et mes pa­rents m’ont tou­jours sou­te­nu. J’étais éga­le­ment dys­lexique, ce qui m’a énor­mé­ment com­plexé. Je souf­frais d’un grand manque de confiance en moi. Mais j’ai tout fait pour tra­ver­ser les épreuves au mieux. Si j’ai pu le faire, tout le monde en est ca­pable. Ne bais­sez ja­mais les bras !

Com­ment dit-on au re­voir chez toi ?

ad­dio tut­ti ti amo forte pie­no di ba­ci !!!

Pho­to­gra­phy : GUESS

Pho­to­gra­phy : BLUEMINT

Pro­pos re­cueillis par Char­lotte Flo­ren­tin

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