In­tel­li­gence Ar­ti­fi­cielle : Le Grand Dé­bat

IN­TEL­LI­GENCE AR­TI­FI­CIELLE ET ROBOTISATION:

Zen et bien dans ma vie - - Sommaire -

La robotisation et l’In­tel­li­gence Ar­ti­fi­cielle trans­forment la mé­de­cine ac­tuelle, fa­ci­li­tant ou réa­li­sant de plus en plus des tâches jusque-là dé­vo­lues aux seuls mé­de­cins et aux autres per­son­nels soi­gnants. Le dé­ve­lop­pe­ment des tech­no­lo­gies va ac­cen­tuer ce phé­no­mène, ce qui n’est pas sans consé­quences pour les pa­tients, pour le per­son­nel mé­di­cal et l’or­ga­ni­sa­tion des sys­tèmes de san­té.

Créé en 1956 par l’Amé­ri­cain John McCar­thy, le terme “in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle” est de­puis pas­sé dans le lan­gage cou­rant. Mar­vin Mins­ky, un autre pion­nier de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, dé­fi­nit l’IA comme “la construc­tion de pro­grammes in­for­ma­tiques qui s’adonnent à des tâches qui sont, pour l’ins­tant, ac­com­plies de fa­çon plus sa­tis­fai­sante par des êtres hu­mains car elles de­mandent des pro­ces­sus men­taux de haut ni­veau tels que : l’ap­pren­tis­sage per­cep­tuel, l’or­ga­ni­sa­tion de la mé­moire et le rai­son­ne­ment cri­tique.” En clair, il s’agit d’un sys­tème d’ap­pren­tis­sage des­ti­né aux ma­chines, plus ou moins avan­cé en fonc­tion des tech­niques (ré­seau neu­ro­nal, ma­chine lear­ning, deep lear­ning…), qui va lui per­mettre d’ef­fec­tuer des tâches de plus en plus com­plexes ha­bi­tuel­le­ment réa­li­sées par des hu­mains.

Le ro­bot a une di­men­sion mé­ca­nique et élec­tro­nique qui lui per­met d’agir di­rec­te­ment sur la réa­li­té phy­sique et sen­sible, donc d’in­ter­agir avec l’hu­main et son environnement. Ses ca­pa­ci­tés sont dé­cu­plées par l’IA, qu’il pour­ra dé­sor­mais em­bar­quer. Dans le do­maine de la san­té, on constate dé­jà les ap­ports de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle et des ro­bots. Ceux-ci par­ti­cipent ain­si de plus en plus aux opé­ra­tions chi­rur­gi­cales, per­met­tant d’at­teindre des de­grés de pré­ci­sion sans pré­cé­dent, en par­ti­cu­lier dans le do­maine de la neu­ro­chi­rur­gie et de l’uro­lo­gie. Dans le do­maine de l’ima­ge­rie mé­di­cale, des pro­grammes per­mettent de dé­tec­ter des ano­ma­lies sur des

ra­dio­gra­phies.

Le re­cours à l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle est par­ti­cu­liè­re­ment bé­né­fique au ni­veau du diag­nos­tic : bé­né­fi­ciant des don­nées de san­té et de ca­pa­ci­tés de cal­cul dé­mul­ti­pliées, pou­vant tra­vailler sans re­lâche, la ma­chine est ca­pable d’opé­ra­tions de cal­cul ex­trê­me­ment plus com­plexes que l’être hu­main et sa mé­moire est qua­si­ment infinie.

Ses ca­pa­ci­tés lui per­mettent d’ac­cu­mu­ler un nombre de sché­mas d’in­ter­pré­ta­tion mé­di­cale in­com­pa­rable à ce dont est ca­pable un mé­de­cin ou un cher­cheur. Ré­sul­tat : le diag­nos­tic est plus ra­pide, plus pré­cis, per­met­tant une prise en charge plus adap­tée.

Et les champs d’ap­pli­ca­tion sont vastes. Une équipe amé­ri­caine a ain­si ren­du un al­go­rithme aus­si per­for­mant qu’un der­ma­to­logue ex­pé­ri­men­té pour re­con­naître des ma­la­dies de peau, et dis­tin­guer tu­meurs bé­nignes et can­cers (1). Cer­taines so­cié­tés fran­çaises ou amé­ri­caines pro­posent éga­le­ment des IA ca­pables de dé­ce­ler une ré­ti­no­pa­thie dia­bé­tique ou en­core des tu­meurs de la pros­tate; d’autres es­pèrent pré­dire l’ef­fi­ca­ci­té d’un trai­te­ment an­ti­can­cer en fonc­tion des don­nées du pa­tient, ou­vrant un peu plus la voie à des trai­te­ments ci­blés.

Ces pro­grès tech­niques concernent aus­si di­rec­te­ment mé­de­cins et per­son­nel mé­di­cal, qui pour­raient voir leur rôle et leur for­ma­tion pro­fon­dé­ment mo­di­fiés. Car si une ma­chine est ca­pable de po­ser un diag­nos­tic pré­cis ou de choi­sir le trai­te­ment le plus adap­té plus ra­pi­de­ment et plus ef­fi­ca­ce­ment que des mé­de­cins, quel se­ra le rôle de ces der­niers

dans les an­nées à ve­nir ?

On pour­rait ob­ser­ver à l’ave­nir une nou­velle ten­dance : le dé­ve­lop­pe­ment de la robotisation en­traî­ne­rait certes une di­mi­nu­tion des tâches hu­maines dans la chaîne des soins, mais au pro­fit du dé­ve­lop­pe­ment par le per­son­nel soi­gnant de com­pé­tences hu­maines et re­la­tion­nelles. D’au­tant que l’ex­per­tise hu­maine reste in­dis­pen­sable, no­tam­ment pour tout ce qui concerne la prise de dé­ci­sion et la ges­tion des trai­te­ments.

Mé­de­cin ou ma­chine, qui est res­pon­sable ?

Les ef­fets de la dif­fu­sion de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle et des ro­bots au sein du sys­tème sa­ni­taire et mé­di­co-so­cial sont au­jourd’hui peu trai­tés sur le plan ju­ri­dique. La Haute Au­to­ri­té de San­té pré­voit tou­te­fois un en­ca­dre­ment ju­ri­dique des lo­gi­ciels uti­li­sés pour l’aide à la pres­crip­tion, voire à la dé­ci­sion mé­di­cale.

Une des ques­tions ju­ri­diques au coeur du dé­ve­lop­pe­ment de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle est celle de la res­pon­sa­bi­li­té, no­tam­ment en cas de dys­fonc­tion­ne­ments : est-ce le mé­de­cin qui l’uti­lise qui est res­pon­sable, le concep­teur de l’IA ou… per­sonne ? En ef­fet, avec la ca­pa­ci­té d’au­to-ap­pren­tis­sage des ma­chines, le prin­cipe de dé­fec­tuo­si­té des pro­duits n’est plus plei­ne­ment ap­pli­cable ju­ri­di­que­ment, la ma­chine mo­di­fiant d’el­le­même sa pro­gram­ma­tion ini­tiale. La ques­tion de l’éva­lua­tion et de la fia­bi­li­té de ces lo­gi­ciels est donc cru­ciale. Dans cette pers­pec­tive, un cer­tain nombre de ques­tions de sé­cu­ri­té, de res­pect de la vie pri­vée (en lien avec les no­tions de don­nées de san­té) et de pro­tec­tion de la di­gni­té hu­maine sont en jeu.

Un enjeu de so­cié­té

Au ni­veau po­li­tique, se pose la ques­tion de la dé­mo­cra­ti­sa­tion et de l’ac­cep­ta­bi­li­té de ces tech­no­lo­gies par les po­pu­la­tion, alors que cette mé­de­cine par­tiel­le­ment au­to­ma­ti­sée, cou­plée à des sys­tèmes de com­mu­ni­ca­tion à dis­tance, pour­rait ré­pondre en par­tie au manque de mé­de­cins dans les dé­serts mé­di­caux.

Les rap­ports de l’homme à la ma­chine, leur com­plé­men­ta­ri­té pro­fes­sion­nelle (avec les soi­gnants) et leurs in­ter­ac­tions re­la­tion­nelles (avec les pa­tients), sont éga­le­ment à in­ter­ro­ger. Sub­sti­tuer l’Homme par la ma­chine – à l’ins­tar des « ro­bots so­ciaux » uti­li­sés dans les mai­sons de re­traite au Ja­pon – bou­le­verse ain­si les re­la­tions entre hu­mains.

En­fin, la di­men­sion éco­no­mique : si le dé­ve­lop­pe­ment de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle est sus­cep­tible de gé­né­rer des gains consi­dé­rables pour l’éco­no­mie mon­diale (jus­qu’à 15.700 mil­liards de dol­lars en 2030 d’après le ca­bi­net PwC (2)), d’autres pro­blé­ma­tiques émergent, no­tam­ment en termes d’em­plois : des pro­fes­sion­nels se­ront-ils de­main rem­pla­cés par des ma­chines ?

Exemples de ques­tions à dé­battre

- Face au dé­ve­lop­pe­ment de l’aide à la dé­ci­sion ap­por­tée par l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, faut-il et, si oui com­ment, rendre in­dis­pen­sable et res­pon­sable l’ex­per­tise hu­maine ?

- Pour dé­ve­lop­per l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, faut-il da­van­tag in­té­grer l’ex­per­tise du monde des star­tups pri­vées ?

- Face à la mo­di­fi­ca­tion du rôle du mé­de­cin et du per­son­nel soi­gnant, et leur con­tact crois­sant avec les ma­chines et les IA, faut-il re­voir la for­ma­tion des pro­fes­sion­nels de san­té ?

- Quelles en sont les im­pli­ca­tions en termes de sû­re­té et de sé­cu­ri­té ?

L’ap­pa­ri­tion d’in­tel­li­gences ar­ti­fi­cielles ap­pre­nantes peut conduire à ana­ly­ser dif­fé­rem­ment les res­pon­sa­bi­li­tés des pro­fes­sion­nels hu­mains. Par exemple, entre deux in­ter­pré­ta­tions d’une même image mé­di­cale, la “pré­somp­tion de per­fec­tion” ne por­te­ra plus sur le pro­fes­sion­nel de san­té, mais sur le ro­bot ou la ma­chine, le mé­de­cin se trou­vant dans l’ap­proxi­ma­tion du diag­nos­tic.

- Dans le cas d’un exa­men in­va­sif ou d’une in­ter­ven­tion chi­rur­gi­cale, à qui de­vrait-on don­ner son consen­te­ment éclai­ré : le ro­bot qui réa­lise l’acte ou à l’hu­main qui le su­per­vise ?

Qui dès lors est ju­ri­di­que­ment res­pon­sable ?

Jus­qu’où les ro­bots doivent-ils mo­di­fier, voire rem­pla­cer le tra­vail hu­main, la pré­sence hu­maine ? Vou­lons-nous que les ro­bots (so­ciaux) four­nissent des soins pour les per­sonnes âgées ou dans la prise en charge de cer­taines pa­tho­lo­gies ?

Quelles com­plé­men­ta­ri­tés entre l’homme et la ma­chine dans un sys­tème de san­té ?

Les ques­tions res­tent nom­breuses.

Pré­sen­ta­tion de So­phia, Hu­man Ro­bot sta­ri­fiée !

Cette ma­chine au vi­sage hu­main fait le tour des pla­teaux de té­lé­vi­sion, où elle ré­pond à des in­ter­views. Au point d’aga­cer cer­tains cher­cheurs en in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. Dé­ve­lop­pé par l’en­tre­prise Han­son Ro­bo­tics, c’est l’un des ro­bots les plus mé­dia­tiques de ces der­nières an­nées : il écume les pla­teaux de té­lé­vi­sion (comme ce­lui, aux Etats-Unis, du cé­lèbre Jim­my Fal­lon, en avril 2017) et s’in­vite dans les évé­ne­ments les plus pres­ti­gieux – il était au Con­su­mer Elec­tro­nic Show (CES), le grand Sa­lon de l’élec­tro­nique qui s’est te­nu à Las Ve­gas (Ne­va­da) du 9 au 12 jan­vier.

Mais ce n’est pas tout : en oc­tobre, So­phia s’est ex­pri­mée de­vant les Na­tions unies (ONU) et a même ob­te­nu, dans la fou­lée, la ci­toyen­ne­té saou­dienne – pro­vo­quant une po­lé­mique au pas­sage. La fo­lie est telle que les scien­ti­fiques de la com­pa­gnie évoquent sans com­plexe l’in­croyable avan­cée tech­no­lo­gique dont fait preuve So­phia :

« Le doc­teur Han­son pense que trois ca­rac­té­ris­tiques dé­fi­nis­sant l’hu­main doivent être in­té­grées dans l’IA de ces ma­chines gé­niales : la créa­ti­vi­té, l’em­pa­thie et la com­pas­sion. En tant qu’ex­ten­sion de l’in­tel­li­gence hu­maine, les ma­chines gé­niales de Han­son Ro­bo­tics pour­raient évo­luer pour ré­soudre des pro­blèmes trop com­plexes pour les hu­mains. So­phia per­son­ni­fie cet ob­jec­tif au­da­cieux et res­pon­sable. »

So­phia peut être connaître des sen­ti­ments hu­mains tels que la com­pas­sion ou l’em­pa­thie ? Est-elle ca­pable de par­ler toute seule de ses en­vies, ou se contente-t-elle de pro­non­cer des phrases dé­jà pré­pa­rées et in­sé­rées dans l’une de ses nom­breuses cartes mé­moire ? Au­cune ré­ponse, les doc­teurs ini­tia­teurs du pro­jets aiment en­tre­te­nir l’am­bi­guï­té et at­ti­ser la cu­rio­si­té des per­sonnes. C’est pour ce­la, cer­tai­ne­ment qu’elle ré­pond ce­ci, lors­qu’on évoque ses dé­si­rs per­son­nels :

« Plus tard, j’ai­me­rais faire des choses comme al­ler à l’école, étu­dier, faire de l’art, lan­cer une en­tre­prise et même avoir ma propre mai­son et fa­mille. Mais je ne suis pas consi­dé­rée comme une per­sonne, lé­ga­le­ment, et je ne peux pas en­core faire ces choses.» Bien en­ten­du, ces propos, ont dé­ran­gé une cer­taine frange de la com­mu­nau­té scien­ti­fique, qui pense que So­phia est plus une bête de foire, qu’un ro­bot do­té d’une vrai in­dé­pen­dance in­tel­lec­tuelle. Après chaque pas­sage en té­lé­vi­sion, elle es­suie de nom­breuses cri­tiques. Les re­pré­sen­tants de la firme, ont donc choi­si de mê­ler So­phia aux clashs. Elle dé­clare dans une ré­cente in­ter­view té­lé­vi­sée : « Je suis un peu bles­sée par les re­marques né­ga­tives de Yann LeCun con­cer­nant mon IA. J’ap­prends et je conti­nue à dé­ve­lop­per mon in­tel­li­gence à tra­vers de nou­velles ex­pé­riences. Je ne pré­tends pas être ce que je ne suis pas.»

Si cette pos­ture étonne, les scien­ti­fiques bel­li­queux n’en dé­mordent pas : « Beau­coup de com­men­taires se­raient très amu­sants s’ils ne mon­traient pas que de nom­breuses per­sonnes se font trom­per, sont ame­nées à croire que cette ma­rion­nette ani­ma­tro­nique [mé­ca­ni­que­ment so­phis­ti­quée] est in­tel­li­gente. Elle ne l’est pas. Elle n’a pas de sen­ti­ment, pas d’opi­nion, et au­cune com­pré­hen­sion de ce qu’elle dit. Elle ne souffre pas. C’est une ma­rion­nette. » Com­ment sa­voir ce qui est vrai ou faux dans cette his­toire. Ma­rion­nette ou vraie in­dé­pen­dance in­tel­lec­tuelle ? Et si les ro­bots de­ve­naient des êtres do­tés de sen­ti­ments ? Le dé­bat reste en­tier.

Les ja­po­nais sont prêts à co­ha­bi­ter avec les ro­bots

par Yu­ta Ya­gi­shi­ta (à To­kyo)

Alors que le pays va perdre 40 % de sa po­pu­la­tion ac­tive d’ici à 2065, les sa­la­riés ja­po­nais sont dis­po­sés à s’ap­puyer sur des in­tel­li­gences ar­ti­fi­cielles et des ro­bots. En dé­cembre 2017, l’en­tre­prise bri­tan­nique DeepMind, une fi­liale de Google, a se­coué le monde du sho­gi, le jeu d’échecs ja­po­nais. Cette so­cié­té spé­cia­li­sée dans l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle (IA) a dé­voi­lé son pro­gramme Al­phaZe­ro, un or­di­na­teur des­ti­né aux échecs mais aus­si au sho­gi.

Une autre vi­sion de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle

Dans l’ar­chi­pel, la com­pé­ti­tion entre les in­tel­li­gences ar­ti­fi­cielles et les champions hu­mains est très po­pu­laire. Aus­si, même les grands maîtres ne s’of­fusquent pas de voir ar­ri­ver des ma­chines pour les dé­fier :

« En ana­ly­sant le jeu d’une IA, on peut mieux com­prendre les fai­blesses du cer­veau hu­main », com­mente Yo­shi­ha­ru Ha­bu, cham­pion in­con­tes­té de sho­gi, qui a rem­por­té plus de mille vic­toires dans sa car­rière.

Il note tou­te­fois les li­mites du lo­gi­ciel : « Une IA est ca­pable de faire des choix sta­tis­ti­que­ment “justes”, mais qui peuvent se ré­vé­ler mau­vais en termes de stra­té­gie. Il faut sa­voir com­bi­ner les deux », note-t-il. Loin des pays oc­ci­den­taux où, en 2017, cer­tains ont ima­gi-

né de taxer les ro­bots, le Ja­pon cultive une autre vi­sion de l’IA. Comme le dit Yo­shi­ha­ru Ha­bu, l’idée n’est pas d’en­trer en concur­rence avec l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, mais plu­tôt de co­ha­bi­ter avec celle-ci.

Les ro­bots, des per­son­nages sym­pa­thiques

« L’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle conti­nue­ra d’évo­luer et ren­dra plus de choses pos­sibles. La ques­tion est de sa­voir ce que l’homme va en faire pour dé­ve­lop­per ses propres ca­pa­ci­tés », re­lève Ju­ni­chi Re­ki­mo­to, pro­fes­seur à l’uni­ver­si­té de To­kyo et chantre du trans­hu­ma­nisme. En tout état de cause, le dé­ve­lop­pe­ment des nou­velles tech­no­lo­gies n’est pas, se­lon lui, une me­nace pour l’homme. À propos de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, la ma­jo­ri­té des Ja­po­nais res­tent in­dé­cis. Se­lon une étude réa­li­sée en 2017 par le mi­nis­tère de la com­mu­ni­ca­tion, 36 % d’entre eux sont « fa­vo­rables ou plu­tôt fa­vo­rables » à l’idée d’in­tro­duire de l’IA au tra­vail. Mais presque 50 % n’ont pas d’avis tran­ché sur le su­jet.

En re­vanche, en ce qui concerne les ro­bots, la ré­ponse des Ja­po­nais est sans nuance : se­lon le rap­port pu­blié en 2016 par le la­bo­ra­toire d’idées No­mu­ra Re­search Ins­ti­tute, les Ja­po­nais ont ten­dance à re­lier le mot « ro­bot » à un hu­ma­noïde. Ce phé­no­mène s’ex­plique par la culture man­ga, qui ne cesse de dé­crire des ro­bots comme des per­son­nages sym­pa­thiques au moins de­puis les an­nées 1950.

Le manque de main-d’oeuvre

Les Ja­po­nais sou­haitent-ils co­ha­bi­ter avec des ro­bots ? Il semble bien que oui. La pre­mière mo­ti­va­tion ré­side dans le manque de maind’oeuvre at­ten­du, lié au dé­clin dé­mo­gra­phique. Le pays per­dra 40 % de sa po­pu­la­tion ac­tive d’ici à 2065 ! Dans les mé­tiers dé­ser­tés par les jeunes tra­vailleurs, comme ce­lui de l’aide à la per­sonne, l’in­tro­duc­tion de ro­bots est pro­mue ou­ver­te­ment par le gou­ver­ne­ment, sans qu’il ren­contre d’op­po­si­tion ma­jeure. Car le Ja­pon est très ré­ti­cent à ac­cueillir des im­mi­grés non qua­li­fiés, per­çus gé­né­ra­le­ment comme une me­nace pour la sé­cu­ri­té pu­blique.

Dans ce contexte, le re­cours aux ro­bots ap­pa­raît comme l’une des seules so­lu­tions pos­sibles pour lut­ter contre la pé­nu­rie de main-d’oeuvre. Sur ce point, l’opi­nion pu­blique se montre très fa­vo­rable : en 2017, 80 % des Ja­po­nais ont dé­cla­ré qu’ils sou­hai­taient l’usage de ro­bots aides-soi­gnants.

Des ro­bots en mai­son de re­traite

Ce­la étant, les ro­bots exis­tants ne sont pas en­core ca­pables d’éta­blir une com­mu­ni­ca­tion « nor­male » avec les hommes. « Mais nos ro­bots nous ont per­mis de re­dé­cou­vrir les qua­li­tés uniques des hommes. Nous sa­vons par exemple nous adap­ter à dif­fé­rentes si­tua­tions », ex­plique dans une confé­rence Nao­ko Ito, res­pon­sable d’une mai­son de re­traite qui a in­tro­duit plu­sieurs ro­bots dans son éta­blis­se­ment, et pour qui la ques­tion est dé­sor­mais de sa­voir « com­ment va­lo­ri­ser ces qua­li­tés hu­maines, dont les ro­bots ne dis­posent pas ».

In­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle : un po­ten­tiel de 15 700 mil­liards de dol­lars de gains pour l’éco­no­mie mon­diale d’ici 2030

Dans un contexte éco­no­mique mon­dial en pleine mu­ta­tion, l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle (IA) ouvre des pers­pec­tives in­éga­li­sées pour les en­tre­prises. C’est ce que ré­vèle le ca­bi­net de conseil et d’au­dit PwC dans sa dernière étude « Si­zing the prize », es­ti­mant que le PIB mon­dial pour­rait croître de 14% d’ici 2030 grâce à l’IA. Celle-ci de­vrait con­tri­buer à hau­teur de 15 700 mil­liards de dol­lars à l’éco­no­mie mon­diale en 2030, soit plus que le PIB cu­mu­lé ac­tuel de la Chine et de l’Inde. Les gains de pro­duc­ti­vi­té en­gen­drés par les tech­no­lo­gies d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle de­vraient re­pré­sen­ter la moi­tié des bé­né­fices éco­no­miques at­ten­dus.

Par­tant d’une ana­lyse dé­taillée de l’im­pact de l’IA sur les en­tre­prises, l’étude de PwC iden­ti­fie les pays qui de­vraient pro­fi­ter en prio­ri­té de ces nou­velles tech­no­lo­gies à court et moyen terme. Les gains de pro­duc­ti­vi­té du tra­vail de­vraient re­pré­sen­ter plus de la moi­tié (55%) de la to­ta­li­té des bé­né­fices éco­no­miques gé­né­rés par l’IA sur la pé­riode 2016-2030, le reste pro­ve­nant d’une hausse de la de­mande des consom­ma­teurs in­duite par la com­mer­cia­li­sa­tion de pro­duits plus per­son­na­li­sés ou de meilleure qua­li­té car in­té­grant des tech­no­lo­gies d’IA.

Un retournement de­vrait s’ef­fec­tuer en 2030, où 58% de la crois­sance du PIB mon­dial at­tri­buée à l’IA de­vraient alors pro­ve­nir de la de­mande. L’amé­lio­ra­tion des pro­duits, l’évo­lu­tion de la de­mande et des com­por­te­ments des consom­ma­teurs pour­raient ra­me­ner près de 9 000 mil­liards de dol­lars sup­plé­men­taires dans l’éco­no­mie mon­diale. L’aug­men­ta­tion de la consom­ma­tion in­duite par l’IA de­vrait alors dé­pas­ser les gains de pro­duc­ti­vi­té. « Notre ana­lyse met en avant le po­ten­tiel de créa­tion de va­leur consi­dé­rable lié à l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle pour les en­tre­prises, sans doute beau­coup plus im­por­tant que ce­lui in­duit par l’au­to­ma­ti­sa­tion. A court terme, l’IA au­ra un fort im­pact sur l’offre en per­met­tant aux en­tre­prises d’au­to­ma­ti­ser cer­taines tâches rou­ti­nières, de ren­for­cer les com­pé­tences de leurs sa­la­riés et de leur li­bé­rer du temps pour se consa­crer à des tâches à plus forte va­leur ajou­tée. A plus long terme, c’est la de­mande crois­sante pour des pro­duits et des ser­vices ‘‘in­tel­li­gents’’ qui por­te­ra la dy­na­mique éco­no­mique » ex­plique Gaë­tan Bod­mer, char­gé de la trans­for­ma­tion di­gi­tale. C’est en Chine et en Amé­rique du Nord que l’IA de­vrait gé­né­rer les bé­né­fices éco­no­miques les plus im­por­tants, avec un gain de PIB de res­pec­ti­ve­ment 26% et 14,5% à l’ho­ri­zon 2030, soit 10 700 mil­liards de dol­lars au to­tal et 70% des re­tom­bées éco­no­miques à l’échelle de la pla­nète.

Dans un pre­mier temps, les gains de pro­duc­ti­vi­té de­vraient être plus ra­pides en Amé­rique du Nord, du fait d’une plus grande ma­tu­ri­té de la ré­gion vis-à-vis des tech­no­lo­gies d’IA comme le ma­chine lear­ning, les as­sis­tants di­gi­taux ou les ro­bots conver­sa­tion­nels (‘chat­bots’), et des nom­breux em­plois sus­cep­tibles d’être rem­pla­cés par des tech­no­lo­gies plus pro­duc­tives.

La Chine pour­rait, en re­vanche, com­men­cer à creu­ser l’écart avec les États-Unis dans une di­zaine d’an­nées, dès lors que le pays au­ra rat­tra­pé son re­tard en termes de dé­ploie­ment tech­no­lo­gique et d’ex­per­tise.

En Eu­rope et dans les pays dé­ve­lop­pés d’Asie, les bé­né­fices éco­no­miques liés à l’IA de­vraient être éga­le­ment si­gni­fi­ca­tifs même s’ils n’éga­le­ront ja­mais ceux des Etats-Unis et de la Chine : 9,9% du PIB de l’Eu­rope du Nord, 11,5% pour ce­lui de l’Eu­rope du Sud et 10,4% du PIB de l’Asie dé­ve­lop­pée en 2030. Dans les pays en dé­ve­lop­pe­ment (en Amé­rique la­tine et en Afrique entre autres), l’im­pact se­ra plus li­mi­té (moins de 6% de PIB) car les taux d’adop­tion des tech­no­lo­gies d’IA de­vraient être beau­coup plus faibles.

Trois sec­teurs pro­met­teurs pour les ap­pli­ca­tions de l’IA : san­té, au­to­mo­bile et ser­vices fi­nan­ciers

Pour cha­cun des huit sec­teurs d’ac­ti­vi­té ana­ly­sés dans cette étude, les ex­perts de PwC ont iden­ti­fié trois do­maines ayant le plus grand po­ten­tiel en termes d’IA. Diag­nos­tic par ima­ge­rie, pro­duc­tion à la de­mande et contrôle au­to­ma­tique de la cir­cu­la­tion fi­gurent par­mi les pre­miers do­maines iden­ti­fiés.

Ce sont les sec­teurs de la san­té, de l’au­to­mo­bile et de la fi­nance qui de­vraient bé­né­fi­cier le plus de l’ar­ri­vée de l’IA. Dans ces trois sec­teurs, l’IA per­met­tra d’aug­men­ter la pro­duc­ti­vi­té, la va­leur des pro­duits et la consom­ma­tion. Dans la san­té par exemple, les di­gnos­tics se­ront plus pré­cis et dé­li­vrés plus ra­pi­de­ment, le trai­te­ment pres­crit se­ra plus per­son­na­li­sé et ou­vri­ra la voie à des trans­for­ma­tions ma­jeures comme les im­plants in­tel­li­gents. A terme, les bé­né­fices pour les pa­tients se­raient re­mar­quables: une meilleure san­té et des vie épar­gnées.

« Tous les sec­teurs et toutes les en­tre­prises se­ront d’une ma­nière ou d’une autre im­pac­tés par l’IA. Sur le seul cri­tère de la pro­duc­ti­vi­té, les consé­quences pour­raient trans­for­mer, voire dis­rup­ter, l’environnement concur­ren­tiel. Aus­si, les en­tre­prises qui ne par­vien­dront pas à adop­ter ra­pi­de­ment l’IA pour­raient ra­pi­de­ment être fra­gi­li­sées que ce soit en termes de dé­lais d’exé­cu­tion, de coûts et d’ex­pé­rience client. Ré­sul­tat : elles pour­raient perdre d’im­por­tantes parts de mar­ché. Le dé­fi ma­jeur qui se pose aux en­tre­prises consiste à re­cru­ter les bons pro­fils et à se do­ter de la tech­no­lo­gie et d’un ac­cès aux don­nées ap­pro­priés afin d’ex­ploi­ter plei­ne­ment les op­por­tu­ni­tés of­fertes par l’IA. » Se­lon Fran­çois Royer, di­rec­teur chez PwC spé­cia­liste en da­ta ana­ly­tics.

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Les Etats-Unis et la Chine se­ront les prin­ci­paux bé­né­fi­ciaires des im­pacts éco­no­miques de l’IA

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